‹ Le nouveau monde industrielChapitre 9 sur 53 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME

De la Gastrosophie ou sagesse des Séries gtahronamiques.

Nos soi-disant gastronomes, tant écrivains que praticiens , ne sont point du tout à la hauteur du sujet ; ils le' ravalent en le traitant sur le ton plaisant. Il est vrai qu'en civilisation, la gastronomie ne peut jouer qu'un rôle très-subalterne , et plus voisin de la débauche que de la sagesse ; mais en harmonie elle sera révérée comme ressort principal d'équilibre des passions.

Le sens du goût est un char à i roues qui sont :

1 la Gastrohox iB , S la Gorsbiivi ,

2 la GuisiiiB , 4 la Gulturb.

La combinaison de ces 4 fonctions exercées en Séries passionnées, engendre la GAStaosoraiB ou sagesse hygiénique, hygiène graduée, appliquée aux échelles de tempéraraens qui ne sont pas connues de la médecine civilisée. .

Gonformém^it à sa propriété de monde à rebours^ la civilisation marche à contre-sens dans cette car-

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rière , elle Tciit commencer par où il faudrait finir. Tout père approuverait fort que son fils et sa fille excellassent dans les 3« et 4« branches , cukure et coÊUêrve^ on veut même que les jeuneiT filles sV xercent à la â<> branche qui est la emsme: ainsi on admet les 8 branches de science qui ne peuvent pas créer ^attraction industrielle, et on proscrit la f^ branche , la gastronomie d'on naîtrait la passion pour les S autres. Cette gaucherie est mieore une des prouesses de la morale tendant à nous rendre ennemis de nos sens, et amis du commerce qui ne travaille qu*à provoquer les abus du plaisir seoisuel.

D'autre part, des écrivains scandaleux donnent des leçons «le gourmandise à nos Lucullus, qui ont bien asses des lumières de leurs cuisiniers, sans que la poésie et la rhétorique viennent leur prêter appuL Cette prostitution littéraire compromet la gastronomie, comme les billevesées de la secte Owen compromettent Fassociation.

lia gastronomie ne deviendra «oience honorable, que lorsqu'elle saura pourvoir aux besoins de tous; or il e&t de fait que la multitude ^ loin de faire des progrès vers la bonne chère, est de plus en plus mal nomrie. £lle est privée même des oomestibles salabres et . nécessaires : on voit dans Parts 3 à 4000 gastrolàtros se goberger au mieux , mais on voit à côté d'eux 8 à 400,000 plébéiens qui n'ont pas même de la soupe naturelle : on leur fait maintenant un simulacre de bouiHon avec des ingrédiens qui sen-

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lent le krd rance , la ckaadelte et l'eau croupie. L'esprit de commerce va croissaut et ses fourberies accablent de plus en plus les classes inférieures.

La gastronomie ne sera louaMe qu*à deux conditions ; 1* lorsqu'elle sera appliquée directement aux Inactions productives , engrenée, mariée avec le travail de culture et préparation , entraînant le gastro* Bone à cultiver et cuisiner, â® Lcnrsqu'elle coopérera au biea-étre de la multitude ouvrière , et qu'elle fara participer le peuple k ces raffinemens de bonne cb^ C|ue la civilisation réserve aux oisifs.

Pour atteindre ce but , il faut engrener les fonctions du goikt , les rallier tontes a la plus attrayante des quatre qui est la gourmandise. On est assuré que celle-là ne sera pas abandonnée , qu'elle restera toujours attrayante ; il faat donc la choisir pour base de l'édifice , si l'on veut qu'il soit régulier et durable.

Nos philosophes posent en principe que tout eit Hé dans le êystème de la nature , mais irien n'est lié passionnément dans notre système industriel : l'industrie doit former ses liens par les Séries gastronomiques ; elles conduisent par passion, des débats de la table aux fonctions de cuisine et de conserve, puis aux cultures , enfin à la formation des échelles de tempérament, et des préparations culinaires adaptées au régime sanitaire de chaque échelle. On s'eiR)reera donc en harmonie d'enrôler de bonne benre chaque individu aux 4 fonctions précitées ,

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afin qu'il ne se borne pas au rôle ignoble de gaêtro' iâii^Cy déshonneur de nos Apicius dont tout le savoir se réduit à jouer des mâchoires, sans aptitude k agir dans les S autres fonctions du goût.

Aucune passion n'a plus d'influence que cdle du goût, pour opérer Tengrenage des fonctions. J*ai donné, chap. XXVI , un exemple tiré de l'ail où Je suppose la personne entraînée à l'étude de la poésie par cabale pour le soutien de son goût , et par enthousiasme pour la branche de littérature qui Ta prôné. (£ssor de la Cabaliste et de la Coraposile). Si l'on veut spéculer de la sorte sur les manies gastronomiques de chaque enfant , appliquées a des Séries passionnées , on trouvera dnas cette seule branche de fantaisies, des moyens de passionner lenfant pour les diverses branches d'étude , et de même les pères et mères ; car il faudra au début de l'harmonie faire Téducation des pères comme celle des enfans. Je ne saurais doue assez rappeler la nécessité de spéculer avant tout sur la gastronomie, comme semaille d'attraction plus efficace que tonte autre, et moyen le plus prompt d'aller au but^ engrener passionnément les fonctions , entraîner de l'une à l'autre par les stimulans de cabale et d'enthousiasme , enfin établir ces liens généraux que rêve la philosophie sans savoir en former aucun, surtout dans l'enseignement qu*elle ne sait allier ni avec le plaisir , ni avec la pratique de l'agriculture*

Une fâcheuse lacune en ce genre est de n'avoir

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pas su lier la médecine ayee le plaisir , ef sartoot a?ec celui du goût. Chaque année voit ëolore de nombreux systèmes en médecine , dont pas un , excepté celui de la médecine du cœur , n'a cherché à sortir de Tornière. Une carrière bieu neuTC, mais peu fructueuse pour la faculté , serait la médecine du goût, la théorie des antidotes agréables à administrer dans chaque maladie. On a tu des cures opérées par des confitures, des raisins , des pommes reÎDettes , de bons vins ; j ai tu une fièTre coupée et dissipée par un petit verre de vieille eau-de-vie. Le peuple a contre le rhume un remède agréaUe, une bouteille de vin vieux , chaud et sucré , et le aommeil à la suite. Cette médecine sera une branche de la science dite gastrosophie hygiénique, méthode préservatÎTe et curative à la fois , car elle préviendra tous les excès de table , par Taffluence , la variété de bons comestibles , par la rapide succession de plaisirs faisant diversion à celui de la table.

C'est pour nous amener dès le bas âge à ce régime, que la nature donne aux enfans la gloutonnerie pour passion dominante. Ils sont , dit-on , de petits gourmands , rien n'est plus faux , ils ne «ont pas gourmands , mais seulement gloutons, goin^ fres y goulus. Ils mangent avec avidité des fruits verts et autres vilenies; s'ils étaient gourmands, connaisseurs, ils renverraient ces alimens grossiers aux pourceaux. Leur gloutonnerie est un germe qu il faut amener à la gourmandise , à la gastronomie rai-

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sonnée et api^née aui i autres fonctions du g^&t*

On observe partout que la classe la plus résenrée à table , est Celle des cuisiniers ; ils sont juges sé^ Yères , dissertant bien sur les mets , sans en faire aucun excès; ils sont proportionnément la plus sobre des classes qui ont la bonne obère à discrétion. Le meilleur préservatif des abus de la table ; serait donc pour les enfans comme pour les pères , an ordre de cboses où ils deviendraient tous cuisiniers et gourmands raffinés , alliant la gastronomie avec les S fonctions de cuisine, conserve , culture, et avec Thygiène graduée selon les échelles de tempérament.

£t comme cette méthode gastrosophique est celle qui rencontrera le plus d'opposans parmi une société d'actionnaires ^ comme on verra les uns, par préjugé de morale , et les autres par économie mal entendue, (^iner contre la provocation ou tolérance de gourmandise, je dois les prévenir fortement contre cette erreur qui est l'écueil le plus à craindre en épreuve sociétaire.

On s*étonnera que j'attribue une si haute influence à remploi de la gastronomie, et que j'en fasse la con« dîtion Sine quâ non, de succès d^une phalange d'épreuve , condition qui n'est pas imposée dans le traité de 1822.

Cette opinion est le résultat d'une étude approfondie sur la dose d'influence qu'aura chacune des 12 passions pour faire éclore et engrener les attrac-

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tioQs industrielles , dans le canton d^épreuve <^iitrarié par de nombrenses lacunes d'attraction: (Toyex le Traité de l'Association domestique agricole, ) Essayons pièce à pièce la revue de ces doses d'influence.

Ambition : elle fournira en ëmulation industrielle des ressorts nombreux et brillans , mais non pas au début; par exemple : l'échelle de sceptres citée plus haut, sera un stimulant magnifique, mais qui ne s'établira qu'après la pleine fondation par toute la terre. Voilà donc un levier dont Temploi est différé de 4 à 5 ans , or il faut des ressorts qu'on puisse mettre en usage dès la 1" quinzaine; et pour effectuer ce prompt service, la gastronomie sera Je moyen le plus applicable à toutes les classes. L'ambition fournira an début 4 aiguillons très-notables savoir: la perspective des récompense^ de fondation , le bénéfice sur les curieux payans , les minuties honorifiques, (Mondor) et les cabales émulatives ; mais pour créer subitement les attractions industrielles et engrener cabalistiquement ces attractions ; aucun moyen n'équivaudra à la gastronamie appliquée.

Amour : il fournira des stimulans d'industrie si puissans , si efficaces , qu'à l'époque de formation des séries amoureuses , organisation des libertés et contre-poids en amour, on verra, en moins de deux ans, le produit accru de moitié. J'ai dit que ce produit sera quadruple du nôtre au début, il serait sextuple en cas de liberté d'amour équilibrée. Mais

on a VU que le libre eiercice de cette passion sera renvoyé à un demi-siècle; il restera jusque-là au rang des crimes : ce n'est donc pas un objet de spéculation pour emploi subit , comme le sera la gastronomie qui n*a rien de criminel , même aux yeux de ses antagonistes ; car on voit tel prédicateur, à la suite d'un beau sermon contre la gourmandise, figurer très-bien à une bonne table. D'ailleurs cette passion cessera d'être vice quand elle sera équilibrée, prévenant tout excès, et de plus hygiénique , faisant coopérer le plaisir au soutien de la santé.

Paternité. Ses emplois en attraction industrielle ne commenceront guères qu'au bout d'un siècle, sauf exceptions ; car au bout de dix ans, on en verra germer une branche, celle des adoptions indus» trielles : d'autres branches , comme les adoptions sympathiques, l'échelle d'amour paternel, seront différées plus longtemps encore ; tout cela est fort loin de remplir la condition d'emploi subit , applicable à toutes les classes.

Amitié : on en tirera un grand secours , mais le moyen de la développer en peu de temps, sera remploi des échelles et cabales gastronomiques. Rien ne forme des liens si prompts que les affinités de goût sur tels mets, telle préparation, surtout s'il s'agit d'un goût bizarre , ambigu et raillé par la majorité. Cest donc favoriser l'amitié, que d'employer la gastronomie en mécanique sociale. Il eût été plus

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noble d'attribuer à l'amitié ce système des engrenages d'attraction industrielle que je fais reposer nff le sens du goût ; mais si je donnais ici la priorité à faraitié , ce serait placer l'effet en 1«^* ligne et la cause en 2«. Je me garderai de cette erreur.

Jugeons plus régulièrement nos sens ; n'ayons pas honte de leur influence quand elle conduit au bien, à Tindùstrie , et aux acpords sociaux. Dieu ne yeut pas déshonorer mais utiliser la matière , en façonnant les sens aux convenances de l'âme , et en leur donnant une initiative, comme nous la donnons aox serviteurs qui préparent les voies pour le maître^ avant son arrivée. Cest ainsi qu'on doit envisager l'initiative que je donne à la gastronomie , employée comme voie des premiers liens d'amitié entre les groupes industriels qu'assemble une affinité de goûts sur la consommation , la préparation et la culture de chaque espèce ou variété.

Je n'examine pas quelles ressources fourniront les S passions mécanisantes pour l'engrenage des fonctions industrielles ; toutes trois agissant sur les neuf autres , il sufiSt d'analyser les forces de chacune des 9 au début. J'ai évalué l'influence des 4 affectueuses comparativement à celle du sens du goût, estimons celle des A autres sens dans une phalange débutante.

Tactj vue^ ouïe, odorat: tràitons-en cumulative*

Aœun des quatre n'aura d'iofluence notable sur

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les paysans et ouvriers qui formeront la grande majorité d*une phalange d'essai , et qui auront reçu la grossière éducation populaire. 11 faudra dans les débuts de Tharmonie , se contenter de ces brutes à figure humaine que forme la civilisation, de ces épais Limousins et Bas-Bretons qui n'auront jamais de commerce avec les muses. Indifférens sur les raffinemens de la vue , de Touïe , de l'odorat et du tact, ils ne i^onvoitent que les jouissances du goût et le bénéfice pécuniaire : un fumier bien gras , bien fécondant a plus de charme pour eux que les fleurs du printemps qui ne donnent aucun profit. Le plus beau site, à leurs yeux ne vaut pas un bon dîné ; ils voiis dispenseront des beaux arts pourvu que la table soit bien servie.

Laissez donc éteindre cette génération brute qu'a formée la civilisation perfectible ; attendez quinze ans ou dix, avant d'essayer en système général, l'empire des A sens nommés tact, vue, ouïe, odorat. Jusque-là on en tirera parti autant que possible , chez les individus susceptibles de ce genre de raffinemenf ; mais a coup sûr ils seront en petit nombre, tandis que les gastrolâtres seront en immense majorité dans les 8 classes. Il faut donc, en début, spéculer sur les moyens de circonstance , et non sur des perfections futures. Sous ce rapport , c'est la gastronomie qui méritera toute l'attention des fondateurs ; elle sera le germe provisoire des accords sociaux, jusqu'à ce qu'on puisse opérer sur une gé-

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n^ration moins faussée, moins grossière, et applicable à l'exercice cumulatif des là passions. Nos lois n'en tolèrent que 10, excluant Tamour et la paternité libres : ( les 2 afiectiTés mineures ; car la eÎTilisation est hongréeen essor mineur).

A côté de la passion la plus puissante pour former les engrenages industriels, il convint de signaler la ptssion entachée des propriétés contraires, celle qoi tend à rompre les liens , et qui par cette raison est chérie des moralistes ; c'est Tesprit de famille on paternité, source de tous les désordres sociaux. Un aperçu de ses vices est nécessaire dans la notice des engrenages industriels dont elle est l'obstacle principal.

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