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CHAPITRE V

Extension de Vaugirard. — Hospice Lenoir. — Fabriques de Vaugirard. — Taillerie de diamants. — Nouvelle église Saint-Lambert.

Vers le milieu du xvi" siècle, on établit à Vaugirard une communauté de jeunes filles et de dames veuves, sous la direction de Mrae de Villeneuve. Cette institution fut autorisée par une ordonnance royale, que le parlement enregistra le 3 septembre 1646. On adjoignit à cet établissement un hospice destiné à recevoir les pauvres. Au mois de décembre 1669, l'archevêque de Paris ordonna que l'institution tout entière serait transférée au faubourg Saint-Germain, et lui assigna pour procuratrice la dame Hélène de Voluyre de Russec du Bois de la Roche.

A cette époque, le village de Vaugirard commença à prendre une certaine importance. « Cependant, » dit M. Dulaure, « alors comme aujourd'hui (1838), Vaugirard n'était guère composé que de cabarets; et, en 1709, on n'y comptait encore que quatre-vingt-dix-huit feux; il n'y en avait que cent quinze en 1745; mais on voit que la population suivait une progression croissante qui a toujours continué depuis. »

Ce fut à Vaugirard qu'eurent lieu, vers 1642 ou 1648, les premiers exercices du séminaire qui a donné naissance à celui de la place Saint-Sulpice en 1800.

En 1728, les théatins de Paris avaient un hospice dans la partie du village de Vaugirard contigué au territoire d'Issy.

En 1700, Lenoir, lieutenant général de police, ouvrit, dans la grande rue de Vaugirard, près de l'église paroissiale un hospice pour les femmes enceintes, les nourrices et les enfants, mais seulement dans le cas où elles seraient attaquées de la maladie qu'on traite actuellement à l'hôpital du Midi. La Nouvelle description des environs de Paris, par Dulaure (Paris, ■1780, in-18), donne de très-curieux détails sur le régime de cette maison, dont les habitants appartenaient généralement à une classe peu morale :

« Le lever des femmes grosses sera fixé à cinq heures et demie en été, et à sept heures en hiver; et le coucher à neuf.

« Aussitôt après le lever, on fera la prière; on pourvoira ensuite à la propreté; on fera les lits; on balayera les dortoirs, et on renouvellera l'air en ouvrant une ou plusieurs croisées, suivant la grandeur du dortoir.

■i La prière du soir se fera à huit heures et demie, après laquelle les femmes grosses se coucheront; pendant la nuit, un réverbère sera allumé dans chaque dortoir.

VAUGIRARD

« Les femmes nourrices auront pareillement dans leurs chambres un réverbère, afin qu'elles puissent donner à leurs enfants tous les secours dont ils auront besoin.

h L'espace qui se trouve entre le déjeuner et le dîner, le goûter et le souper, sera divisé de manière qu'il y ait après chaque repas une heure de récréation ; le reste sera employé au travail par les femmes grosses qui ne seront pas malades.

« Ce travail sera analogue aux besoins de la maison. On pourra les occuper à la couture ou au tricot. On ne contraindra aucune d'elles; mais on .les engagera par une récompense pécuniaire, qui sera proportionnée à l'ouvrage qu'elles feront; et qui sera toujours le cinquième du produit de la maind'œuvre.

« Les femmes, lorsqu'il fera beau, passeront le temps de la récréation, après le diner, dans les jardins; les autres heures de récréation se passeront ou dans les dortoirs, ou dans les salles d'assemblée, ou même au jardin, suivant la saison et au gré du directeur. Elles y seront toujours accompagnées d'une surveillante, qui aura l'oeil à ce qu'elles ne courent pas les unes après les autres, et à ce qu'elles ne s'amusent à aucun jeu qui puisse exposer leur santé, et enfin, à ce qu'elles ne causent aucun dommage. Il leur est expressément défendu de se répandre dans la cour, dans la cuisine, ou dans les bâtiments extérieurs.

■( On ne laissera entrer dans l'hospice aucun étranger, qu'avec un billet signé du magistrat, ou des officiers de santé et du directeur. »

Les établissements fondés à Vaugirard y attirèrent la population, et vers la fin de l'Empire, le village était presque une ville.

Il souffrit, en 1815, des exactions de troupes prussiennes et anglaises qu'on y cantonna; mais ces malheurs passagers furent promptement oubliés. Vaugirard grandit par l'industrie. De nombreuses fabriques sont venues successivement s'y établir, et la plupart sont dans un état de prospérité. Nous indiquerons entre autres des manufactures de carton-pâte, de chandelles, de châssis et coffres a l'usage des jardiniers, de bougies, d'allumettes chimiques, de cuir verni, de toiles cirées, de briques et faîtières, d'instruments de chirurgie, de produits pharmaceutiques. La maison de La Crétaz et Fourcade, établie rue Croix-Mvert, a mérité, par ses produits chimiques, une médaille de bronze, en 1839, des médailles d'argent en 1844 et 1819, une mention honorable à l'Exposition universelle de Londres en 1851, et une médaille de première classe à l'Exposition universelle de 1855.

Il y a encore à Vaugirard des constructeurs de machines, des fabricants de meules artificielles, des serruriers-mécaniciens, des fabricants de pianos, de limes, de grillages en fil de fer, de fécules, de guêtres pour la troupe, de balances, etc.

C'est à Vaugirard que s'est fixé M. Perrot, inventeur et constructeur de la perrotine, machine à imprimer les tissus, d'une machine pour l'impression des papiers de tenture et d'une machine à lithographier, d'une arme de guerre à air comprimé, de deux machines à graver.

C'est encore sur le territoire de cette ancienne commune que MM. Besnard et Gaensly ont fondé la plus belle taillerie de diamants qui soit en France.

L'antiquité ignorait complètement l'art de tailler le diamant. Un jeune gentilhomme de Bruges, Louis de Berquem, ayant remarqué que deux diamants frottés l'un contre l'autre s'usaient mutuellement, conçut l'idée d'appliquer cette observation pour modifier leur forme, augmenter leur transparence et multiplier leurs feux. Les résultats répondirent à son espérance; le diamant brilla d'une splendeur nouvelle : le secret de sa taille était trouvé. Ce fut Charles le Téméraire qui porta le premier diamant ainsi transformé.

La taille du diamant s'établit aussitôt dans les villes industrieuses du nord de la Flandre, d'où elle ne tarda pas à se concentrer dans Amsterdam qui, jusqu'à nos jours, avait eu le monopole exclusif de cette industrie active et féconde. Quelques chiffres suffiront pour faire connaître son importance. Les cinq établissements spéciaux que possède la capitale de la Hollande tiennent en mouvement plus de huit cent cinquante meules qui taillent annuellement près de trois cent mille karats de diamants. Le mouvement de capitaux que réalise ce commerce n'est pas inférieur à cent millions de francs. Dix mille individus y prennent part.

On conçoit que de tels résultats étaient de nature à provoquer une vive concurrence. La- France et l'Angleterre tentèrent

à plusieurs reprises de s'approprier cette industrie. Mazarin en entoura l'importation de tous les encouragements que pouvait lui donner le pouvoir; de Calonne renouvela cette tentative sous le règne de Louis XVI ; mais ses efforts, d'abord heureux, finirent toujours par s'évanouir dans un complet insuccès. Quelle qu'en fût la cause, la Hollande était restée en possession de son privilège. Qu'elles nous parviennent des Indes orientales, du Brésil ou de Russie, ces pierres précieuses, auxquelles la supériorité incontestable de nos joailliers donne presque exclusivement des montures dignes par la perfection du travail, de leur rayonnement et de leur haut prix, devaient d'abord être envoyées à Amsterdam, pour être confiées plus tard au travail de nos artistes. Cette perte de temps et ces frais de déplacement n'étaient pas les seuls inconvénients de ce monopole. Le défaut de concurrence en avait produit un beaucoup plus grave.

Les fabriques hollandaises avaient profité de leur privilège pour élever leurs profits; elles avaient fini par chercher bien moins à donner de la perfection à la taille qu'à conserver aux pierres un poids plus considérable; aussi les nouveaux diamants étaient-ils tombés, relativement aux anciens, dans une infériorité qui se révélait d'une manière évidente par les prix. Les efforts tentés par MM. Gaensly et Besnard, efforts qui ont été couronnés du plus heureux succès, constituent un véritable service rendu à la France et à l'industrie. Leur belle usine, consacrée à la taille du diamant, construite dans de larges proportions, a inauguré une ère de progrès pour cette branche si importante de notre commerce.

C'est avec un vif intérêt et guidé par un sentiment de curiosité bien justifié que nous avons suivi les divers travaux auxquels se livrent les ouvriers de MM. Gaensly et Besnard. Que de zèle, de patience, d'efforts lontemps soutenus pour obtenir de ce cristal terne, grisa' re et terreux l'éblouissante pierre qui reflète avec un éclat inimitable les mille feux de la lumière! Telle est l'œuvre qui s'accomplit pour ainsi dire journellement dans cet établissement.

La première opération est le debrulage ; dans cette opération, l'ouvrier a deux espèces de manches en bois, à l'extrémité desquels se trouve une calotte de mastic ferme; dans chacune de ces têtes il enchâsse un diamant à débrutir, et tous deux sont travaillés à la fois l'un par l'autre; car, ou le sait, il n'y a d'action sur le diamant que par le diamant.

Parlons d'une opération qui parfois précède le débrutage : Lorsqu'une pierre est défectueuse, il est nécessaire d'en détacher certaines parties : on y parvient en faisant une petite entaille avec un diamant; cette entaille doit être dans le sens et dans le fil même des lames du diamant; on y place une lame de rasoir, et un coup sec détache la partie désignée. Cette opération s'appelle le clivage.

Tout diamant, si petit, si imperceptible qu'il soit, doit avoir, ainsi que les plus gros, soixante-quatre facettes parfaitement régulières. On comprend l'habileté et le soin qu'exige ce travail, quand on songe, dit M. Paulin dans une Notice intéressante qu'il a publiée sur la taillerie de diamants de MM. Gaensly et Besnard, « quand on songe, que souvent un diamant à l'état brut n'est pas plus gros qu'une tête d'épingle, et qu'alors le détail de ces merveilleuses perfections de la taille ne peut être apprécié qu'au microscope. »

Le mérite de la taille consiste dans la régularité des facettes; le premier point, c'est que la culasse soit bien au milieu de la table. Il faut que le diamant taillé ne soit ni trop mince ni trop épais; trop mince, il ne retient et ne réfléchit qu'imparfaitement la lumière ; trop épais, il la décompose mal, et dans les deux cas il jette peu d'éclat.

Ce travail de la production des facettes, qu'on appelle le polissage, s'exécute sur le plat de meules en fonte douce disposées horizontalement.

L'ouvrier enchâsse son diamant dans une calotte de plomb fondu, qui remplit une petite cuvette en cuivre, maniable au moyen d'une pince fixe, puis il l'applique sur la meule enduite de poudre de diamant imbibée d'huile qu'il renouvelle presque incessamment.

Les meules sont mises en mouvement par une machine à vapeur, et font 2,500 tours à la minute.

Deux ou trois diamants sont appliqués en même temps sur la môme meule et surveillés par le même ouvrier : le temps nécessaire pour produire une facette varie d'une demi-heure à trois heures.

ï Éfe

Le public du Champ de Mars les jours de revue.

Le premier progrès réalisé par la taillerie de MM. Gaensly et Besnard, progrès tout commercial, c'est la suppression de frais et de délais inutiles. Désormais le diamant brut, arrivé directement du Brésil à Paris, est taillé et vendu sur place.

Au moment de l'annexion, la commune de Vaugirard comptait plus de 30,000 habitants. Elle s'était fait construire une église et une mairie, qui est devenue celle du XVe arrondissement.

Vaugirard n'eut longtemps qu'une chapelle, érigée par les soins du sire de Bucy. Elle fut érigée en cure de deuxième classe le 4 juillet 1827, et élevée à la première classe le 28 octobre. 1828. Il fallait un nouvel édifice a cette paroisse dont l'importance croissait avec la population, mais la commune, dont la prospérité était de fraîche date, reculait devant la dépense.

Cependant , grâce aux efforts du curé, M. Hersen, des fonds furent votés, le 22 août 1846. Un vieux moine de l'ordre de Saint-Benoît, retiré à Vaugirard, et deux autres habitants, MM. Guillot et Fenoux, donnèrent le terrain. Un arrêté signé Ledru-Rollin, et contre-signe Jules Favre, à la date du 18 mars 1848, affecta à la construction de la nouvelle église des revenus extraordinaires et le produit des matériaux devant provenir de la démolition de l'ancienne église. L'entreprise des travaux fut adjugée à M. Houcl , dans les bureaux de la sous-préfecture de Sceaux, le 23 juin, au bruit lointain du tocsin, de la fusillade et du canon.

La nouvelle église, dont M. Naissant fut l'architecte, fut consacrée le 19 juin 1854; elle est sur une petite place, en face de la grande rue. Un perron, dont les balustrades sont découpées en ogives, et auquel on monte par plusieurs marches, règne autour de la façade. Dans le tympan du portail, M. Toussaint a sculpté le Christ, ayant à sa droite la Vierge, et à sa gauche un ange qui tient une cassette. Une flèche couronne l'édifice.

A l'intérieur, on lit sur une plaque de marbre, au-dessus de la porte principale :

Élevée

à la gloire de Dieu,

par la pîe'té des habitants de Vaugirard,

M. Hersen étant curé de la paroisse,

Cette église fut votée le xxn août mdcccxlvi

Par le Conseil municipal ,

présidé par M. Brûlé, maire; M. Ganda , adjoint.

Commencée le xxni juin mduccxlviii sous l'administration

de M. Thibouméry, maire; MM. Beaumont et Fremont , adjoints.

Ouverte au culte le xxtx mai mpcccliii.

Consacrée solennellement le six juin mdccclvi

par Monseigneur Marie Dominique Auguste Sibour,

archevêque de Paris, en présence de MM. le baron

Haussmann, préfet de la Seine, et Léon Lambert,

sous-préfet de l'arrondissement de Sceaux,

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