‹ Le Nouveau Paris (volume 2)Chapitre 31 sur 50 · CHAPITRE LXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXL

Qu'il soit loup !

C'étoit le terrible cri de mort des législations normande et salique : ff^argus estOy qu'il soit loup! et que partout où il sera saisi , on le tue. Eh bien ! ce cri a été renouvelé lors de la despumation du gouvernement révolutionnaire. On a dit de Condorcet, de Vergniaud?de Guadet et de plusieurs autres républicains : qu'ils soient loups ! et le Parisien a répété : ils sont loups ! et tous ont été engloutis par la terreur.

I/ami est devenu étranger à son ami ; et tous ceux, qui comme Brissot et Gorsas, n^avoient que déposé périodiquement leurs pensées sur les moyens d'introduire et d'affermir chez nous la liberté et la justice, furent compris sous

un anathéme général qui prit sa source à Paris dans un esprit royaliste, et qui vit sur-tout dans les greffes poudreux des notaires, des anciens procureurs, et de tout ce qui compose ce plumitif toujours lâche parce qu'il ne sait que pilloter, et que son esprit n'a jamais été et ne sera jamais que celui de la chicane.

On dit au peuple qu'il ne seroit libre qu'après avoir tout détruit ; et le bourgeois vit détruire la noblesse avec une certaine joie , parce qu'il comptoit bien se mettre à sa place. Les pauvres Parisiens , sans trop s'en douter , se liguèrent avec les ennemis du dehors , pour ne pas avoir reconnu les trames des royalistes. Ils prirent la* sédition pour la politique, et la mort pour la justice.

La famine et l'usure s'emparèrent de la ville ; elle manqua d'être renversée : l'assemblée constituante fit la faute horrible d'autoriser le commerce de l'ar-

gent et d'anéantir les loix qui comdamnent l'usure.

On vit s'élever club contre club , ces enfans monstrueux du trouble et de la fureur, connus chez les anciens sous les noms de sodalités et de synodes y mais si sévèrement défendus par la sagesse des loix romaines , et que Thucydide a regardés avec raison comme des foyers de sédition.

Ce système social fut ébranlé jusques dans ses fondemens ; et si Paris n'a pas vu sa ruine entière , ce fut un miracle : on ne lut pendant long-temps que des écrivains gagés pour corrompre l'esprit public , pour entraver tout , pour paralyser tous les ressorts du corps politique, pour égarer ce peuple léger et gnorant, sur qui sont toujours retombés en dernière répercussion les coups que les factions portèrent à l'état.

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