‹ Le nouveau monde industrielChapitre 20 sur 53 · NOUVIAU H0.10B · texte numérisé non relu

NOUVIAU H0.10B

fougue a?eugle de la Composite , qui est la plus romantique des passions , la plus ennemie du raison^ nement. J*ai dit qu'elle naît de Tassemblage de plusieurs plaisirs des sens et de Famé, goûtés simultanément. Elle est Composite bâtarde quand elle se forme de plusieurs plaisirs d*un seul ordre , tous sensuels ou tous animiques. Il faut que cette passion s'applique à tous les travaux sociétaires, que la Composite et la Cabaliste y remplacent les vils ressorts qu'on met en jeu dans l'industrie civilisée, le besoin de nourrir ses enfans, la crainte de mourir de faim , ou d'être mis en réclusion dans les dépôts de mendicité.

Au lieu de ces mobiles abjects, Tordre sociétaire sait , par emploi continuel des trois passions mécanisantes, et surtout de la Composite, animer chaque groupe industriel d*un quadruple charme ; savoir : deux illusions pour les sens et deux pour Tâme ; en tout , quatre sympathies entre les sectaires d'un même groupe.

Les deux sympathies de l'âme consistent dans les accords d'identité et de contraste.

Il y a accord d'identité entre les sectaires d'un groupe : ils sont nécessairement identiques d'opinion en faveur d'une fonction qu'ils ont choisie passionnément , et qu'ils peuvent quitter librement ; l'accord didentité devient un charme puissant lorsqu'on se voit secondé par une troupe de coopérateurs zélés , intelligens , bicnveillans , au lieu de

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ces mercenaires gauches et grossiers , de ces fripons déguenillés qu'il eût fallu s'adjoindre en civilisa* tien. La présence d une compagnie gracieuse et amicale fait naître une vive ardeur à l'ouvrage, pendant la courte séance , un empressement à s'y retrouver , et à se réunir quelquefois dans des repas dégroupe, aux époques où le travail est interrompu.

Le second charme de Famé est celui du contraste : j'ai dit et je dois répéter que , pour le faire naître parmi les divers groupes industriels d'une série , il faut les échelonner par nuances consécutives et rap* prochées, employer l'ordre compacte et serré d'où naissent les discords de chaque groupe avec ses contigus , et les accords avec les groupes opposés au contre-centre.

Voyez sur ce sujet le tableau d'une série libre et complète , qui est placé à la fin du quatrième cha* pitre.

Outre les deux sympathies de l'âme , en identité et contraste , un groupe industriel doit être stimulé par deux autres véhicules de charme sensuel , qui sont le charme de perfection spéciale, ou excellence à laquelle chaque groupe élève son produit, et l'orgaeil des louanges qu'il en reçoit , puis le charme de perfection collective , ou luxe d'ensemble qui règne dans les travaux et produits de la série entière.

Quelques groupes peuvent manquer d'un de ces quatre charmes ou le posséder faiblement : peu importe y car il suffit déjà de deux charmes peur

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créer l'attraction industrielle: on verra d'ailleurs Qu'elle a beaucoup d'autres sources, et j'en compterai au-delà de douze dans les chapitres suivans. Il est dans l'ordre que l'industrie sociétaire présente des amorces aussi nombreuses que les dégoûts de l'industrie civilisée.

Cet aiguillon de charmes sensuels et spirituels sera incomplet , peu actif dans la phalange d'essai ; mais on y verra de beaux germes croissant rapidement ; et ces lueurs suffiront à faire entrevoir le haut degré où s'élèvera le charme industriel, quand le nouvel ordre aura acquis de la consistance , et roulera sur une génération élevée en harmonie, préservée de la double disgrâce dont les enfans sont frappés par l'éducation civilisée, qui perclut les corps^ par la fausse gymnastique , et les âmes par les préjugés.

Pour résumer sur ces trois passions dites mécanisantes qui sont les trois ressorts organiques d'une Série industrielle , observons que, si elles ne sont pas développées toutes trois combinément , l'attraction industrielle ne naitrapas, ou bien si elle apparaît, ce sera pour s'amortir peu à peu , et s'évanouir bien vite.

Ainsi la condition à remplir pour s'élever à l'industrie attrayante, est d'abord de former des séries de groupes subordonnées au jeu de ces trois passions :

Rmdiséea parla gabaliste, ou fougue réfléchie qui

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engendre les discords entre groupes contigus, pooTTU que Fëchelle des groupes soit compacte, formëe de goûts et de fonctions très-rapprochëes en ▼ariétës.

Esaltées par la Gokpositb, ou fougue aveugle, qui naît du charme des sens et de Famé, quand ces deux sortes de charmes sont réunis et soutenus des quatre accords cités plus haut.

Engrenées par la Papillonri , qui est le soutien des deux autres, et maintient leur activité par les courtes séances, par les options de nouveau plaisir qu'elle présente périodiquement, avant qu'on n'ar* rive à la satiété ni même à la tiédeur.

J'insiste sur Fimportance de la Papillonne, qui est la plus proscrite ; sur la nécessité des séances courtes et variées, principe qui condamne toute rittdnstrie civilisée : observons les effets de cette méthode en matériel et en passionnel.

En MATtiiiL, elle produit Féquilibre sanitaire : la santé est nécessairement lésée, si l'homme «& livre douze heures à un travail uniforme, tissage, couture, écriture ou autre qui n'exerce pas successivement toutes les parties du corps et de l'esprit* Dans ce cas, il y a lésion même par le travail actif de culture, comme par celui de bureau : l'un excède les membres et viscères, l'autre vicie les solides et fluides.

C'est pis si le travail actif ou inactif est continu pendant des mois, des années entières. Aussi voit-on

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dans certains pays un huitième de la population ouvrière affligée de hernies, indépendamment des fièvres nées d*excès et de mauvaise nourriture. Diverses fabriques de produits chimiques, de verrerie et même d'étoffes, sont un véritable assassinat des ouvriers, par le seul fait de continuité du travail. 11 serait exempt de danger, si on n'y employait que de courtes séances de deux heures, tenues seu* lemcnt deux ou trois fois par semaine.

La classe riche, faute de ce régime, tombe dans d'autres maladies ; apoplexie, goutte, rhumatisme, inconnues du pauvre cultivateur. L'obésité, si commune chez les riches, dénote un vice radical d'équilibre sanitaire, un régime contre nature dans leurs travaux comme dans leurs plaisirs* La destination sanitaire de l'homme est dans cette variété perpétuelle de fonctions qui, exerçant tour à tour chaque faculté du corps et de-l'esprit, maintiendrait chez toutes l'activité et l'équilibre. C'est précisément le but que manquent les sybarites parisiens, tout en se flattant de savoir vivre si bien et si vite, genre de vie qui n'est réservé qu'aux Séries passionnées et dont les Parisiens ne connaissent que le désir sans avoir aucune idée de la Chose.

En PASsioNHBL, la Papillonne produit l'accord des caractères, même des contraires ; exemple : A et B sont deux personnages d*humeur incompatible, mais il arrive que sur 60 groupes que fréquente A, il s'en trouve un tiers, 20 où ses intérêts coïncident

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avec ceux de B, et où il tire parti des goûts de B quoique opposes aux siens. Il en est ainsi des goûts de B a Tegard de A ; dès-lors sans s'aimer ils ont Fun pour l'autre des ménagements, de la considération, une protection intéressée.

Ainsi l'intérêt qui désunit les amis dans l'état civilisé, réunit les ennemis mêmes dans l'état sociétaire : il y concilie les caractères antipathiques , par coopération indirecte, née de l'engrenage ou papillonnage defonctipns qu'opèrent les courtes séances.

C'est par cette brièveté de séances qu'une série , ne fût-elle que de5o personnes, peut introduire ses sectaires dans cent autres séries, former avec elles des liens d'amitié et d'intérêt. On verra que cet engrenage est indispensable pour arriver aux deux buts principaux qui sont l^' la répartition équitable du triple dividende affecté au capital, au travail et au talent, 2® l'accord parfait en intérêt par voie de la cupidité qui est aujourd'hui la plus féconde source de discordes.

C'est donc par emploi de la passion la plus proscrite des philosophes , de la Papillonne , que nous allons résoudre tous les problèmes sur lesquels ils ont échoué. Combien ils vont se désespérer de n'avoir jamais fait le calcul des courtes séances et des résultats qu'elles produiraient !

Il faut être comme les moralistes, ennemi de la nature et de l'évidence, pour nier ce besoin de va-

lâ$ ifocTBAD mmnt

riëtë, qu on yoit dominer même en affaires matérielles. Toute jouissance long^temps prolongée de?ient abusive, émousse les organes, use le plaisir : un repas de 4 heures ne se terminera pas sans excès ; un opéra de 4 heures finit par affadir le spectateur. L*âme est exigeante autant que le corps sur cette variété ; aussi les cœurs sont-ils très-sujets au variable chez la grande majorité des deux sexes.

Chaque homme et chaque femme voudraient avoir un sérail si la dépense et la loi ne s*y opposaient. Les graves Hollandais, si moraux à Amsterdam, ont à Batavia leurs sérails assortis en femmes de trois couleurs, blanches, négresses et métisses. Voilà le secret de la morale, elle n*est qu^hypocrisie adaptée aux circonstances, et jetant le masque dès qu'elle peut le faire impunément.

Les races ont besoin d'alternat et croisement en végétaux comme en animaux. A défaut de cette variété elles s'abâtardissent. Les estomacs ont de même besoin d'alternat : une variété habituelle de mets facilite les digestions ; mais Testomac rebutera bientôt le meilleur mets, s'il lui est présenté chaque jour.

L'âme se blasera sur l'exercice de toute verta qui ne sera pas relayée par quelqu'autre vertu* L'esprit exige aussi cet alternat : les caractères fortement dominés de la passion dite Papillonhb, ont besoin d'avoir à la fois â ou 3 intrigues, soit en

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ambition, soit en amour, lire â ou S oa^rages cumulativement.

La terre même veut des alternats de semailles et productions : la plante Teut des alternats de réproduction par graines, plants, marcottes, etc., le sol veut des échanges et transports de (erre ; toute la nature veut donc la variété ; il n'existe au monde que les moralistes et les Chinois qui yeuillent la moootonie, l'uniformité ; aussi les Chinois sont-ils les êtres les plus faux et les plus éloignés des Yoies de la nature.

Les moralistes mêmes approuvent indirectement ce besoin de variété, car ils nous promettent des charmes toujours nouveauûp dans Fobéissance à leurs saines doctrines de mépris des richesses, amour de l'ennui , de la mauvaise cuisine , du broùet noir, etc.

Les trois passions, Cabaliste, Papillonne et Composite, étant les plus critiquées par la morale, qui est l'antipode de la nature, on doit présumer que ces passions jouent un grand rôle dans le mécanisme social voulu par la nature; elles y tiennent le gouvernail, car ce sont elles qui dirigent les Séries passionnées : toute série est faussée en mécanisme, si elle ne favorise pas l'essor combiné dé ces trois passions qui forment le genre neutre dans la gamme des 12.

Genre actif, les quatre passions de Tàme^ les groupes.

ISO ffOUVEAU MORDE

Genre passif, les cinq passions des sens.

Genre neutre, les trois passions mécanisantes, elles sont neutres parce qu elles ne sont que jeu de quelques-unes de neuf autres ; chacune des trois ne peut se développer qu'autant qu'elle met en mouvement au moins deux des neuf autres.

C'est par cette raison qu'elles ont échappé aux regards des analystes, et que personne lùa daigné leur accorder un brevet d'existence : je n'ai pu les découvrir qu'à la suite de calculs sur le genre neutre méconnu^des modernes , quoiqu'admis chez les anciens. Sur ce point comme . sur tout autre, le génie moderne s'éloigne de plus en plus des voies de la nature, tout en vantant son vol sublime vers la perfectibilité.

Observons que les trois passions neutres conduisent au but, à Fharmonie et à l'équilibre des passions, par tous les moyens que dédaigne la morale ; on verra dans le cours de l'abrégé que cet équilibre si vainement rêvé, nait du jeu de la Papillonne qui prévient tous les excès en présentant toujours de nouveaux plaisirs avant qu'on n'ait eu le temps d'abuser du plaisir présçnt. Elle amène donc les passions à l'équilibre par affluence de plaisirs et non par modération raisonnée, car elle opère par emploi de deux fougues ,

La Gabalistb ou fougue réfléchie,

La Composite ou fougue aveugle, qui toutes deux pousseraient aux excès même , en

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vertu , sans rintervention périodique de la PapillOBiii ou manie de voltiger d'un plaisir à Tautre.

Ainsi les Séries industrielles seront dirigées par 3 moteurs les plus réprouvés de la morale , par 2 fougues contrastées que tempérera l'inconstance. Tel est le secret de léquilibre des passions; Ton n'y arrivera que par des voies opposées à nos visions de modération et de raison glaciale, que par emploi des passions les plus diffaramées , telles que la gour* mandise et la cupidité : elles sont en régime sociétaire les plus utiles à l'harmonie générale : on en jugera dès la 3« section où commence l'application des principes opposés dans les deux premières.

Nota. Ce chapitre étant le plus important de tous, puisqu'il contient la définition des trois ressorts qui doivent tout diriger , il m'a paru nécessaire de lui donner l'étendue que devrait avoir chaque chapitre d'un sujet aussi neuf. Tout y sera sans couleur faute de détails explicatifs. iS'fc voluere dit : ainsi l'exige le monopole de génie qui repousse toute idée neuve, et restreint une science nouvelle à quelques pages, en vertu du principe :

« Nul n^aura de l'espril que nous cl nos amis. »

Avec leur bel esprit atteindront-ils au but où conduit ma théorie ? Attacher à la pratique de la vertu quadruple plaisir des sens et de l'âme, au lieu de quadruple disgrâce qu'on en recueille si on se confie aux dogmes de la morale.

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