CHAPITRE L I X
Du clergé.
Londres rompit avec Rome , se fit son pape ; et le chef-roi de l'église anglicane, en succédant chez lui aux successeurs de Saint-Pierre , prouva que la chaire pontificale iy' étoit pas vacante en cessant d'être occupée par eux. C'étoit réunir dans la même main le sceptre et l'encensoir.
Frédéric en Prusse, appela, accueillit, logea toutes les sectes ; elles y vécurent toutes en parfaite intelligence.
( i38 ) Ministres romains , luthériens , calvinistes y soupèrent ensemble , et invitèrent même le rabin s'il étoit propre et instruit. Les temples de tous les cultes furent bâtis sur le même plan , et Ton ne parla controverse qu'aux prêches et aux sermons.
La république des Etats-Unis donna le double exemple d'admettre tous les cultes, et d'exiger que tout citoyen en suivît un selon son choix. Nous n'avons imité l'Amérique qu'en partie : suit un culte qui veut. On s'est éloigné d'une religion dominante ; et pour éviter un abîme on est tombé dans un autre.
Je souhaité fort de m'être trompé à cet égard.
Quand dans l'assemblée constituante , on prononça le mot Constitution civile du clergé y tout en décrétant la liberté des cultes, le clergé sourit et ne dit mot : il sentit bien qu'il avoit gagné, Et sans les deux fautes qui furent faites ensuite 5 la première de lai demander un serment
( i^9 ) personnel et clérical ; l'autre qu'il fit en le refusant, nous aurions peut-être aujourd'hui un clergé constitué bien civilement, bien inconstitutionnellement et bien impolitiquement.
La politique des anciens eut un grand avantage, c'est qu'ils avoient tous la même religion, et que cette religion n'avoit point de secte. Le panthéon de Rome étoit ouvert à tous les dieux vaincus par elle. Les nouveaux venus y étoien t reçus avec tous les honneurs de la guerre j et les nations subjugées retrouvant à Rome les autels de leurs nations, se croyoient dans leurs temples. Mars y étoit honoré comme en Thrace, Diane comme en Tauride, le Jupiter du Capitole étoit le même que le Jupiter olympien , et Vénus sur-tout étoit aussi bien servie à Rome qu'à Gnide. Si un dieu nouveau paroissoit, on lui ofFroit de bonne grâce un autel tout neuf 5 on ne disputoit point sur sa nature.
Le sacerdoce, ou du moins le pontificat , n'étoit pas une fonction isolée. On tâchoit d'être grand-prêtre de Jupiter quand on avoit manqué le consulat ou la questure. Le rit aussi étoit favorable à la police : falloit-il ajourner une assemblée de section , les poulets sacrés ^voient mal déjeûné, et les citoyens res* toient chez eux : les augures en étoient quittes pour sourire en se rencontrant.
Le foie des victimes étoit aux ordres des généraux : les cérémonies étoient toutes militaires ou civiles ; la procession se faisoit dans le camp , et l'office aux jeux isthméens ou olympiques.
Mais la peur que nous avions du catholicisme , le souvenir des maux qu'il nous avoit faits, l'idée de son intolérance, la rage délirante de ses prêtres, les messes secrètes où l'on cabaloit contre le gouvernement républicain , tout détermina celui-ci à décider que tous les cultes seroient libres, ce qui étoit
( 1*1 ) dire en d'autres termes : Nous ne voulons pour nous d'aucun culte,