CHAPITRE VI
Le Marché-aux-Chevaux. — Le chemin de fer d'Orléans. — L'Hôtel des Haricots. — La gare. — Le général Bréa. — Les chiffonniers. — Hôpitaux et Théâtres.
En face de la Salpêtrière, de l'autre côté du boulevard de l'Hôpital, est le marché aux chevaux.
On a parlé du déplacement probable du marché aux chevaux, par suite des travaux d'amélioration qui doivent être exécutés sur le territoire du XII1« arrondissement, et qui sont appelés à en modifier assez profondément la physionomie dans un avenir prochain. Ce marché, qui compte plus de deux siècles d'existence sur son emplacement actuel , occupe une superficie de 17,100 mètres, et les travaux qui y ont été faits sous la direction de M. Lahure, architecte, l'ont rendu parfaitement approprié à sa destination. Il se compose aujourd'hui de trois parties contigués : la première, qui comprend le marché proprement dit, a son entrée principale. sur la rue du Marché-aux-Chevaux, et occupe un espace de 55 mètres de largeur sur 200 de longueur; la seconde partie est affectée à l'essai des chevaux de trait, a son entrée par le marché même et mesure une longueur de 58 mètres sur une largeur réduite de 50 ; la troisième partie, servant à la vente des voitures, a son entrée principale par le boulevard de l'Hôpital ; sa longueur est de 55 mètres et sa largeur de 50. Si , par suite de la création du nouveau boulevard Saint-Marcel, cet établissement devait être déplacé, il n'en serait pas moins consacré au XIIIe arrondissement, si peu riche en établissements d'utilité publique, et qui , depuis de longues années déjà, réclame la construction d'une halle aux cuirs sur un point quelconque de sa circonscription.
Entre la Salpêtrière et la Seine est la gare du chemin de fer d'Orléans , une des premières qui aient été faites à Paris. Les bâtiments d'arrivée et de départ, bureaux d'administration, cours, voies principales, de croisement ou de garage, occupent une superficie d'environ 50,000 mètres. Cette gare fut commencée en 1835, par l'architecte Collet, et terminée par Renaud. On a été obligé de l'agrandir à mesure que des lignes nouvelles venaient s'ajouter aux lignes concédées.
Les premières études d'un chemin de fer de Paris à Orléans datent de 1830; mais ce fut seulement le 1G juin 1838 que la Chambre des députés adopta le projet d'une concession de soixante-dix ans à la compagnie Casimir Lecomte, constituée au capital de 40,000,000 fr. Les travaux, qui sont d'une admirable solidité, ont été exécutés par M. Julien, avec, le concours de MM. Deberne, Thoyot et Mourlhon, ingénieurs des ponts et chaussées.
Les compagnies d'Orléans, du Centre, d'Orléans à Bordeaux et de Tours à Nantes, opérèrent une fusion qui fut approuvée par un décret du 27 mars 1852.
Devant l'embarcadère passe une rue ouverte , avec trois autres, en vertu d'une ordonnance royale du 27 avril 1825, sur les terrains appartenant à MM. Bouhin , Godde, Magu et Hélyd'Oissel. Ils avaient obtenu l'autorisation d'ouvrir cinq rues, à la charge de supporter les frais d'établissement du premier pavage et éclairage des rues nouvelles; d'établir dans la rue principale des trottoirs de 2 mètres de large, et dans les autres des trottoirs de I met. 50 cent, de chaque coté desdites rues, au fur et à mesure qu'il s'y construirait des maisons d'habitation. Une seconde ordonnance du 14 janvier 1829 modifia la pré-
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cédente, mais seulement en ce qui concernait le nombre des rues. Elles furent réduites à quatre, qui prirent les noms de rue de la Gare, de Fulton, de Watt et de Papin.
Dans la rue de la Gare est la maison d'arrêt destinée aux gardes nationaux qui ne font pas régulièrement leur service. Elle occupa longtemps, au coin de la rue des Fossés-Saint-Bernard, une vieille maison qui s'appelait l'hôtel Bazancourt, et que l'on connaissait plus généralement sous la dénomination d'Hôtel des Haricots.
Un des habitués de l'endroit en a peint les mœurs de la manière suivante :
« L'Hôtel Bazancourt ne présente rien, dans sa configuration extérieure ou intérieure, qui ait vraiment droit à une mention. Une seule particularité me frappa dans la visite que je fus admis à faire des cellules : c'est l'innombrable variété d'inscriptions, tant en prose qu'en vers, qui revêtent les murs et font de cette prison, dirait un poète, un gigantesque album de pierre. Du reste, let arts se sont également donné rendez-vous à l'hôtel Bazancourt; j'y ai vu plus d'un dessin au crayon que Susse ou Giroux paieraient avec de l'or, et nul doute que Troupenas ou Bernard Latte n'éditassent très-volontiers deux ou trois charmantes mélodies au-dessous desquelles j'ai lu des noms justement populaires. La politique n'a pas manqué d'y laisser des traces de son passage : ce ne sont partout que des symboles républicains et anathèmes à l'ordre de choses. Il va sans dire que la garde nationale y est principalement l'objet de sentiments hostiles, et que la caricature s'est donné beau jeu à son endroit.
« A l'heure où j'entrais dans la prison, on servait le déjeuner des prisonniers; je m'attendais à la maigre pitance qui leur est allouée administrativement ( 5 sous par jour ). Quel fut mon étonnement, lorsque introduit dans une vaste pièce qui sert au repas pris en commun, je fus cordialement invité à m'asseoir à une table copieusement servie où mes compagnons de captivité me donnèrent l'exemple du plus indomptable appétit et de la plus expansive gaieté.
« Après déjeuner, les uns allèrent faire une sieste jusqu'à l'heure du second repas ; j'en vis d'autres s'enfermer dans leurs cellules avec une provision de journaux et de romans; la majorité improvisa une bouillote dont le produit devait faire les frais du dîner. Commensal à titre gratuit du déjeuner, j'étais engagé d'honneur à jouer, je jouai donc et perdis une somme assez ronde, nouvelle occasion de donner l'institution à tous les diables.
« Le diner fut étincelant de pointes, de lazzis et de calembours. Seul, je pus à peine me dérider; je pensais à ma femme, à ma bourse vide, aux échéances de la fin du mois, au passé, au présent, à l'avenir. A neuf heures, le projet d'une seconde bouillote pour le déjeuner fut délibéré et emporté à l'unanimité, une voix exceptée, la mienne. La partie du matin ayant été onéreuse pour quelques partenaires qui tremblaient d'avoir à rendre des comptes à leur ménagère, et la majorité des joueurs, par un heureux hasard, se composant de marchands de comestibles, il fut convenu que les perdants solderaient en nature, qui par un jambon, qui par un gigot de mouton, qui par du sucre et du café, qui par du pain et de la brioche (historique); ces conditions arrêtées, on fit un jeu d'enfer.
k J'avais réussi à me récuser, sous le prétexte d'une indisposition ; je pus donc gagner ma cellule où, après une courte inspection des lieux, je me décidai à nie glisser dans les draps glacés de ma pistole. Hélas ! je n'avais point aperçu une assez large brèche à l'un des carreaux de ma fenêtre... je ne pus fermer l'œil de la nuit. »
L'hôtel Bazancourt fut démoli lorsqu'on étendit l'Entrepôt général des liquides et la Maison d'arrêt; et la garde nationale prit possession d'un hôtel appartenant à la ville.
La Maison d'arrêt de la garde nationale s'élève entre deux cours environnées de murs élevés et complètement dépourvus de verdure ; derrière la seconde , qui sert de préau , est un corps de logis séparé dont la façade donne sur le quai.
Il est peu de gardes nationaux parisiens qui , à la suite d'une infraction à la discipline, n'a passé quelques heures dans ce séjour. Les cellules y sont assez spacieuses et bien éclairées. Un calorifère les chauffe convenablement en hiver. Les lits sont durs, mais le détenu peut, moyennant finances, obtenir un matelas et un oreiller supplémentaires. Il a le droit de réclamer gratuitement la nourriture, de la prison, droit dont il n'use qu'à la dernière extrémité, car, à moins
d'être d'une sobriété excessive, il serait exposé à éprouver une partie des tortures d'Ugolin. Une cantine est tenue par le gardien, et, en payant le même prix que dans un bon restaurant du boulevard, on peut se dispenser, à l'Hôtel des Haricots, de ce flatueux légume, et se procurer une alimentation tolérable.
Mais, plus de banquets! plus de ces agapes fraternelles, après lesquelles le jeu fournissait des ressources pour de nouveaux excès. Dans la nouvelle Maison d'arrêt, chacun mange isolément comme un prisonnier de Mazas. Il n'est pas même permis de faire un tour de promenade pour faciliter la digestion. C'est seulement au milieu du jour que s'ouvrent les portes des cellules et que les détenus peuvent communiquer entre eux, réunis, suivant les saisons, dans le préau ou dans une salle du rez de-chaussée.
Les murailles de la prison nouvelle ne sont pas non plus comme celles de l'ancienne surchargées d'inscriptions séditieuses. Quiconque se permettrait d'avoir une opinion injurieuse pour le gouvernement, le conseil de discipline ou le capitaine rapporteur, doit la communiquer tout bas à ses compagnons d'infortune; mais qu'il se garde bien de la consigner sur les murs de sa prison ! il ne manquerait pas d'être poursuivi comme coupable de dégradation à un monument public.
Et pourtant il existe dans la Maison d'arrêt de la garde nationale une cellule privilégiée, le n° 14, qui est devenue une espèce de sanctuaire. Un artiste nommé Gérard Séguin y entra un matin pour y subir une condamnation à vingt-quatre heures de détention ; et au lieu de descendre dans la salle commune, où l'on trouve souvent assez douteuse compagnie, il s'enferma chez lui. Le lendemain, le geôlier voyait une gracieuse figure de femme accoudée à la porte; il fronça d'abord le sourcil; mais avant de dresser procès-verbal du délit, il en référa à l'autorité. L'autorité respecta l'œuvre de l'artiste, et depuis ce temps la cellule n° 14 fut réservée aux hommes dont le nom était connu dans les arts ou dans la littérature.
Les murs ne tardèrent pas à être couverts de dessins par Achille Devéria , Théophile Gauthier , qui manie le pinceau comme la plume; Decamps, ce maître dont le temps a sanctionné la renommée ; Gavarni, dont les lithographies resteront comme un monument spirituel et vrai des mœurs du xixe siècle; Alcide Lorentz, peintre enthousiaste des grognards; Darnout, dit Bertall, ce caricaturiste doué d'un talent d'observation qu'il n'a peut-être pas assez cultivé; Auguste de Chatillon, peintre dont les débuts avaient été brillants, et qui eut le tort d'aller chercher aux États-Unis une fortune qui l'attendait dans sa patrie.
La cellule n° 14 est aussi enrichie de vers et de musique. Alfred de Musset y a inscrit les strophes humoristiques qui commencent ainsi :
Ou dit triste comme la porte
D'une prison; Et je crois, le diable m'emporte,
Qu'on a raison.
Frédéric Bérat a noté sur le mur la. chanson dont voici un couplet :
Des le matin, chacun, *a pleine vois, Entonne ici gaîment sa mélodie.
Jusqu'au gardien , qui m'enferme parfois En fredonnant l'air de Ma Normandie.
Sous les verrous, le chant des mariniers
M'arrive des bords de la Seine,
Avec les parfums printaniers,
Que le soir, de sa douce haleine,
La brise apporte aux prisonniers.
Non-seulement du premier étage de la maison d'arrêt on entend les bruits qui partent de la Seine, mais encore on y jouit d'une vue admirable. Le fleuve, grossi par les eaux de la Marne, entre majestueusement dans la capitale. Il est large, profond et limpide; les immondices des égouts ne l'ont pas encore souillé. C'est surtout du quai de la Gare qu'il faut le contempler, entre le pont du chemin de fer de ceinture et le pont de Bercy; il est couvert de bateaux qui apportent les vins de la Bourgogne, du Bourbonnais ou des pays qu'arrose la Haute-Loire. De vigoureux porteurs roulent les pièces jusqu'aux magasins établis en foule sur la rive. Des voitures circulent avec bruit le long de berces, où les femmes des camion-
ncurs, assises dans des moitiés de futailles comme les ravaudeuses du vieux temps, reçoivent les commandes. Une multitude de marchands, d'acheteurs, de courtiers, s'agite à la porte des cafés et des restaurants.
Le quai de la rive gauche présente un spectacle moins animé. Toutefois, on y trouve quelques cabarets renommés, où les viveurs viennent déguster la matelotte et la friture ; mais taudis que le port de Bercy n'est bordé que de caves et de hangars où sont remisés les tonneaux, le port de la Gare n'a que des chantiers et des usines.
C'est dans une scierie mécanique de ce quartier industrieux qu'est arrivé, le 18 avril 18(30, un de ces accidents que malheureusement la science humaine n'est pas encore parvenue a conjurer. Un ouvrier fumiste, nommé François Descures, s'était rendu dans cette scierie vers sept heures et demie du matin pour faire quelques réparations à une cheminée dans la pièce où se trouvait la machine à vapeur, qui venait d'être mise en mouvement, et il était entré dans cette pièce à l'insu des ouvriers chargés de diriger la machine. Avant de commencer son travail, il eut la malheureuse idée de saisir l'un des volants pour changer sa direction, et au même instant il fut enlevé et lancé dans l'auge, où il a été broyé. Malgré la promptitude avec laquelle on a arrêté la machine, on ne put retirer de l'auge qu'un cadavre horriblement mutilé.
Le quai d'Austerlitz , dont la longueur est de plus de 000 mètres, est bordé sur presque tout son parcours, par d'importants établissements industriels qui concourent activement à l'approvisionnement de Paris. Il a longtemps porté le nom de quai de l'Hôpital , en raison de sa proximité de l'Hôpital général, aujourd'hui la Salpètrière. Après la construction du pont d'Austerlitz, achevé en 1807, il en prit le nom. En 1815, on lui rendit sa dénomination primitive. Un premier alignement a été fixé pour ce quai par une décision ministérielle du 30 avril 1810. Il a repris le nom de pont d'Austerlitz, en vertu d'une autorisation du ministre du commerce et des travaux publics, à la date du 0 avril 1832.
Quelques années avant cette dernière époque, le petit village d'Austerlitz, formé au commencement de ce siècle, fut réuni à la ville de Paris ; alors, la barrière de la Gare se trouvait placée près de l'ancienne pompe à feu, démolie en 1844, et qui se trouvait sur remplacement contigu à la propriété qui porte aujourd'hui le n" '21 ; on voit encore en cet endroit l'ancien mur d'enceinte. Après 1845, on éleva plusieurs constructions d'après un nouvel alignement qui devait faire disparaître les sinuosités de cette voie publique importante.
C'est de 1844 à "1847 que l'administration a fait commencer les travaux d'amélioration du quai d'Austerlitz. Dans le courant de ces années, on y a exécuté un bas-port, et cette opération a entraîné une dépense totale de 447,000 fr., qui a été également supportée par l'État et par la Ville de Paris.
Le quartier de la Maison-Blanche se compose entièrement d'un territoire annexé en 1800. 11 comprend les villages de la Maison-Blanche et de la Glacière, tous deux de formation récente. Le second est ainsi nommé à cause d'un vaste dépôt de glace, qui approvisionnait seul la capitale avant l'établissement des glacières de Saint-Ouen et du bois de Boulogne. Il était de mode, il y a quelques années, pendant les hivers rigoureux, d'aller patiuer sur des étangs formés par le débordement de la Bièvre.
Dans la rue de la Santé, qui borde à l'ouest le quartier de la Maison-Blanche, était autrefois l'hôpital Sainte-Anne ou de la Santé, fondé au sm* siècle par Marguerite de Provence, veuve de saint Louis. Il avait d'abord été placé à peu près à l'endroit qu'occupe actuellement le Val-de-Grâce; mais Anne d'Autriche le relégua hors des murs, et en le faisant reconstruire le destina principalement à recevoir les malades qui ne trouvaient point place à l'Hotel-Dieu pendant les épidémies. Cet hôpital servit ensuite d'asile pour les convalescents, et d'annexé à l'hospice de Bicêtre. L'administration de l'assistance publique y créa une ferme, où elle essaya d'employer à des travaux agricoles une partie des aliénés qu'elle avait à sa charge. Depuis 1854, cette petite colonie est retournée à Bicêtre.
A l'extrémité opposée du quartier de la Maison -Blanche, l'ancienne barrière d'Italie ou de Fontainebleau conserve. les deux édifices dont elle était flanquée, et dont un servira de mairie au XIIIe arrondissement.
C'est à cette barrière que se passa le plus douloureux épisode des journées de juin 1848.
Les insurgés occupaient une terrasse du collège Henri IV et une barricade formidable. Le général Damesme fut dangereusement blessé à cette barricade, et remit le commandement au lieutenant-colonel Thomas.
Cependant l'ordre s'était complètement rétabli dans tout le quartier de la rue Saint-Jacques, de la place de la Sorbonne et du Panthéon; des reconnaissances furent poussées jusqu'à la caserne Mouffetard, qui fut occupée non sans peine.
Le combat s'étendait plus à gauche vers la place Maubert , et cessait au contraire vers le Panthéon.
Le soir du 24, le général Bréa vint prendre le commandement exercé par Damesme ; la nuit fut tranquille. Le 25, le général Bréa fit reconnaître la rue Mouffetard et désarmer successivement les maisons suspectes ; puis il fit réoccuper la caserne de Lourcine, que l'on avait tenté d'incendier la veille.
En même temps, il confia la mairie du douzième arrondissement au 1" bataillon de la mobile, et, se mettant à la tète de deux bataillons d'infanterie de ligne, de deux pièces d'artillerie et de détachements de la mobile, le général Bréa descendit la rue Saint-Jacques et marcha sur la barrière Fontainebleau, occupée par 2,500 insurgés environ.
Le général Bréa se dirigea vers la barricade, la franchit seul , et parlementa avec les insurgés, qui s'emparèrent de lui et le massacrèrent.
Le lieutenant-colonel Thomas, après deux heures d'attente, apprit, l'assassinat de son général.
Sept barricades entouraient la place, intérieure et extérieure de la barrière et en faisaient un réduit très-fort; elles furent canonnées et enlevées sans que la colonne éprouvât des pertes sensibles. Là, un bataillon de la 1" légion de la garde nationale de Paris, qui s'était joint à cette colonne, fit preuve d'un aplomb et d'un zèle digues des plus grands éloges. La barrière fut bientôt réoccupée par la garde mobile.
Dès ce moment les quartiers Saint-Jacques et Mouffetard étaient au pouvoir des troupes.
Le général Bréa avait été d'abord conduit dans une guinguette du Grand-Salon, et avait consenti à tracer ces lignes :
« Nous, soussigné, général Bréa de Ludre, déclarons être venu aux barrières pour annoncer au bon peuple de Paris et de la banlieue que l'Assemblée nationale a décrété qu'elle accordait trois millions en faveur de la classe nécessiteuse, et qu'elle a crié : Vive la République démocratique et sociale !
« Général Bréa de Ludbk.
« Le capitaine aide de camp Mangin. »
Plus bas, il avait ajouté :
« Je n'ai trouvé à la barrière Fontainebleau que de braves gens républicains et démocrates socialistes.
« J'ordonne à la troupe de se retirer. Qu'elle retourne par la même route. »
Le général, son aide de camp; M. Desmaretz, chef de bataillon du 24e de ligne; M. Gobert, chef de bataillon de la 12* légion de la garde nationale, furent ensuite traînés au corps de garde. Les deux derniers échappèrent miraculeusement à la mort, et M. Desmaretz, dans une lettre adressée à ses camarades, rendait compte en ces termes de sa délivrance :
n La Providence seule m'a sauvé, avec l'aide de quelques hommes de coeur (car on en trouve dans tous les rangs de la société); pendant quatre heures, j'ai subi les angoisses de la mort, menacé par les baïonnettes et les pavés, et ayant en perspective d'être fusillé.
« Enfermé dans le corps de garde avec le général Bréa, son aide de camp et un chef de bataillon de la 12= légion, je m'étais blotti dans un encoignure de croisée, d'où j'ai vu, de mes propres yeux, fusiller les deux premiers par ces cannibales, qui revinrent ensuite les achever à coups de crosse. En ce moment, le chef de bataillon se glissa sous le lit de camp : puisse-t-il avoir échappé, comme moi, aux regards de ces gens sans pitié ; car, dans le cas contraire, il aura sans doute subi le même sort que le général et son aide de camp.
« Pour moi, oublié, je ne sais par quel miracle, je me suis vu arraché du poste par des gens qui, révoltés de l'assassinat qui venait de se commettre, m'ont fait un rempart de leur corps, et ont détourné dans la rue les baïonnettes de ceux qui voulaient m'égorger.
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u C'est avec grand'peine qu'ils m'ont fait entrer dans une maison voisine, où j'ai du échanger les lambeaux de mes effets militaires contre d'ignobles vêtements, raser mes moustaches et me noircir la figure.
o C'est dans cet accoutrement qu'il m'a fallu traverser plusieurs jardins, en franchissant les murs d'enceinte pour arriver à un lieu plus sur, la maison de M. D..., lequel est aussitôt allé chercher ma femme et mes enfants, qui sont arrivés plus morts que vifs. Ce brave M. D... m'a encore accompagné le soir, à la brune, jusque chez moi.
» Si, en tantant d'aller vous rejoindre, je n'avais pas la certitude de trouver une mort plus certaine encore que la première fois, je n'hésiterais pas un seul instant à aller partager vos peines et vos fatigues. J'ai été dépouillé de tous mes effets militaires; coups de pied, soufflets et ignominies de tout genre, rien ne m'a été épargné.
« Prière de faire parvenir ces renseignements, écrits à la hâte, au général commandant les troupes, en remplacement du trop confiant et malheureux général Bréa, que je n'ai pas voulu abandonner.
« Puissiez-vous, mes bons amis, vous tirer avec bonheur de tous les pas difficiles qui pourraient se présenter et vous revoir le plus tôt possible.
<c E. Desmariîtz. »
L'assassinat du général Bréa de Lure et de son aide de camp Mangin amena devant le conseil de guerre de Paris, présidé par le colonel Cornemuse, le 15 janvier 184-9, les nommés Daix, dit le Bon Pauvre, administré de Bicêtre; Guillaume, dit Barbiche, batteur en grange à Moranges; Constant, tonnelier; Baude, dit Picard, cordonnier; Mony, charcutier; Gêné, dit Lapointe, contre-maître tanneur; Masson, Naudin, journaliers; Géru, coutelier; Boulley, carrier; Paris, marchand de chevaux; Quintin, garçon maçon; Lebellegny, cordonnier; Gautron, charretier; Luc, employé des ponts et chaussées; Yappreaux aîné et cadet, garçons marchands de chevaux ; Dugat, charpentier; Lahr, maçon; Noury, garnisseur de couvertures; Bussières, bijoutier; Neuens, horloger; Brassa, terrassier; Maissil, ouvrier des ports; Chopart, employé de librairie.
Les débats se terminèrent, le 7 février, par la condamnation de Daix, Vappreaux jeune, Lahr, Noury et Chopart à la peine de mort; de Neuens, Gautron et Lebellegny aux travaux forcés à perpétuité; de Mony, Gêné, Naudin et Dugat à dix ans de trrvaux forcés; de Luc, à vingt ans de détention; de Vappreaux aine, Boulley et Bussières à dix ans ; Brassa et Paris à cinq ans; Baude et Masson à un an, et Géru à deux ans de prison. Quintin, Constant et Guillaume furent acquittés. Le conseil de guerre ordonna que les condamnés à la peine capitale seraient exécutés à la barrière de Fontainebleau.
Daix et Lahr furent seuls exécutés. La peine des trois autres fut commuée en celle de travaux forcés à perpétuité.
Le 17 mars, dès quatre heures et demie, de forts détachements d'infanterie et de cavalerie se dirigeaient par le boulevard de la Salpètrière et les autres avenues vers le rond-point intérieur de la barrière Fontainebleau, à cent pas environ de la Maison-Blanche, où le crime a été commis, à l'endroit même où le général de Bréa s'était livré confiant aux insurgés. On apercevait de loin, à côté de la lumière éclatante des becs de gaz de l'octroi , la lueur lugubre de deux fanaux posés sur l'échafaud, déjà dressé devant l'arbre de la liberté. Bientôt toutes les forces imposantes commandées pour l'exécution arrivèrent par la rue Mouffetard, la route d'Italie et les boulevards extérieurs ; la gendarmerie mobile à pied entoura l'échafaud, la garde républicaine à cheval et à pied se rangea en un second cordon , les lanciers et le 61e de ligne, en tenue de campagne, et quelques soldats porteurs de pinces formèrent la troisième enceinte. Un général de division et un général de brigade étaient à la gauche de l'échafaud, entourés de leur état-major. L'exécution avait été confiée aux soins exclusifs du commandement militaire, car une consigne très-difficile à fléchir, et devant laquelle les chefs de la police mêmes, d'ordinaire ordonnateurs souverains de ces tristes cérémonies, étaient forcés de plier, interdisait l'accès dans les première et seconde enceintes à toute personne dont le ministère n'était pas d'intérêt absolu et immédiat.
Plus de dix mille hommes de troupes de toutes armes étaient convoqués; ils formaient deux brigades composées d'un bataillon du 61" de ligne, d'un bataillon du 2e, d'un bataillon du
59e, d'un bataillon du 34e, de deux escadrons de lanciers, de deux escadrons de dragons, d'un bataillon de garde républicaine à pied, d'un escadron de la garde républicaine à cheval, d'une batterie d'artillerie composée de sept pièces de canon , d'un bataillon de gendarmerie à pied. Cet appareil militaire imposant se compléta par l'arrivée de deux batteries, qui furent distribuées par demi-batteries , les canons braqués sur les quatre issues principales (la rue Mouffetard, la route et les deux boulevards). La foule était peu nombreuse, et on y remarquait à peine quelques femmes.
A six heures et demie, les deux voitures cellulaires arrivèrent au galop par la barrière d'Italie, venant du fort de Vanves, où elles avaient pris les condamnés, entourées d'une forte escorte de cavalerie.
Daix descendit le premier : sa figure, pâle comme d'habitude , ne témoignait aucune émotion. Il portait la veste du dépôt en bure grise, et sa tête était couverte d'une casquette que l'abbé qui l'accompagnait lui enleva. Daix parut un peu surpris de descendre avant Lahr, et dit : « Tiens 1 c'est moi qui passe le premier? » Et sans attendre la réponse, il monta rapidement les degrés de l'échafaud ; arrivé sur la plate-forme, il se redressa, et il s'apprêtait à parler quand l'ecclésiastique voulut lui mettre la main sur la bouche, en le suppliant de garder le silence et de se recueillir. « Laissez-moi! laissez-moi! dit Daix, vous n'avez pas le droit de m'empêcher de parler ! » Et il s'écria d'une voix énergique : « Je meurs chrétien et innocent pour la cause du général Bréa ! Je meurs chrétien ! » Les aides de l'exécuteur le saisirent alors ; le prêtre l'embrassa et lui fit baiser le crucifix ; on retendit sur la planche à bascule, et le couteau tomba.
Mais, soit que le panier fut placé trop près, soit par la violence du dernier spasme, le corps bondit par-dessus le panier et roula sur l'échafaud, qui fut inondé de sang. Il y eut alors un moment de confusion : les aides relevèrent avec précipitation le cadavre et le rejetèrent dans le panier. Pendant que l'exécuteur des hautes œuvres s'agitait impatiemment, un soldat du premier rang tomba sans connaissance. Lahr était déjà sur la plate-forme et contemplait le triangle rougi qui n'était pas encore relevé.
La physionomie de Lahr, dont l'expression habituelle était une bonhomie souriante, paraissait un peu plus colorée que nous ne l'avons vue pendant les débats. Il était vêtu d'un pantalon gris et d'une* veste, et avait fait le trajet tête nue; ses cheveux avaient été coupés comme ceux de Daix dans la toilette funèbre, et ses oreilles ne portaient plus les fatales boucles qui avaient servi contre lui de moyen de reconnaissance. Il s'en était dépouillé au fort, laissant à sa femme ce dernier héritage. Sa contenance n'était pas moins ferme que celle de Daix ; soutenu par l'ecclésiastique qui l'assistait , il répétait : « Jésus, Marie! Jésus, Marie! priez pour moi !» et baisait le crucifix, paraissant n'avoir d'attention que pour les paroles du prêtre ; à son cou pendait une médaille de bonne conduite qu'il avait reçue de la confrérie de Saint-François dont il était membre.
Cependant le couteau s'était relevé : Lahr embrassa une dernière fois le crucifix et son confesseur, et une seconde après il avait cessé de vivre. Il était six heures trente-cinq minutes, l'exécution commandée pour sept heures ayant été avancée.
Daix (Henri -Joseph) était âgé de 44 ans, et demeurait rue de Poliveau, 34. Fils d'un capitaine de l'Empire, qui avait gagné ses premiers galons sous la République, il obtint, en 1815, au collège de Versailles, une bourse que lui enleva la Restauration. Quelques jours après, dans une lutte d'enfants, il fut blessé à la tête par un projectile, et cette blessure, qui nécessita l'opération du trépan, a pu avoir sur la vie de Daix une funeste influence; il fut d'abord, à la suite de l'opération, privé de la raison pendant trois ans.
A quatorze ans, il essayait de se suicider, sans motifs connus. Plus tard, en 1835, il se livrait à une nouvelle tentative de suicide avec une femme qu'il aimait. On vint à temps à leur secours ; mais pendant qu'on donnait à sa femme les premiers soins, Daix, revenu à lui, se frappait de plusieurs coups de couteau dont il porta toujours les cicatrices. Daix, privé de l'œil gauche et atteint d'un amauroso à l'œil droit, et dont un bras et une jambe avaient été écrasés par une voiture, avait été admis à Bicêtre, grâce à l'influence de sa sœur, sous-inspectrice de la lingerie et très-estimée dans la maison où elle est employée depuis quatorze ans. Elle a adopté trois enfants d'une pauvre femme de service morte dans l'hôpital.
Lahr (Nicolas), ouvrier carrier, était né dans le Wurtemberg et âgé .de vingt-neuf ans ; sa femme tenait un commerce de vin à Ivry, barrière des Deux-Moulins. Il était caporal pompier dans la garde, nationale, et c'est dans une tournée de service qu'étant arrivé le dimanche à trois heures à la barrière de Fontainebleau, il se jeta dans le drame sanglant de l'insurrection où un rôle si funeste lui était réservé.
Le nom du quartier de Croulebarbe remonte au moyen âge. Dès l'an 1214, il existait sur la rivière de Bièvre un moulin de Croulebarbe, qui, restauré d'âge en âge, n'a été démoli qu'en 1840. Des titres de l'an 1243 mentionnent les vignes de Croulebarbe. La moindre largeur de la rue Croulebarbe a été fixée à dix mètres par la décision ministérielle du 10 juin 1810, et l'ordonnance royale du 21 octobre 1841.
Le promeneur qui , après avoir suivi la rue Mouffetard tourne à droite et prend celle du Petit-Gentilly, se trouve inopinément en face d'un des plus beaux paysages qui soient à Paris. 11 a devant les yeux une vallée arrosée par la Bièvre, dont il n'est pas assez près pour respirer les émanations délétères et nauséabondes; dans les prairies riveraines, des blanchisseuses étendent le linge sur des piquets ; des vaches paissent comme en pleine campagne; çà et là des jardins plantés au xvmc siècle par de riches gentilshommes qui cherchaient le plaisir et le repos dans ces lointains quartiers, dressent les cimes verdoyantes de leurs arbres fruitiers, ou prolongent en arceaux de verdure les débris de leurs nombreuses charmilles. Les tanneries disséminées çà et là avec leurs greniers à clairevoie ressemblent à des villas italiennes; le vallon se relève environ à un kilomètre de l'endroit où nous supposons que l'observateur est placé. Les lignes imposantes de la manufacture des Gobelins dominent un amas de toitures, la plupart dégradées par le temps. Au-dessus des maisons se découpent sur le ciel l'Observatoire, le dôme du Val-de-Gràce, celui de l'église de Sainte-Geneviève, les clochers de Saint-Jacques-du- Haut-Pas, de Saint-Étienne-du-Mont et la tour du lycée Napoléon. Nous ne saurions trop recommander aux voyageurs cette vue exceptionnelle, qui mériterait d'être plus connue.
Par malheur, il faut l'acheter en traversant un quartier mal bâti, et nous pouvons dire mal habité, puisqu'il est convenu dans le monde que la misère est. un signe de réprobation. Les honnêtes ouvriers qui sont agglomérés dans les rues sinueuses du faubourg Saint-Marcel ont peut-être à se plaindre du sort plus que ceux dont nous avons signalé l'infortune en parlant des XIe et XIIe arrondissements.
C'est dans le XIIIe et dans une partie du-Ve que sont cantonnés les chiffonniers parisiens.
Lorsqu'un homme est sans ressources, et qu'il peut en trouver en fouillant dans les tas d'ordures, il faudrait qu'il n'eût pas 7 fr. dans sa poche pour se priver d'une hotte et d'un crochet. Dès qu'il est armé chiffonnier, dès qu'il s'est familiarisé à l'ignominie de ce sale métier, après l'avoir adopté par nécessité, il le continue par inclination. Il se complaît dans sa vie nomade, dans ses promenades sans fin, dans son indépendance de lazzarone. Il regarde avec un profond mépris les esclaves qui s'enferment du matin au soir dans un atelier, derrière un établi. Que d'autres, mécaniques vivantes, règlent l'emploi de leur temps sur la marche des horloges, lui, le chiffonnier philosophe, travaille quand il veut, se repose quand il veut, sans souvenirs de la veille, sans soucis du lendemain. Si la brise le glace, il se réchauffe avec des verres de camphre; si la chaleur l'incommode, il ôte ses guenilles, s'allonge à l'ombre, et s'endort. A-t-il faim, il se hâte de gagner quelques sous, et fait un repas de Lucullus avec du pain et du fromage d'Italie. Est-il malade, que lui importe? ci L'hôpital, dit-il, n'a pas été inventé pour les chiens. »
Diogène jeta sa coupe ; le chiffonnier n'a pas moins de dédain pour les biens de ce monde. C'est un chiffonnier ivre et. titubant, qui, décoiffé par son propre roulis, adressa â son chapeau bosselé qui gisait sur le sol cette apostrophe pleine de logique : « Si je te ramasse, je tombe; si je tombe, tu ne me ramasseras pas, je te laisse. »
Soumis à toutes les privations, le chiffonnier est fier parce qu'il se croit libre. Il traite avec hauteur le marchand de chiffons même, auquel il porte la récolte du jour, et dont il reçoit
de temps en temps de légères avances sur celles du lendemain. « Si tu ne veux pas m'acheter, j' m'en fiche pas mal, j'irai ailleurs, » s'écrie-t-il ; et il fait mine de s'éloigner. On aperçoit son orgueil à travers les trous multipliés de sa veste.
« Mais, demandent avec étonnement les gens du monde, comment le chiffonnier peut-il subsister ? qui peut vouloir de son ignoble marchandise? » Rien de ce qu'il ramasse au coin des bornes n'est perdu pour l'industrie; les vils débris qu'il retire de la boue sont comme de hideuses chrysalides auxquelles la science humaine donnera des formes élégantes et des ailes diaphanes.
Ainsi, les fabricants de carton et de papier achètent pour leur usage :
Pris de 100 kilog.
Les carons, vieux papiers sales 8 francs.
Le gros de Paris, toiles d'emballages, restes de sacs 8 —
Le gros de campagne, chiffons de couleur, cotonnades 18 —
Le gros bul, toiles en fil grossières et sales 20 ■ —
Le. bul, même qualité, mais plus propre 20 —
Le blanc sale, chiffons, ordinairement de cotonnades 34 —
Le blanc fin, chiffons propres et de toile de fil.. 4i —
Les chiffons d'une dimension raisonnable passent entre les mains des revendeuses â la toilette du marché du Temple. Les fabricants de produits chimiques tirent du sel ammoniac des lambeaux de laine ou de draps. On fait de nouvelles vitres avec les morceaux de verre cassés, et de nouvelles ferrures avec les anciennes.
Le treizième arrondissement n'a aucune église digne d'être mentionnée, et ne possède qu'un seul hôpital, situé dans la rue de Lourcine. Il tient la place d'un couvent de religieuses qui suivaient la règle de sainte Claire, et que la reine Marguerite de Provence fit venir de Troyes, en 1284. Elle leur donna un château d'une assez grande étendue que Louis IX avait au faubourg Saint-Marcel et où'il aimait â se retirer. Après la mort de son époux, qui avait donné son manteau royal aux religieuses cordelières, en témoignage de sympathie, Marguerite finit ses jours dans leur communauté.
Blanche, troisième fille de saint Louis, veuve de Ferdinand de La Cerda, quitta la Castille pour venir prendre l'habit au couvent des cordelières, où l'on a longtemps conservé son lit comme une relique.
Devenu propriété nationale, ce vieux monastère fut vendu le 24 vendémiaire an V (15 octobre 1700), à la condition, par l'acquéreur, de livrer gratuitement le terrain nécessaire au percement de Tleux rues, qui sont les rues Julienne et Pascal ; en 1825, on y ajouta la rue des Cordelières. Les vastes dépendances du couvent ont encore servi à l'établissement de plusieurs fabriques et. de l'hôpital de Lourcine.
L'hôpital du Midi, dont nous aurons plus tard à nous occuper, enfermait à la fois des hommes et des femmes atteints de la maladie syphilitique. M. de Belleyme, préfet de police, créa, â l'usage exclusif des femmes, cet hôpital, qui fut inauguré le 28 janvier 1830, et qui reçoit annuellement de quinze à dixhuit cents malades. En suivant la rue de Lourcine, on trouve, à droite, une caserne où logeaient, avant la révolution, une compagnie de grenadiers et deux compagnies de fusiliers des gardes françaises.
Dans la rue Pascal, sur la lisière du cinquième arrondissement, est le théâtre Saint-Marcel, construit dans un style oriental par les architectes Lussy et Maurice Allard ; le privilège en fut. accordé, le 1er avril 1837, par le ministre de l'intérieur, à MM. Perrin et Charlet, artistes dramatiques; la salle fut ouverte le 23 décembre 1838. Les directeurs qui ont successivement exploité le privilège n'ont pas été plus heureux les uns que les autres; la population du quartier est pauvre, fatiguée par de rudes travaux, et goûte médiocrement les distractions scéniques. Il y a toutefois dans la rue du Banquier, une petite salle particulière où quelques jeunes gens s'exercent de temps en temps â la déclamation, et abordent, comme au théâtre de la Tour-d'Auvergne, la tragédie, le drame et le vaudeville.