CHAPITRE PREMIER
L'Anarchie Intellectuelle et Morale.
Depuis le milieu du dernier siècle sous Tinfluence de Tesprit scientifique naissant et de Tesprit rationaliste persistant, i la force des croyances religieuses a sensiblement diminué.
Les réactions partielles contre l'abandon du christianisme , et Tesprit d'irréligion, les poussées nouvelles d'un esprit religieux plus ou moins modifié ou rajeuni, n'ont pu arrêter le mouvement. Le mauvais accueil fait aux prêtres assermentés, le succès du Génie du Christianisme, les œuvres de Bonald et de Joseph de Maistre, l'influence de la Congrégation sous Louis XVIII et Charles X, la tentative hardie du catholicisme libéral et
1 Voyez Taine, V Ancien régime*
Tinfluence de Lamennais et de Lacordaire, tous ces faits, dont le moindre demanderait une longue étude pour être justement apprécié et que je puis seulement indiquer, n'ont pas eu les conséquences qu'on pouvait espérer ou craindre. La religion chrétienne s'est montrée impuissante à satisfaire à la fois l'intelligence et les sentiments de l'homme, à garder la direction de notre conduite, à donner à la société une orientation fixe susceptible d'indiquer le sens et de faire reconnaître la portée des idées, des œuvres et ^es actes. L'humanité cependant ne saurait se passer de cette direction et, ce que la religion ne pouvait plus donner, il fallait le chercher ailleurs.
Une conceptioaancienne, séduisante comme tout ce qui flatte notre désir du bonheur et cet instinct de l'ordre que nous apportons dans nos désordres mêmes, sepréspntait avec d'autant plus de force que l'étude^de la nature était à la mode et que cette conception, autrefois puissante, avait subsisté, môme vaincue, et depuis la renaissance du XVP siècle s'était perpétuée dans une suite de penseurs libres et d'écrivains de génie. Si les tendances mystiques d'aujourd'hui paraissent être, au moins