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CHAPITRE IV

Valboitron. — Le Val Gérard. - Proverbes sur Vaugirard. -

■L'église Saint-Lambert. - - Les abattoirs à porcs.

Vaugirard, ville supprimée, dont la mémoire sera perpétuée parce que son nom se rattache à un grand arrondissement de Paris, contribuait, dans les premiers siècles de la monarchie, à l'approvisionnement de cette capitale, en bestiaux. Nous avons eu oectusion de signaler l'étrange altération que subissent les substantifs à mesure qu'ils s'éloignent de leur point de départ : par exemple, Lourcine est une corruption de Locus cinerum; de même Valboitron, première appellation de Vaugirard, dérive de Vallis bostaroniœ, qui indique une vallée riche en pâturage et en étables. Les endroits où les bœufs étaient réunis s'appelaient en grec (3ouçâo-ïov; les Romains avaient combiné les deux mots bos (bœuf), et stare (résider, s'arrêter), et ils en firent Bostar et Bostarium. Ce mot est employé dans le poème d'Abbon, sur le siège de Paris par les Normands et dans plusieurs autres auteurs que mentionne le dictionnaire de Ducange.

L'abbé Lebeuf, auquel on doit l'histoire ecclésiastique de la banlieue de Paris, n'a pas hésité à reconnaître que Valboitron venait de Vallis bostaroniœ. « La vallée, dit-il, ayant été propre à faire paître le long de la Seine et à mettre à couvert les bestiaux durant la nuit, je ne chercherais point ailleurs d'où lui serait venu ce nom primitif. Mais ce nom ne passa pas le XIIIe siècle. Gérard de Moret, qui fut abbé de Saint-Germain depuis l'an 1258 jusqu'en 1278, s'attacha singulièrement à rebâtir ce lieu ; il y construisit une maison pour servir à retirer les religieux après leurs maladies; il y ajouta un cloître régulier avec une chapelle de Saint- Vincent, afin que les moines, quoique convalescents, y observassent la règle. Tant de notables changements méritèrent bien qu'en place de l'ancien nom de Val Boitron, ce lieu fut appelé Val Gérard, du nom du restaurateur. Telle fut l'origine de cette dénomination, et l'on ne peut pas la faire remonter plus haut. Ainsi, c'est une méprise dans M. Grancolas, d'avoir insinué en son Histoire de Paris, que le Gerardi villa, où fut d'abord porté le corps de sainte Honorine, est ce Gerardi vallis, confondant avec Vau Girard, Girard-ville , que l'on a abrégé en Graville, et qui est situé en Normandie. »

L'abbé Gérard no fut pas le seul qui prit ce lieu en affection: dans le siècle suivant, l'abbé Jean de Précy fit entourer de murs tout le clos de Vaugirard; il comprit dans cette enceinte même un moulin qui existait alors. Ces améliorations successives lui occasionnèrent moins de frais que l'on ne l'aurait supposé. En effet, les habitants d'Issy, qui avaient besoin a cette époque d'un terrain pour agrandir les dépendances de leur église l'obtinrent à la condition de se charger de l'établissement du mur de clôture. Les habitants de Vaugirard et d'Issy contribuèrent à ces dépenses, car on n'avait pas encore érigé de cure à Vaugirard, et tous faisaient partie de la mémo paroisse.

La population de Vaugirard ayant pris un accroissement considérable, les habitants obtinrent de l'abbé Jean de Précy la permission d'y bâtir une chapelle. Elle fut érigée en paroisse, en 1342, par Foulques de Chanac, évêque de Paris, a la condition de payer au curé d'Issy 10 livres de rente à titre d'indemnité, 40 sols à la fabrique et 20 livres de rente au nouveau curé. La chapelle, devenue, paroisse, était placée sous l'invocation de la Vierge; mais, en 1453, les reliques de saint Lambert, évêque de Maëstricbt, y ayant été déposées, ce fut lui qui devint le second patron de Vaugirard. A cette occasion, le concours des fidèles fut si considérable que, en 1455, une confrérie fut formée en l'honneur du pieux évêque. Le jour do sa fête avait été. fixé au 17 septembre de chaque année.

Sous le règne de François H, de violentes persécutions furent exercées contre les huguenots. Voici dans quels termes l'historien Garnier en parle : « Le peuple de Paris, dit-il, éveillé par les récompenses promises aux délateurs, alléché par le pillage des maisons abandonnées, et ameuté par quelques moines enthousiastes, mettait son étude et sa gloire à exterminer, sans miséricorde, une engeance qu'on lui peignait comme ennemie de Dieu et des hommes. Entre autres moyens qu'on mit en usage pour découvrir ceux qui dissimulaient, celui-ci parut efficace : comme on connaissait leur horreur pour le culte des images, on plaça au coin des rues et sur la porte des maisons les plus apparentes, de petites statues de la Vierge ou de quelque saint.

(( On dressait au pied une table en guise d'autel, sur laquelle on mettait des cierges allumés. Si quelqu'un passait sans s'être agenouillé, ou, du moins, sans avoir dévotement salué l'image, des gens cachés dans des boutiques voisines couraient après lui, le forçaient de remplir ce devoir, ou le traînaient chez un commissaire. Pour fournir à l'entretien du luminaire, on avait fabriqué une sorte de boite qu'on nommait tirelire; on la présentait effrontément au premier que l'on rencontrait : et quiconque refusait d'y jeter quelque pièce de monnaie était inj urié, battu et en danger d'être assommé. »

Les mécontents qui avaient été maltraités par des fanatiques se réunirent dans une maison de Vaugirard et y préparèrent la conspiration d'Amboise. De vieux proverbes se rattachent à Vaugirard. Un de ses curés ayant eu la réputation d'un buveur émérite, on disait, pour désigner une grande bouteille: «(C'est la burette du curé de Vaugirard. » Le village, ne se composant que de quelques maisons, et ayant toutefois des prétentions justifiées par la richesse de son territoire, envoyait des représentants aux puissances du jour; mais comme il était arrivé, aux avènements des rois, aux naissances des dauphins ou dans d'autres occasions solennelles, que l'unique et humble représentant de Vaugirard se trouvât en présence de députatinns compactes, ses rivaux, plus heureux, s'écriaient dédaigneusement :

« Les députés de Vaugirard, ils sont un ! »

Le grenier, qui recueillait les actes de la seigneurie, logeait dans une cahutte si petite, que, lorsqu'un passant appliquait du dehors le visage à l'unique fenêtre du greffe, l'infortuné fonctionnaire no voyait plus clair. Do là vint cette locution proverbiale : « C'est le greffier de Vaugirard, il ne peut écrire quand on le regarde. » '

Un autre proverbe disait :

« Tu viens de Vaugirard, ta gibecière sent le lard. »

En effet, Vaugirard ne se contentait pas d'engraisser des bœufs, on y tuait aussi des porcs pour la consommation de la ville de Paris. C'est probablement afin de lui rendre cette branche de commerce, qu'une ordonnance royale du 21 mai 1847 a ordonné la construction de deux abattoirs à porcs : le premier (rive droite), sur un emplacement provenant de l'ancienne voirie de Château-Landon, et de plusieurs terrains par-

ticuliers; le deuxième (rive gauche), sur l'ancienne voirie des Fourneaux et sur des terrains privés. Par suite de cette ordonnance, un traité fut passé le 18 août 1847 entre la ville de Paris et MM. Heullant et Goulet. L'art. 1 i de ce document dispose qu'à partir du jour de l'ouverture des abattoirs autorisés par l'administration municipale, les soumissionnaires percevront pendant six années, à leur profit, à titre de droit d'abat, doux centimes par kilogramme de viande, panne, graisse, gras de porc et ratis fondus ou non, entré dans chacun de ces établissements... Il est dit, art. 15 : En outre, l'administration tiendra compte aux concessionnaires de un centime et demi par kilogramme de viande, panne, gras de porc et ratis fondus ou non, venant du dehors et introduits dans Paris. Art. 17. La concession faite par la ville de Paris cessera de plein droit à l'expiration des six années calculées du jour de l'ouverture des abattoirs, et la ville entrera en pleine jouissance des abattoirs, ainsi que des droits abandonnés jusque-là aux concessionnaires; elle eutrera aussi et gratuitement en pleine jouissance et propriété des objets mobiliers. — Ces deux établissements ont été construits sous la direction de M. Picard, architecte. La dépense qu'ils ont occasionnée à la ville de Paris s'est élevée à la somme totale de 1,214,263 fr. 83 c.

Us occupent une superficie totale de 23,271 mètres, savoir :

Celui de Château-Landon 14,564 —

Celui des Fourneaux 8,704 —

Leur ouverture a eu lieu le 31 octobre 1848, en vertu d'une ordonnance de police du 27 du même mois, qui a réglé aussi la police de ces deux abattoirs. L'expiration de la concession a eu lieu le 30 octobre 1854.

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