ÉLOGE DE CLICHY
Aie : du Dieu des bonnes gens.
J'avais horreur de la prisou pour dettes , OU tant de gens, victimes des recors, Des créanciers subissant les vendettes, Ont déploré la contrainte par corps 1 Mais le bon vin qu'à table je déguste Vient relever mon courage fléchi I Envers ces lieux ne soyons pas injuste; On est bien à Clichy !
On y rencontre aimable compagnie ; Les murs épais sont cachés sons des fleurs; La joie éclate, et la bonne harmonie Change en palais un séjour de douleurs. De gais propos animent le trouvère ,
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De toute entrave il se croit affranchi , Et les refrains qu'il puise au fond du verre l-'unt retentir Clichy.
Le créancier dont l'âme racornie N'écouta point la vois de la raison, Doit souvent être en proie a l'insomnie; Son de'biteur dort mieux, même en prison. Sous les verrous avec calme il détie Monsieur Vautour par l'usure enrichi.
11 tant avoir de la philosophie , Quand on eut a Clichy.
Par l'égoïsme el les lâches pensées Ici les cœurs ne sont point envahis; Tous, oubliant leurs rancunes passées, A l'unisson battent pour le pays.
Que de nouveau l'étrauyer uuus menace, Ce dout'le mur Sera bientôt franchi, Lt les dettiers se porterout en masse barrière de Clichy!
A ce diner je vois couleur de rose; Je rends hommage a l'hospitalité.
Ici pourtant il manque quelque chose , Lt qu'est-ce donc ?. . . Rien que la liberté ! .Malgré l'attrait de ces belles demeures , Convenons-en, si l'on a réfléchi , C'est quand un peut en sortir h sis heures, Qu'on est bien a Clichy 1
Faeit tndignatio versum. Le débiteur, quand, par nécessité
ou par calcul, il a pris la résolution de faire son temps plutôt que de payer, cultive volontiers la poésie. Il écrit aussi son autobiographie sous le titré de Miei prigiuni, et tient note de ses impressions sous celui de Voyage autour de ma celltile. Souvent il rédige d'éloquents mémoires contre la contrainte par corps. 11 prouve qu'on avait eu raison de l'abolir en 1848, et qu'on a eu tort de la rétablir.
11 cite l'opinion du duc de Broglie, qui a dit :
« La contrainte par corps n'est à bien prendre que la question consacrée en matière civile, après qu'elle a disparu en matière criminelle. La souffrance qui résulte de la première est moins arrière, moins déchirante que celle qui caractérisait autrefois la question, mais eu revanche elle est plus longue, et ce qui se perd en intensité se regagne en durée. »
Du duc Decazcs, qui a dit :
« Les neuf dixièmes des détenus pour lettres de change ne sont pas négociants, et les faits pour lesquels ils ont été condamnés sont tout à fait étrangers au commerce. Les véritables commerçants ne sont pas intéressés dans la question. »
De Jacques Lafhtte, qui a dit :
ii Disons-le franchement, les besoins du commerce ne réclament point l'exécution -de la contrainte par corps; elle ne s'exerce qu'au profit de l'usure, contre de malheureux pères de famille et quelques jeunes imprudents. »
Et heureux de tomber d'accord avec d'aussi éminenles autorités, le detticr se résigne à passer cinq ans à Clichy.