‹ Le nouveau ParisChapitre 155 sur 441 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L<> Cirque-Olympique. — Le Cirque d'été. — Le Cirque-Napoléon. Le Théâtre-Lyrique.

Après la Gaîté et l'Ambigu, le plus ancien des théâtres du boulevard du Temple, dans l'ordre chronologique, est le Cirque- Olympique. Ce fut d'abord uu manège établi dans la rue du faubourg du Temple, en 1780, par l'Anglais Astley, auquel s'associa Franconi. D'habiles écuyers y faisaient la voltige sur les chevaux qu'ils avaient dressés ; des acrobates y dansaient sur la corde avec ou sans balancier; des chiens savants y jouaient aux dominos; un singe, surnommé le Général Jacquot, y déployait une intelligence supérieure à celle des vulgaires quadrumanes. Resté seul propriétaire après Astley, Franconi transporta son établissement sur le boulevard des Capucines, et de là rue Saint-Honoré, sur l'emplacement qu'occupe en 1800 le bal Valertino. De là, sous le premier empire, Franconi jeune, deuxième de nom, ajouta des pantomimes aux exercices du cerf Coco et de l'éléphant Baba. De retour au faubourg du Temple, en 1817, il y eut quelques années de splendeur, brusquement interrompues par un incendie, dans la nuit du 15 au 16 mars 18'2li. Ainsi les principales salles de spectacle du boulevard du Temple ont brûlé tputes les trois.

Le 31 mars 1827 s'ouvrait un nouveau Cirque. Il renonça aux exercices d'équitation pour renouveler sur une échelle réduite les grandes victoires de la république et de l'empire ; mais les frais qu'il avait à supporter étaient tellement écrasants, que les entrepreneurs se ruinèrent. Adolphe Adam loua la salle pour exploiter le privilège d'un théâtre lyrique, et fut bientôt dans la nécessité de battre en retraite. Les pièces militaires reparurent accompagnées de féeries dont la plus recommandable s'appelait les Pilules du Diable.

A la fin de 1859, le Cirque, qui avait fait des excursions dans les temps historiques antérieurs à 1780, revint à ses premières amours. L'Histoire il'un Drapeau, de l'inépuisable Dennery, avec la collaboration anonyme de Mocquart, conduisit les spectateurs de triomphe en triomphe. Les tableaux représentaient un Atelier de brodeuses; le Plateau de Rivoli; la Batterie couverte; la prise du pont d'Arcole; la Bataille des Pyramides ; la Fête du Nil ; l'entrée à Vienne ; un Drame dans une chaumière russe; les Neiges du Nord; les Deux Drapeaux; le Retour de l'île d'F.lbe ; Solfeiïno. Les principaux rôles étaient joués par Laferrière, Jenneval, Colbrun, Maurice Coste et M"" Clarisse Miroy. Au mois de mars 1800, le directeur, M. Hostein, avec l'agrément du ministre d'État, mit tous les soirs mille places à la disposition du ministre de la guerre; et la garnison de Paris put envoyer chaque soir des députations au spectacle, qui déroulait sous leurs yeux de glorieux exemples, et dont le dernier tableau pouvait rappeler à quelquesuns des assistants leurs périls et leurs exploits personnels.

Quant aux jeux hippiques, aux sauts périlleux, aux exercices de force ou d'adresse, qui avaient valu au Cirque-Olympique son ancienne renommée, ils ne manquèrent pas d'asile. MM. Franconi et Ferdinand Laloue, par décision ministérielle du 20 mai 1835, obtinrent le privilège d'un Cirque d'été aux Champs- Elysées. Un arrêté préfectoral du 21 avril 1840 concéda à M. Dejean, alors directeur du Cirque-Olympique, un emplacement de 1,830 mètres, où fut construit le beau théâtre que nous avons déjà mentionné. L'architecte, M. Hitorff, a élevé sur le boulevard du Temple une seconde rotonde, dont les travaux ont commencé le 15 avril 1852, et qui a été inaugurée le 1 1 décembre de la même année, en présence de l'Empereur. Ce vaste amphithéâtre est décoré de sculptures d'après Pradier, Bosio, Duret et Dantan; Gosse, Barrias et Nolan ont peint les frises et la coupole. En mars 1800, le Cirque-Napoléon offrait à ses habitués les travaux équestres de M""-' Loyal et de M"c Clara Rach; des intermèdes de clowns; la Voltige des Petits Chinois, par Lhemann Montero et Joseph; soixante sauts périlleux sur la batoude américaine, par Barncs; les gracieuses gambades de Don-Juan, taureau dressé en liberté, par l'Américain Mac Ray.

Le Théâtre-Lyrique, qui avait balbutié ses premiers chants

sur la scène où naguères les coursiers hennissaient, où l'éléphant Kiouny dansait la gavotte, où Martin se promenait comme Daniel au milieu des lions, eut le bonheur de rencontrer dans le voisinage une salle mieux appropriée à sa destination spéciale. 11 y avait, en 1780, au coin de la rue du faubourg du Temple, un magnifique hôtel édifié par l'architecte Morcau pour M. de Chavannes, conseiller de grand'chambre. Le conseiller d'État Foulon, dont nous avons raconté la fin lamentable, avait acquis cette maison quand il était intendant de la généralité de Paris, et l'avait considérablement embellie. Le 25 avril 1840, une société acheta les débris de cet hôtel et y fit bâtir, sur les plans de M. de Dreux, un théâtre qui, en vertu d'une décision ministérielle du 23 décembre 1810, s'appela le Théâtre-Historique. Alexandre Dumas était un des propriétaires, et il y lit représenter la Reine Margot, les Girondins, Monte-Christ 0, le Chevalier de Maison-Rouge. Tous ces drames étaient mis en scène avec une merveilleuse intelligence ; cependant l'entreprise périclita, et la salle allait se fermer quand on chantait encore dans les rues le cœur desGirondins :

-Mourir pour la patrie, etc.

Le théâtre rouvrit sous le nom de Théâtre-Lyrique, et. sous la direction de M. Edouard Seveste, auquel a succédé M. Carvalho. Propager dans les masses le goût de la musique, tel est le but que cette nouvelle scène s'est proposé, et qu'elle a atteint. Elle a donné des opéras-comiques de compositeurs connus, tels qu'Adolphe Adam, Halévy, Gounod, Clapirson, Rayer ; elle a favorisé les débuts d'Eugène Gautier, Pascal, Aristide Hignard, Delajarte, Paul Cuzent; enfin, elle a repris des œuvres consacrées de Mozart, Gluck et Weber.

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