REQUIESCAT IX PACE
M. Durand de Laur fut avant tout un homme charitable et l'un des bienfaiteurs de la Salpêtrière; jamais son souvenir ne s'effacera du cœur de tous ceux qui l'ont connu : aussi avonsnous voulu retracer la modeste inscription qui s'offre aux regards du visiteur qui pénètre dans l'édifice.
Au-dessous du dôme s'élèvent huit arcades qui communiquent à quatre nefs et à quatre chapelles. La distribution est telle que, du point central, l'on aperçoit l'ensemble de huit côtés différents.
Dans la chapelle placée à gauche du maître-autel se trouvent les statues en plâtre de saint Paul, saint Jacques-Mineur, sainl Jude, saint André et saint Pierre. A droite sont placées celles de saint Jean, saint Jacques, saint Barthélémy, saint Thomas , saint Philippe et saint Matthieu.
Derrière le maître-autel on aperçoit une statue du Christ, plus grande que nature , tenant de la main gauche le saint ciboire, et de la droite l'hostie consacrée.
Esquissons l'historique de la Salpêtrière.
Heurtaut et Magny racontent : « Qu'en dehors de la barrière du Marché-aux-Chevaux et de celle Saint-Bernard, le bâtiment qu'on aperçoit au loin dans la campagne est le Petit-Arsenal qui, quelque temps après, prit le nom de Salpêtrière, à cause du salpêtre qu'on y faisait. »
La Salpêtrière date du commencement du xvn" siècle. Depuis longtemps le voisinage dangereux de l'Arsenal avait excité les alarmes de la ville de Paris, et donné lieu à de justes remontrances restées presque toujours infructueuses. Cependant, l'explosion de la tour de Billi, le 19 juillet 1538, força le gouvernement de cette époque a prévenir désormais le retour d'une semblable catastrophe : soit incurie, soit pénurie d'argent, les choses étaient restées dans le même état qu'auparavant, lorsque, le 20 du mois de janvier 1563, une nouvelle explosion eut lieu. Cet événement et l'état de délabrement dans lequel était l'Arsenal déterminèrent enfin Louis XIII à créer un petit Arsenal, dit la Salpêtrière, sur la rive gauche de la Seine.
En 1650, Louis XIV réunit à l'Hôpital général la maison de la Salpêtrière. Furent également réunies celles de la Pitié, de Bicètre, de la Savonnerie, de Scipion, au faubourg Saint-Marceau. A ce propos, disons en passant que cette dénomination vient du nom de Scipion Sardini qui possédait une maison dans la rue où se trouvait celle que l'on appelait : de Scipion.
Le 27 avril de la même année 1656, Louis XIV rendit un
édit qui ordonnait rétablissement d'un hôpital général , et indiqua les règles qui devaient y être observées.
En 1649, le nombre des pauvres et des mendiants qui erraient dans Paris s'était accru d'une manière notable : en 1619 il s'élevait à quarante mille. On crut devoir remédier promptement aux désordres inévitables qu'entraînait avec elle cette masse de nécessiteux. Un éminent magistrat, qui de tout temps s'était fait remarquer par ses lumières et ses vertus, Pomponne de Bellièvre, premier président du parlement de Paris, réfléchit aux moyens que l'on pourrait employer pour contenir cette tourbe sans cesse grossissante et qui devenait, inquiétante pour la sûreté de la capitale. Il s'adressa au roi pour mettre à exécution ce louable projet. Louis XIV appuya de son autorité et aida par ses bienfaits l'accomplissement de l'entreprise conçue par le premier président. L'édit que nous venons de mentionner porta création de l'Hôpital général, où l'on renferma les pauvres mendiants de la ville et des faubourgs de Paris. Le 1er septembre 1650, le parlement vérifia l'édit royal. Non-seulement le roi donna à l'Hôpital général les deux châteaux de Bicètre et de la Salpêtrière, qui étaient les deux principales maisons qui le composaient à cette époque, plusieurs fonds en terre et en maisons, mais encore il le gratifia de privilèges, et l'assista chaque année par des libéralités considérables.
Louis XIV peut donc être regardé, à juste titre, comme le véritable fondateur de l'hôpital général de la Salpêtrière.
En vue de la même création, le cardinal Mazarin donna 100,000 livres, et, par son testament, une somme de 60,000 liv. Le premier président de Bellièvre fit don, par contrat sur la ville, à l'hôpital général, de 20,000 écus et laissa également par testament utie somme considérable. La duchesse d'Aiguillon contribua, par ses libéralités, à l'établissement et a la prospérité de cette pieuse institution. Des legs importants furent aussi faits par un grand nombre de personnes dont les noms ne nous ont pas été transmis.
L'un des plus beaux titres de Louis XIV à la reconnaissance de tous ceux qui souffrent fut donc la fondation de ce vaste et utile établissement de bienfaisance. Voici dans quels ternies fut conçu l'édit du 17 avril 1656 :
« Louis, etc.. Les roys nos prédécesseurs ont fait, depuis le siècle dernier, plusieurs ordonnances de police sur le fait des pauvres en notre bonne ville de Paris, et travaillé par leur zèle, autant que par leur autorité, pour empescher la mendicité et l'oisiveté, comme les sources de tous leurs désordres, et bien que nos compagnies souveraines ayent appuyé par leurs soins l'exécution de ces ordonnances, elles se sont trouvées néanmoins, par la suite des temps, infructueuses et sans effet, soit par le manquement des fonds nécessaires à la subsistance d'un si grand dessein, soit par le deffaut d'une direction bien établie et convenable à la qualité de l'œuvre, de sorte que, dans les derniers temps et sous le règne du deffunt roy, le mal s'étant accru par la licence publique et par le dérèglement des mœurs, l'on reconnut que le principal deffaut de l'exécution de cette police provenait de ce que les mendiants avoient la liberté de vaguer partout, et que les soulagements qui étoient procurez n'empeschoient pas la mendicité secrette et ne faisoient point cesser leur oisiveté; sur ce fondement fut projette et exécutté le louable dessein de les renfermer dans la Maison de la Pitié et lieux qui en dépendent, et lettres -patentes accordées pour cet effet en 1612, registrées, suivant lesquelles les pauvres furent renfermez, et la direction commise à de bons et notables bourgeois qui, successivement, les uns après les autres, ont apporté toute leur industrie et bonne conduite pour faire réussir ce dessein, et toutesfois, quelques efforts qu'ils ayent pu faire, il n'a eu son effet que pendant cinq ou six années, et encore très-imparfaitement , tant pour le deffaut d'employ des pauvres dans les œuvres publiques et manufactures, que parce que les directeurs n'étoient point appuyez des pouvoirs et de l'autorité nécessaire à la grandeur de l'entreprise, ou que par la suite des désordres et malheurs des guerres, le nombre des pauvres soit augmenté au delà de la créance commune et ordinaire, et que le mal se soit rendu plus grand que le remède, de sorte que le libertinage des mendiants est venu jusqu'à l'excès par un malheureux abandon à toutes sortes de crimes qui attirent la malédiction de Dieu sur les États quand ils sont impunis; l'expérience ayant fait connoitre aux personnes qui se sont occupées dans ces charitables emplois, que plusieurs entre eux, de l'un et de l'autre sexe, habitent ensemble sans
Les folles de la Salpêtrière.
mariage, beaucoup de leurs enfants sont sans baptême, et ils vivent presque tous dans l'ignorance de la religion, le mépris des sacrements et dans l'habitude continuelle de toutes sortes de vices ; c'est pourquoi , comme nous sommes redevables à la miséricorde divine de tant de grâces, et d'une visible protection qu'elle a l'ait paraître sur notre conduite à l'avènement et dans l'heureux cours de notre règne par le succès de nos armes et le bonheur de nos victoires, nous croyons être plus obligez de lui en témoigner nos reconnaissances par une royalle et chrétienne application aux choses qui regardent son honneur et son service; considérant ces pauvres mendiants comme membres vivants de Jésus-Christ , et non pas comme membres inutiles do l'État, et agissant en la conduitte d'un si grand œuvre, non par ordre de police, mais par le seul motif de la charité. A ces causes, après avoir fait examiner toutes les anciennes ordonnances et règlements sur le fait des pauvres, par grands et notables personnages et autres intelligents et expérimentez en ces matières, ensemble les expédients plus convenables dans la misère des temps pour travailler à ce dessein, et de faire réussir avec succès à la gloire de Dieu et au bien public, de notre certaine science , pleine puissance et autorité royalle, voulons et ordonnons que les pauvres mendiants valides de l'un et de l'autre sexe soient enfermez pour être employez aux ouvrages, travaux ou manufactures selon leur pouvoir, et ainsi qu'il est plus amplement contenu au règlement signé de notre main, que nous voulons être exécutté selon sa forme et teneur ; pour réussir avec succès à l'établissement d'un si grand dessein, avons nommé d'autres et plus grand nombre de personnages les plus notables et expérimentez et pour enfermer les pauvres qui seront de la qualité d'Être renfermés suivant le règlement, nous avons donné et donnons par ces présentes la maison et hôpital tant de la Grande et Petite Pitié, que du Refuge, scis au faubourg Saint-Victor, la
maison et hôpital de Scipion et la maison de la Savonnerie, avec tous les lieux, places, jardins, maisons et bâtiments qui en dépendent , ensemble maisons et emplacements de Discestre, circonstances et dépendances que nous avons ci» dessuz donnez pour la retraite des enfants trouvez, en attendant que les pauvres fussent renfermez, à quoy les lieux et bastiments de Biscestre ont esté par nous affectez, révoquant en tant que de besoin seroit, tous autres brevets qui auraient esté donnez. »
« La Salpêtriore, » écrivait en 1780 le professeur de pathologie Tenon, dans un des Mémoires qu'il a publiés sur les hôpitaux de Paris, « est le plus grand hôpital de Paris et peut-être de l'Europe : cet hôpital est en même temps une maison de femmes et une maison de force; on y reçoit des femmes et des filles enceintes, des nourrices avec leurs nourrissons; des enfants mâles depuis l'âge de sept â huit mois jusqu'à quatre et cinq ans; de jeunes filles à toute sorte d'âges; de vieilles femmes et de vieux hommes mariés; des folles furieuses, des imbéciles, des épiloptiques, des paralytiques, des aveugles, des estropiées, des teigneuses, des incurables de toute espèce, des enfants avec des humeurs froides, etc..
u Au centre de cet hôpital est une maison de force pour femmes, comprenant quatre prisons différentes : le commun, destiné aux filles les plus dissolues; la correction, à celles qu'on juge ne s'être pas autant oubliées; la prison réservée aux personnes retenues par ordre du roi, et la grande force aux femmes flétries par la justice.
« J'ai vu à la Ralpêtrière j squ'â huit mille personnes ; tout ce monde est distribué par dortoirs dans des bâtiments à trois étages sans compter le rez-de-chaussée.
« Les anciennes infirmeries sont au nombre de dix : celles de MM. les ecclésiastiques,, des oiheières, des maîtres, des gouvernantes, des filles de service, des ménages, de Sainte-Claire pour
Les patineurs de la Glacière.
les bonnes ouvrières de cet emploi; dans la Maison de force, celle du commun, celle de la correction et celle de la prison : il faut ajouter à ces dix infirmeries les six infirmeries du nouvel hôpital.
« On trouve à la Salpètrière trois équipages de pompes mus par des chevaux, chacun avec plusieurs corps de pompe. L'eau à boire se tire de la rivière : des porteurs d'eau en fournissent la maison.
« De vastes potagers servent à l'approvisionnement en légumes. »
Dans le passage suivant , M. Tenon indique quel était le procédé alors en usage à la Salpètrière pour faire la bouillie des enfants :
« Une vacherie considérable, ajoute-t-il, donne le lait pour la bouillie, des enfants, qui se fait avec une certaine industrie dans un lieu et sur un fourneau à part; une femme est uniquement occupée de ce soin. La vacherie fournissait autrefois 72 pintes de lait à la cuisine ou 144 pintes mesure de vin : ce qui répond à 288 livres pesant, de 16 onces la livre. Avec cette quantité de lait, qu'on partageait par la moitié, on cuisait la bouillie le matin et le soir, pour la distribuer chaude et. nouvellement préparée; on prend, pour la faire, 30 pintes ou 1 44 livres de lait , un boisseau de fleur de farine et trois poignées de sel; on fait fondre le sel, on délaye peu à peu la farine dans la quantité de lait susdite : le tout est mis dans une chaudière; on pousse le feu, on remue la bouillie pendant trois quarts d'heure, une heure ou cinq quarts d'heure : la plus tôt faite est la meilleure. La portion est par enfant d'une cuillerée le matin, contenant un demi-septier mesure de vin, autant le soir, une soupe à diner et trois quarterons de pain bis par jour.
« J'observerai , ajoute en terminant l'auteur, qu'au-dessus de la Salpètrière est une espèce de lac creusé pour y former une
gare; cette gare abandonnée est remplie dans les crues d'eaux, altérée pendant les sécheresses; ses eaux croupies méritent attention. Il serait, si je ne me trompe, de la plus grande importance pour la maison de la Salpètrière, et même pour la Ville de Paris, qu'on s'occupât de remplir cette excavation, aujourd'hui surtout qti'on vient d'élever un hôpital de malades précisément dans le voisinage de cet amas d'eaux. »
A ce nombre, il faut ajouter celui des malades des diverses infirmeries, ce qui formait une. population de plus de 0,1100 personnes, réduites à environ 5,400 par suite des déplacements successifs, des morts et des différentes mesures prises par la commission executive des hospices.
A la Salpètrière, comme à Bicêtre, le quartier des aliénés est indépendant du reste de la maison. Ce fut à la fin du siècle dernier, en 1786, que Tenon proposa de faire sortir les aliénés de l'Hôtel-Dieu, où ils étaient alors entassés, pour les placer dans un hôpital ad hoc qui se composerait d'un pavillon destiné à contenir 200 aliénés; on devait y installer 80 lits pour les hommes et 120 pour les femmes. C'est à cette époque que l'on construisit la portion de l'hospice de la Salpètrière consacrée aux femmes aliénées. Par la même ordonnance, |Louis XVI décida que l'on détruirait les cachots souterrains, abolit la torture et fit construire les loges que l'on voit à la Salpètrière. Ce fut M. Viel, architecte des hôpitaux civils de la ville de Paris, qui fut chargé de la direction des travaux.
En 1797, en vertu d'un arrêté du Directoire, il fut défendu d'admettre à l'avenir des aliénés à l'Hôtel-Dieu de Paris. Le conseil général des hôpitaux dut alors s'occuper de l'amélioration des quartiers de la Salpètrière, où, les femmes furent transférées. Le docteur Pinel, devenu médecin en chef de l'établissement, organisa à cette époque le mode de traitement des folles. Les épileptiques furent séparées des femmes aliénées et placées dans un bâtiment indépendant. Le terrain du quartier
des loges fut augmenté de quatre arpents plantés et destinés à servir de promenoir.
On établit une salle de bains et de douches, une infirmerie pour les maladies accidentelles, des dortoirs pour les incurables tranquilles et propres, les convalescentes et un ouvroir.
En 1802, l'hospice de la Salpêtrière était divisé en plusieurs départements connus sous le nom d'emplois. Ils étaient au nombre de vingt-sept. Tous ces emplois n'étaient pas également occupés par des femmes infirmes ou plus que sexagénaires; un certain nombre d'entre eux étaient affectés à déjeunes filles àgéês au moins de six ans et de vingt ot un ans au plus. A une époque postérieure, ces jeunes filles furent placées a l'hospice de la Maternité ou dans des manufactures.
Antérieurement, vers 1788, la population totale de l'hospice était ainsi composée :
Paralytiques 280
Femmes très-av ancées en âge 748
Aveugles 137
Femmes valides 11,398
Femmes occupées dans rétablissement... 437
Reposantes 80
Total 5,009
En 1800, comme les aliénées pauvres n'étaient plus reçues à Charenton, on continua de les traitera la Salpêtrière. En 1817, l'appareil des douches fut complètement réorganisé et perfectionné.
Une commisson nommée, en 1821, par le ministre de l'intérieur conclut à ce que de notables améliorations fussent apportées dans l'établissement. Le terrain de la division des aliénés fut augmenté de plusieurs arpents; les anciens bâtiments disparurent presque tous pour faire place à des constructions plus vastes et mieux distribuées. Des galeries, des promenoirs couverts, plusieurs cours, remplacèrent les cachots humides, privés d'air et de lumière.
Quelques années plus tard. M. le docteur Esquirol essaya de traiter les folles par la musique. « Quelquefois, dit-il, la musique a irrité jusqu'à provoquer la fureur, souvent elle a paru distraire, mais je ne peux dire qu'elle ait contribué à guérir; elle a été avantageuse aux convalescents. »
Voici dans quels termes il parle de la tentative qu'il fit à cette occasion :
« L'hospice de la Salpêtrière, ajouto-t-il, m'offrait un champ immense pour des essais thérapeutiques ; je n'ai pas à me reprocher de l'avoir négligé. Plus de 1,200 femmes aliénées sont réunies dans cet hospice; plus de 200 sont soumises tous les jours k une observation particulière et subissent un traitement plus ou moins actif. J'avais fait tant d'applications partielles de la musique, que je voulus en essayer sur des masses. Mes expérimentations furent faites pendant l'été do 1824 et celui de 1825. Plusieurs musiciens très-distingués de la capitale, M. Henry, professeur au Conservatoire, M. Brod, etc., secondés par les élèves du Conservatoire de musique, se réunirent plusieurs dimanches do suite dans notre hospice. La harpe, le piano, le violon , quelques instruments à vent et des voix excellentes, concouraient a rendre nos concerts aussi agréables qu'intéressants.
« Quatre-vingts femmes aliénées, choisies par moi parmi les convalescentes, les maniaques, les monomaniaques tranquilles et quelques lypémaniaqucs, étaient assises commodément dans le dortoir dit des convalescentes, en face des musiciens réunis dans une pièce qui précède ce dortoir et qui sert d'atelier. L'élève en médecine de la division, M. le docteur Chambeyron, m'assistait dans mes essais; nul étranger n'y était admis; l'amour de la science et de l'humanité nous animait tous d'une même ardeur, surtout les artistes qui voulurent bien se prêter à ces expériences. Des airs sur tous les tons, sur tous les modes, sur toutes les mesures furent joués et chantés, en variant et le nombre et la nature des instruments; plusieurs grands morceaux de musique furent aussi exécutés. Mes aliénées étaient très-attentives, leurs physionomies s'animaient, les yeux de plusieurs devenaient brillants, mais toutes restaient tranquilles; quelques larmes coulèrent, deux d'entre elles demandèrent à chanter un air et à être accompagnées ; on se prêta à ce désir.
« Ce spectacle nouveau pour nos malheureuses malades ne fut point sans influence, mais nous n'obtînmes point de guérison, pas même d'amélioration dans leur état mental. Après
ces concerts, qui avaient duré deux heures, les musiciens se rendaient dans l'intérieur de la division ; ils exécutaient avec les instruments à vent des airs connus, populaires, guerriers ou„tendres; un grand nombre de nos femmes s'excitaient, s'exaltaient au son des instruments, plusieurs même, parmi les furieuses, formaient des rondes pour danser. Cette excitation était passagère et cessait presque aussitôt que la musique ne se faisait plus entendre. Qn en causait un peu dans la soirée; a la visite médicale du lendemain, il n'en était plus question. On me dira peut-être que la musique, n'étant point à l'usage des femmes de la Salpêtrière, devait produire peu d'effet sur elles; mais j'avais essayé et j'ai essayé constamment de la musique sur des aliénés qui l'avaient cultivée avec succès pendant toute leur vie, et même sur des musiciens très-habiles. Je n'ai point été plus heureux; je ne conclurai pas de ces insuccès qu'il soit inutile de faire de la musique aux aliénés ou de les exciter a en faire eux-mêmes ; si la musique ne guérit pas, elle distrait, et, par conséquent, elle soulage; elle apporte quelque allégement îi la douleur physique et morale; elle est évidemment utile aux convalescents, il ne faut donc pas en repousser l'usage. »
A la Salpêtrière, le quartier des aliénées, qui comprend environ 14 à 1,500 malades, a été l'objet de nombreuses améliorations, mais ne peut avoir qu'une existence temporaire, parce qu'il est contraire aux règlements et aux besoins des aliénées. Dans toutes les grandes villes de l'Europe, il y a maintenant des établissements spéciaux connus sous le nom d'asiles, et qui sont construits spécialement pour cette classe de malades. En France, il existe de magnifiques asiles : tels sont ceux d'Auxerre, de Quatremares, de Toulouse, de Marévillc, de Steyhandfeld, de Quimper, de Blois. A Paris, et parmi les établissements particuliers, nous pourrons citer avec éloge celui que dirige au faubourg Saint-Antoine un aliéniste distingué, M. Brierre de Boismont, etc. Mais, dans la capitale, l'administration n'a pas d'asiles spéciaux pour les aliénés. On est obligé de les réunir dans d'anciens hospices qu'on a appropriés à cette destination, mais qui ne remplissent pas- les conditions exigées par la loi du 30 juin 1838. Un des résultats de cette anomalie, c'est l'obligation dans laquelle on se trouve de placer chaque année plus d'un sixième des malades dans des asiles situés en province et souvent fort éloignés. Ce fait est de nature à exciter à un haut degré la sollicitude éclairée de l'administration.
La partie de l'hospice actuellement consacrée aux aliénées a reçu le nom de cinquième division. Elle se compose de trois sections affectées aux femmes idiotes et épileptiques. Les savants médecins qui dirigent ce service, ainsi que l'administrateur, y ont introduit toutes les améliorations indiquées par l'état actuel de la science.
A cet égard, nous devons signaler un aliéniste distingué, M. Baillarger, dont le zèle no s'est jamais ralenti dans le cours de sa carrière.
Indépendamment du traitement médical , les malades sont occupées à do nombreux travaux. Les ouvrages à l'aiguille y tiennent une large place. En 1853, sur les 1,321 aliénées formant la population de la Salpêtrière, 914 se sont livrées au travail. Le nombre des objets confectionnés par ces malades a été de 409,447, et les sommes payées comme rémunération se sont élevées à 34,892 francs, ce qui donne pour chacune d'elles un salaire moyen de 38 te. 22 cent, qu'elles ont employé selon leur goût ou leurs désirs.
La vigilance des médecins pour le bien-être de leurs malades ne s'est pas bornée à l'état de santé; elle s'est étendue à leurs besoins intellectuels : des écoles de lecture, de langues, de calcul, de dessin, de récitation et de musique ont été instituées, et les heures de la journée sont remplies par des occupations utiles et agréables. Les résultats de tous ces efforts ont été couronnés des plus beaux succès. Les malades ont appris à se commander, à obéir aux règlements, et l'étranger visiteur traverse les ateliers et les salles d'étude sans se douter qu'il est au milieu de folles. Ce traitement intelligent a élevé le chiffre des guérisons à un tiers des malades traitées.
Il est une classe de ces malades désignée sous le nom d'idiotes, qui croupissaient autrefois dans la fange et la paresse. Le dévouement des médecins de la Salpêtrière n'a pas reculé devant certaines améliorations que l'on avait crues impraticables. A force de patience, on est parvenu à les tirer de leur engourdissement, à les rendre propres, a les faire parler, et à leur apprendre même certaines professions. Rien de plus
LES GOBELINS
curieux que de voir ces êtres arriérés lire, écrire, répéter leurs leçons et donner des solutions à des questions qui pourraient embarrasser des individus sains d'esprit.
« Depuis quelques années, » écrivait M. le docteur Brierre de Boismont, « une institution qui existe en Belgique et qui est connue sous le nom de la Colonie de Ghéel, a donné lieu à d'assez vives discussions. Sept à. huit cents aliénés, venant de toutes les parties de la Belgique, sont placés chez des paysans, qui les traitent comme leurs enfants. Les uns travaillent, les autres se promènent ; les désordres sont rares ; il y a plusieurs maisons où l'on voit un anneau scellé dans le mur pour attacher ceux qui deviennent turbulents. L'idée de ce traitement en plein air a trouvé des partisans, et ils ont proposé de l'appliquer dans d'autres endroits. Les malades chroniques peuvent se prêter à ce genre de vie, mais il est beaucoup moins propre aux malades dont l'affection est récente. Il serait difficile à réaliser pour les femmes qui ont, dans cet état, des tendances qu'il est très-difficile de maîtriser. Il faut d'ailleurs faire la remarque que la partie de la Belgique où cette colonie se trouve est à une grande distance des lieux habités. Indépendamment de la difficulté de trouver une localité assez distante des habitations humaines pour avoir la tranquillité et le recueillement nécessaires aux réunions d'aliénés, ce qui limite déjà considérablement le système, il y aurait des mesures à prendre pour empêcher l'évasion des aliénés dangereux. Or, comme après un certain temps, le désert se peuplerait, il faudrait redoubler de précautions pour empêcher la satisfaction des désirs qui existent chez l'immense majorité des aliénés. Je n'ai pas parlé de l'influence si puissante du médecin qui deviendrait presque nulle , de l'heureux effet de la règle, de la surveillance exercée par des employés intelligents , des avantages de la discipline et du repas en commun ; mais je ferai observer qu'il' y a déjà dans les grands établissements hien tenus un choix de moyens qui rentre de la manière la plus heureuse dans le traitement à l'air libre. Il est évident, par exemple, que les 30 hectares de la ferme de Quatremares, près Rouen, constituent hien la vie des champs; là, il n'y a pas de murs, et les aliénés travaillent en pleine liberté, sans pour cela que les évasions soient plus fréquentes, caractère qui nous parait établir une différence tranchée entre les fous et les criminels. Au train dont vont les choses, j'ai l'intime conviction que d'ici à peu d'années, les asiles n'auront d'autres clôtures que celles des habitations particulières. Ajoutons à cette grande liberté une alimentation régulière, presque toujours substantielle, une literie propre et convenable, des pièces bien chauffées, des écoles, des livres, des ateliers, et des occupations sédentaires pour ceux qui ne peuvent s'éloigner, un petit salaire comme récompense pour le travail; ces conditions réunies ne sont-elles pas un progrès considérable dans le traitement de l'aliénation mentale, et qui ne se retrouvent pas dans beaucoup d'autres institutions de bienfaisance?
« Tout en reconnaissant ces importantes améliorations, la perte de la raison est une maladie si douloureuse, elle se lie si intimement aux froissements de toute nature que cause l'état social, à ses lois défectueuses, à son peu de souci de l'hygiène, qu'il ne faut négliger aucun moyen de mettre les aliénés dans les conditions les plus favorables pour leur guérison et leur bien-être. Aussi, si je devais faire construire un asile d'aliénés, je distribuerais les quartiers, entourés de massifs d'arbres, comme les communs autour du château qui serait le bâtiment des services généraux. Cette distribution des diverses sections serait faite de manière qu'elles puissent être isolées, indépendantes, et se rapprochent le plus possible des maisons ordinaires, ce qui n'exclurait pas les précautions nécessaires pour la sûreté générale. »
Telles sont les améliorations signalées par M. le docteur Brierre de Boismont, qui a consacré sa carrière au traitement des maladies mentales.
Laissons un écrivain de talent, M. Alfred Delvau, raconter les impressions qu'il éprouva en visitant la Salpètrière {le Figaro, n" du 9 août 1859) :
Les folles sages. — « Sages, c'est-à-dire calmes.
« 11 y en avait de jeunes, de mûres et de vieilles. Toutes travaillaient, et, n'avait été le silence de plomb qui pesait dans cette salle, j'aurais cru entrer dans un ouvroir ordinaire. Les doigts allaient agiles. La pensée était absente. C'étaient autant de machines à coudre.
« A mesure que nous approchions, — ■ mon guide et moi, —
les tètes se relevaient, les doigts s'arrêtaient, les machines à coudre essayaient de penser. Une jeune fille de vingt ans à peine me regarda avec des yeux « en coulisse », et me sourit d'un petit sourire familier. Le sourire de marguerite après l'abandon de Faust et. le meurtre de son enfant ! Il y avait une barre dans sa pauvre cervelle, — une barre rouge : elle avait oublié ce qui avait suivi, pour ne se rappeler que ce qui avait précédé! Pour elle, j'étais l'amant, non le séducteur; elle revoyait son premier rendez-vous, elle ressentait le premier baiser; elle se revirginisait! Pauvre Gretchen !
« J'allais me retirer; une vieille femme, — une femme de la campagne. — se leva de sa chaise et vint s'agenouiller dévotement devant moi. J'ai la barbe rouge et les cheveux longs que la tradition prête au Christ : peut-être m'invoquait-elle pour recouvrer sa raison sombrée ! Pauvre vieille ! Qu'en aurait-elle fait, de sa raison? Sans doute elle était là depuis do longues années, et sa famille l'avait oubliée, et sa famille était morte! Hélas ! la folie est quelquefois un bienfait.
« En sortant de l'ouvroir, j'entrai dans le jardin des folles.
« L'une était accroupie sur le sable, la tète couverte d'une mante, et ne bougeait pas plus qu'une souche. Pour un peu, elle eût pris racine là. Quelle bouteille à l'encre que cette cervelle !
« L'autre, habillée d'un chapeau rose fané, à la mode de 1831, et d'une robe de mousseline rapiécée avec une étoffe de laine, pirouettait vertigineusement comme un derviche-tourneur. C'était une victime de la valse, peut-être !
» Celle-ci courait d'un bout à l'autre bout du jardin avec une monotonie et une régularité de pendule. Cette cervelle détraquée ne marquait plus les heures de la réalité, cependant.
« Celle-là riait en parlant et parlait en riant. Quel rire! Quelles paroles! Je n'ai jamais entendu rien d'aussi incohérent. Imaginez trois ou quatre cents mots arrachés à un dictionnaire et mêlés ensemble dans un chapeau, comme des numéros de loterie. Cela formait une olla podrida des plus grotesques et des plus pénibles, — quelque chose dans le goût des queues des typographes. « J'ai du chagrin... Grain d'orge... Farine... Farina... La soupe est chaude... Mettez-là sur le feu... F.n joue, feu!... Barcarole... Disette... Hanneton, vole, vole, vole!... Au voleur!... J'ai du bon chagrin dans ma tabatière... Hier et aujourd'hui... Bonjour, monsieur! »
« Cela pendant toute la journée!...
« Un instant, je restai seul. L'interne qui m'accompagnait était en train d'échanger quelques paroles avec la surveillante qui venait de nous ouvrir la porte du jardin. Quelques folles m'entourèrent. L'une me prit le bras, l'autre essaya de m'arracher un bouton. Une troisième me demanda « quelle heure il allait pleuvoir, n Une quatrième allait me demander je ne sais quoi, lorsque la surveillante accourut, leur parla avec douceur et les força de s'éloigner. Elles s'éloignèrent, mais en grondant, comme des chiens à qui on retire un os.
n II était temps ! La sueur commençait à perler sur mon front; je me sentais des frissons dans le dos; mes tempes battaient à se rompre ; quelques pavillons commençaient à voltiger dans ma tête. Quelques minutes encore et je devenais fou!... »
Écoutons d'autres impressions : c'est M. le docteur Gachet qui parle (le Figaro, n" du 18 août 1859) :
« Vous pénétrez dans la salle de réception où, qui que vous soyez, vous êtes inévitablement considéré comme une autorité médicale ou administrative par les folles. — L'une d'elle vous aborde le plus souvent poliment, toujours avec une curiosité de police; elle vous dit qu'elle n'est point folle, qu'on la prive de sa liberté, qu'elle espère, veut ou doit sortir, quelquefois même, vous disant cela, elle fait son paquet. — En passant, je ferai remarquer que le sentiment de la liberté suivit presque toujours à la perte de la raison. Pendant des années, je n'ai vu ni un seul fou, ni une seule folle, pour qui la privation de la liberté n'ait été le plus grand, je dirais presque le seul tourment. Tout le traitement doit consister d'abord à persuader aux fous qu'ils sont libres.
« La salle de réception est un endroit où s'exerce le contrôle social, médical, administratif. — L'examen dure quinze jours, trois semaines, après quoi les malades, seloiTleur état mental, passent dans telle ou telle autre partie de la division. Et là, que se passe-t-il encore? — Une malade vient d'être transférée subitement, et à la suite d'un accès d'exaltation maniaque, de la salle de réception à la cour des agitées.
« La cour des agitées est plantée d'arbres cerclés de murailles élevées que les aliénées, néanmoins, tentent fréquemment d'escalader. Là, des folles gesticulent, crient, hurlent, sautent, s'exaspèrent, blasphèment, se vautrant dans leurs ordures, — malgré la surveillance; — on met aux plus exaltées la camisole de force. — A côté de ce Pandsemonium, d'autres folles restent muettes, pétrifiées, pendant des heures entières. »
« On entend ces phrases textuelles : « Quand le coq chantera, j'aurai des millions; » ou : » Vous êtes Jésus-Christ, la sainte Vierge, saint Joseph, etc. »
« — Je suis Madame Cavaignac; — j'ai des carreaux de vitre dans le ventre; — j'ai un Calvados (le département) dans l'estomac! — J'ai la tête de fer, le bon Dieu a brûlé en moi; j'ai fait une mauvaise communion; — ■ vous marchez sur le ciel de mes petits enfants. » — Et cette autre qui, se promenant dans un espace de quelques pas, où le sol est piétiné par elle seule, répète invariablement, éternellement cette phrase : « Je me connais, moi Blanc, je me suis créée assise sur la grande épaisseur; — la grande épaisseur se sent et ne se connaît pas. — Je marche, et mes souliers n'amincissent pas; c'est mes souliers, c'est mes bas, c'est ma jupe de la môme couleur; — je me connais, moi Blanc, etc.. »
Le personnel administratif de l'établissement est ainsi composé :
Directeur : M. Partout; en dehors de ses fonctions, il s'est fait connaître dans le monde littéraire par des publications qui ont eu un succès mérité;
Économe : M. Marx.
Le service médical de la Salpêtrière est confié à sept médecins ; — quatre d'entre eux, MM. Trélat, Mitivié, Falret et Baillarger, sont chargés de la division des aliénées; M. Lélut soigne les épileptiques et les idiotes. — Le service des infirmeries pour les femmes, âgées est dirigé par MM. Casalis et Richard. — M. Cusco est chirurgien de l'hospice.
L'enseignement des maladies mentales a été fondé par Esquirol à la Salpêtrière, en 1817. Ce cours, le premier qui ait été fait, obtint un très-grand succès. C'est à l'école d'Esquirol que se sont formés un grand nombre de médecins placés depuis à la tète des asiles d'aliénés de la France et de l'étranger. L'enseignement relatif aux maladies mentales cessa en 1827, lors de la nomination d'Esquirol à l'hospice de Charenton. — Il ne fut repris qu'en 1841, par M. Baillarger, qui l'a continué depuis vingt ans sans interruption. — Chaque dimanche, devant un nombreux auditoire composé de médecins français et étrangers, de littérateurs, d'hommes du monde, le savant aliéniste traite avec une remarquable clarté d'exposition les questions relatives au traitement des maladies mentales. Chacun suit avec attention le développement des théories développées par le professeur, car, en exposant les ravages effrayants produits par la folie sur la raison humaine, M. Baillarger sait en tirer de lumineuses déductions qui intéressent à un haut degré le moraliste et le philosophe.
En 1843, M. Falret a fait un cours à l'hospice de la vieillesse (femmes), mais il l'a interrompu depuis quelques années.
Des élèves en médecine, externes et internes, sont placés auprès des médecins de la Salpêtrière et les secondent dans les soins et prescriptions qu'ils donnent aux malades.
On connaît le rôle qu'a joué Théroigne de Méricourt sous la première révolution. L'exaltation de ses idées se convertit en une véritable manie. On fut obligé de la renfermer à l'hospice de la Salpêtrière. 11 semblait que l'ardeur qui l'avait entraînée dans ses actes se fût convertie en un feu qui la brûlait à l'intérieur. Chaque jour, même pendant les saisons les plus froides, elle se versait une quantité considérable d'eau sur le corps. On l'aurait vue dans un état d'exaspération effrénée, si on l'eût empêchée de faire ses ablutions quotidiennes.
Une danseuse qui a obtenu autrefois des succès sur la scène de l'Opéra, M"" Quinot, est morte, il y a peu de temps, à la Salpêtrière.
Les étudiants qui fréquentaient, il y a quelques années, le Prado et la Closerie des lilas, ont pu y remarquer une grisetto du quartier latin qui, depuis longtemps, avait dépassé la trentaine. Qui n'a pas connu la célèbre Pavillon? Au bal, dans les rues, aux réunions intimes, partout elle se distinguait par les excentricités les plus grotesques et les plus originales. On disait d'elle : c'est wn bon garçon! En un mot, c'était le type du genre.
Un jour elle devint folle.
Il lui fallut aller abriter ses derniers jours à la Salpêtrière. Elle y a succombé en 1859, le dimanche de Pâques, à 8 heures du matin. Nous savons avec quel dévouement et quelle abnégation les internes en médecine prodiguent leurs soins aux malades. Celui qui était de garde à ses derniers moments, celui qui, lorsque tout était fini pour la pauvre insensée, a peut-être placé sa main sur ce cœur pour y surprendre encore un dernier battement, — celui qui a recouvert du drap mortuaire ce pâle visage que la mort allait rendre livide, cet interne, enfin, n'aurait-il pas été l'un des joyeux compagnons de l'insouciante grisette d'autrefois? Hélas ! C'est un triste et trop réel contraste, mais, pour la plupart des folles de la Salpêtrière, la joie, les plaisirs, les enivrements de la jeunesse, telle a été la vie, — puis un jour l'horizon s'est assombri, la misère, la folie, sont survenues, et toutes, comme celle qui fut Pavillon, tôt ou tard, voient arriver le jour du funèbre repos, l'éternité dans la mort!