POPINCOURT
tives de bonne et de mauvaise fortune, le théâtre des Délassements-Comiques fut supprimé par un décret de 1807.
En 1708 s'était formé, sur le boulevard du Temple, le théâtre des Associés, qui se permettait de jouer les pièces du répertoire classique. La Comédie-Française s'en formalisa; mais le directeur Salé écrivit aux acteurs du grand théâtre : « Messieurs, je donnerai demain dimanche une représentation de Zaïre ou le Turc égaré par la jalousie; ayez la complaisance de lui envoyer une députation de votre illustre compagnie, et. si vous reconnaissez la pièce de Voltaire, je consens à mériter votre blâme. » Lekain, Préville et quelques autres répondirent à l'invitation, et rirent tant qu'ils accordèrent à Salé l'autorisation de puiser tant qu'il voudrait dans leur répertoire.
Supprimé en 1807, le théâtre de Salé devint le café d'Apollon, café-concert où l'on jouait devant les consommateurs des petites scènes mêlées de chant et des pantomimes arlequinades. En 1815, M™0 Saqui, célèbre par ses ascensions sur la corde roide au milieu d'un feu d'artifice, obtint le privilège d'un théâtre dont les acrobates faisaient, dans le grand carré des Champs-Elysées, un des principaux ornements des fêtes publiques. Démoli en 1841, le théâtre de Mme Saqui fut remplacé par celui des Délassements-Comiques. La danse de corde trouva d'abord un refuge dans la salle des Funambules; mais bientôt elle fut abandonnée pour le vaudeville et la-pantomime. Gaspard Debureau s'y fit dans les rôles de Pierrot une réputation qu'il justifiait par la finesse de son jeu. Jules Janin, Charles Nodier, Théophile Gautier, Balzac, ne dédaignaient pas d'aller voir et de prôner Debureau. Lorsqu'en 1844 il fut traduit en cour d'assises pour avoir tué d'un coup de parapluie un homme qui le provoquait, tous les habitants de la capitale s'intéressèrent à son sort et applaudirent à son acquittement. Sa mort, arrivée en 1847, excita d'unanimes regrets, et les débuts de son fils, qui essayait de le remplacer, furent accueillis avec sympathie.
Pour ne pas laisser incomplète cette longue énumération de théâtres, mentionnons le Petit-Lazari, où l'enfant des faubourgs trouve des distractions dramatiques au meilleur marché possible. Ce Lazari venait d'Italie; c'était un arlequin remarquable par sa gentillesse, sa légèreté et ses saillies. Le spectacle des Varitétés- Amusantes, établi en 17(15 par de Lécluse, avait été transféré au Palais-Royal au mois de janvier en 1781; Lazari s'installa dans la salle vide, où il florissait encore en 17B8, lorsque, le 31 mai, un incendie qu'il fut impossible d'arrêter éclata à la suite d'une représentation du Festin de Pierre. Lazari, ruiné, se tua de désespoir. La salle qu'il avait occupée ne fut rouverte qu'après 1815. Ou y voyait des marionnettes; mais depuis la révolution de 1830, elles ont été remplacées par de vrais acteurs.
Les constructions imposantes qui bordent le boulevard'de ce côté ont remplacé le Panorama-Dramatique, théâtre malheureux : ouvert en 1821 et démoli en 1823, il comptait pourtant, parmi ses acteurs Serres et Bouffé. Son directeur, M. Langlois, n'épargnait rien pour accroître l'illusion. Dans le mélodrame du Vieux Berger, il avait introduit un troupeau de moutons vivants qui, effrayés par les applaudissements, sautèrent au milieu de l'orchestre. Dans la P:lite lampe merveilleuse, il avait organisé une charmante armée d'enfants. Duponchel avait dessiné pour Augier le Danois, et pour la Mort du chevalier d'Assas des costumes d'une fidélité historique encore inconnue; mais tant de sacrifices et d'efforts furent en pure perte.
A peu de distance du Panorama-Dramatique était la façade d'une maison longue et étroite qui a également disparu. Dans cette maison se présenta, le 8 mars 1835, un homme qui dit s'appeler Gérard, et qui était accompagné par un homme plus âgé qui se faisait passer pour son oncle. Le premier était Fieschi, et l'autre Morey. C'était Pépin, marchand épicier, qui avait fourni les fonds pour louer la chambre et y mettre quelques meubles.
Le 28 juillet suivant, Fieschi était aux aguets derrière une jalousie, prêt à mettre le feu â une machine infernale composée de canons de fusils rangés comme des tuyaux d'orgues. Louis- Philippe passe avec son état-major au milieu d'une, foule immense et joyeuse; tout à coup une détonation retentit : une pluie de projectiles blesse morlellement le maréchal Mortier, six généraux, deux colonels, un officier d'état-major, neuf gardes nationaux, dix -huit spectateurs, parmi lesquels se trouve une jeune fille de seize ans. Les chevaux du roi, du duc d'Orléans, du duc de Nemours, sont atteints. Louis-Philippe,
dont une balle a seulement effleuré le front, montre un calme extraordinaire , et après avoir vu relever les mourants, il se tourne vers ceux qui l'accompagnaient â la revue en disant froidement : — Continuons, messieurs.
Blessé par l'explosion de quatre canons, Fieschi fut arrêté au moment où il essayait de sortir de la maison par la rue des Fossés-du-Temple, en se laissant glisser le long d'une corde. Traduit devant la Cour des pairs, il fut condamné, le 15 février 1 830, à la peine des parricides, et exécuté le 19 février avec ses deux complices. Un troisième, nommé Boireau, fut condamné à vingt ans de détention.
Le boulevard, ensanglanté par cette horrible tentative, est tous les soirs plein d'animation, de bruit, de lumière; une multitude de marchands ambulants stationnent devant les théâtres et sollicitent par leurs cris les consommateurs, tandis qu'un commerce considérable de contre-marques se fait à la porte des théâtres.