‹ Le Nouveau Paris (volume 2)Chapitre 4 sur 50 · Tome IL q · texte numérisé non relu

Tome IL q

( 58-) )) putation des saints, dit M. Manuel, )) dont j'emprunte cet article, préten- » doit que ceux qui* tiennent un Dieu )) dans leurs mains , et voient des reines » à leurs pieds, ne doivent pas descen- » dre jusqu'aux besoins du vulgaire -, je » vais dévoiler les oeuvres libertines de )) ces célestes missionnaires qui dévouent » à l'enfer les passions des âmes lion- » nête-s et sensibles. J'ai en main la )) lettre de V inspecteur 9 le verbal du » commissaire 9 la confession signée du )) délinquant, et la reconnoissance de » son supérieur , à qui on le ramenoit )) sans doute quand il n'avoit pas de quoi )) acheter sa grâce , &c. &c, ».

L'auteur que je viens de citer donne ensuite la liste nombreuse , plaisante et authentique de tous les tonsurés pris en flagrant délit par la police , dans les endroits où canoniquement ils ne dévoient pas se trouver.

Desprémesnil. Lorsque la cour tint ivn parlement prisonnier dans le sanc-

tuaire de la justice, et porta la hache sur la porte de ce tribunal dont la modération vouloit lui épargner le coup qui la renversa ( car c'est par ce coup que le trône fut véritablement frappé), ce conseiller au parlement de Paris jouoit un rôle. Il détermina peut-être le premier choc de la révolution. Il s'étoit dévoué sous le despotisme de la cour avec un courage digne d'un vrai Romain ; mais il étoit noble , député de la noblesse ; et après avoir soulevé tous les parlemens contre l'autorité royale , il en redevint l'humble valet.

Ce changement ne fut pas rare parmi tant d'hommes qui sembloient nés pour être républicains. Mirabeau revenoit sur ses pas lorsque le poison l'arrêta. On eût dit qu'il se souvenoit du comité des trente tyrans d'Athènes , qui pesa encore beaucoup plus sur la république qu'un seul Pisistrate.

On attribue le changement de Desprémesnil à un bon-mot de madame de

. '( 4o ) Polignac, qui, dans un dîner de parade, avoit dit hautement qu'on inities seaux devant M. Desprémesnil. Elle parloit des seaux à rafraîchir, et l'on débita qu'il avoit cru voir dans ce calembourg le présage de sa nomination au minis-*tère de la justice.

Il fut petit dès qu'il ne se trouva plus dans un corps de magistrature ; et la tribune, qui a tué tant d'hommes réputés pour être éloquens, ne laissa voir qu'un conseiller au lieu d'un orateur.

Il fut souffleté à la journée dite des poignards ; et à son retour de Coblentz, reconnu sur la terrasse des Feuillans , il faillit devenir la victime du peuple, Péthion vint le débarrasser 5 Péthion étoit alors dans toute sa gloire : Desprémesnil, tout en sang, dit au maire de Paris, qu'il n'aimoit pas ; Et moi aussi y Monsieur , j'ai été porté en triomphe par le peuple.

Pitt et Cobourg. Ces deux noms ont été répétés jusqu'à la satiété. Il n'e»

est pas moins vrai que Pitt a été le plus déterminé soudoyeur qu'on ait encore vu dans les annales du monde ; il aura perdu ses guinées. Renard Pitt a été dans son genre, a été dans son rôle aussi opiniâtre et aussi borné que le fut Robespierre : sa haine n'avoit qu'une direction; elle ne fut ni ingénieuse ni inventive ; elle Ta aveuglé ; et tout le mal qu'il nous a fait retombera sur son propre pays ; la forme de son gouvernement sera inévitablement changée.

Pour Saxe-Cobourg , prince et général allemand qui commandoit les troupes autrichiennes il y a quatre ans, après avoir été battu plusieurs fois par nos républicains, ce grand maître de l'art a mis promptement ses talens, sa réputation et sa gloire à couvert, en avouant qu'il n'entendoit rien à la tactique de nos écoliers militaires.

Monsieur. Les choses s'usent à force de s'en servir : les mots s'usent quand on ne s'en sert plus. Celui de monsieur

( 42 ) en est un exemple parmi nous. Le mot citoyen l'a remplacé presque généralement, mais bien difficilement.

Dans une assemblée primaire , on faisoit l'appel nominal. Le président appeloit chaque membre un peu riche, monsieur y et les autres par leur nom tout court. Il appela ainsi sans respect

un jeune vigneron ((Je vous y atten-

)) dois, s'écria celui-ci; pourquoi dis* » tinguez-vous les citoyens? pourquoi » ne m'appelez -vous pas monsieur 9 )) tout comme vous avez appelé mon » voisin ? Avez-vous oublié la politesse )) nouvelle de l'égalité? Souvenez-vous )) que chacun de nous est monsieur ^ » ou que personne ne l'est ».

Dans tous les bureaux d'admirristration quelconque , dans tous les tribunaux , le mot monsieur est proscrit.

Loiserolles. L'histoire déroulera les vues générales du décemvirat dans l'invention de ce système, et sa combinaison principale avec la guerre de la

- (45 ) Vendée, ainsi que le projet infernal de son application à toutes les parties de la république : un tel poison n'a pu être soufflé que par le cabinet de Saint- James.

Comment a-t-on pu trouver tant de geôliers, tant de bourreaux obéissans, tant d'applaudisseurs qui suivoient les charriots. funèbres, qui comptaient le nombre des-victimes en calculant avec un horrible sang-froid , si ce nombre alloit en augmentant ou en décroissant?

Le théâtre de la guillotine ne manqua jamais d'un cercle de spectateurs. Déjà l'on parloit d'établir un puisard en pierre sous l'échafaud , et d'y ménager des couloirs pour le sang humain ; déjà l'architecte avoit tracé le plan de cette b'âtisse ; et puis , que l'on calomnie les arts !

Au milieu de tant de victimes , il y a un nom qu'on ne sauroit oublier, parce qu'il rappelle tout l'essor de la tendresse paternelle,

L'infortuné Loiserolles reçoit à la Conciergerie un acte d'accusation ; c'étoit celui de son fils. Il garde le silence; il dissimule ; il obéit à la voix du guichetier ? qui lui signifie l'ordre de descendre au greffe. Il marche cachant la joie qu'il avoit de sacrifier sa vie pour la conserver à son fils. L'erreur ne fut point reconnue , parce qu'il fit tout peur la rendre complète : il trembloit que son fils, qui ignoroit ce dévouement, ne vînt réclamer sa place. Ce vieillard vénérable, lié à la planche, s'écria : J'ai réussi ; et sans doute il reçut sans regret le coup de la mort.

Mais comme si le Ciel eût attendu cette dernière et généreuse victime pour manifester tout son courroux , la justice vengeresse se déclara enfin : le même jour elle tonna sur le crime, le même jour les tyrans furent foudroyés ; et tous ces décemvirs , ivres de sang , montèrent le lendemain à l'échafaud.

Jamais il ne fut imprimé sur aucun

(45) criminel un plus terrible cachet de réprobation que celui qui marqua l'agonie de Robespierre. A moitié tué de la main de son frère ou de la sienne propre ( car la version est encore douteuse) ; le visage enveloppé de linges sanglans ; poursuivi par les imprécations et par les cris d'alégresse du peuple ; lisant sur tous les fronts le plaisir de la vengeance, et la chute de son épouvantable système 5 montant à cet échafaud que je lui avois prédit dans les jours de sa toute-puissance j outragé par le bourreau , qui déchira avec dédain l'appareil de sa blessure , s'il ne crut pas en ce moment à la justice divine, c'est que c'étoit un automate sorti des enfers pour punir les humains. Mais non je crois qu'il dut

s'étonner et même se plaindre de ne pas voir autour de lui tous ses complices.

Plusieurs respirent encore mais

attendons quelle sera leur fin.

On a dit et répété que Robespierre avoit sauvé et vouloit sauver encore les

( 46 ) soixante-treize représentât! s du peuple détenus pour leur ferme et généreuse protestation contre la journée du Si mai : il n'en est rien. Robespierre nous tenoit en otage pour maîtriser le côté droit ; et nous devions être égorgés dans la nuit qui précéda le 9 thermidor.

Nous avons vu tous les apprêts de notre mort ; les armes , les flambeaux , tout étoit prêt ; les fosses étoient creusées : on attendoit le signal. O sainte Providence que j'adore ! tu daignas m'envoyer dans cette nuit même le sommeil le plus doux et des songes célestes !

Il entroit dans tes desseins que les soixante-treize ne périssent point ; ils étoient innocens, et ils avoient voulu sauver la France de ces grands désastres. Non, je n'ai jamais craint la mort; j'avois un pressentiment secret quel'auteur de tout bien et de toute justice nous feroit triompher. Dans ces temps d'oppression et de calamité, mon oreiller me fut toujours doux. En pour-

( 47 ) riez-vous dire autant, Robert Liridet?

Et toi , farouche Amar , je me souviens de tes larmes de crocodille, quand tu vins nous visiter aux Madelonnettes, après avoir assassiné les vingt- deux.

Et comment comptois-tu sur ta puissance ? tu ne connoissois ni toi ni les hommes ! Tu fus féroce , et tu n'as point de remords ! Autant vaut que tu vives que de périr sous une main justement vengeresse ! Le mépris te fait grâce !

Louvet. Il eut un père dur et brutal , dont l'organisation commune ne pouvoit deviner le secret de l'organisation de son fils. C'est de-là probablement que s'alluma dans son aine cette haine des tyrans , qui né s'est éteinte qu'avec ses jours. Il attaqua le, trône, il dénonça Robespierre ; il demanda l'acte d'accusation contre les frères de Capet 5 il s'éleva avec une grande force d'indignation contre la noblesse , cette caste usurpatrice ? obstacle continuel à

( 48 ) tout développement de grandeur et d'énergie dans la nation ; il fut républicain jusqu'au dernier soupir : tous les genres d'outrages lui furent prodigués.

Il y a des momens dans la vie où l'homme vertueux , réagissant contre l'injustice et l'insolence, est tenté de renoncer publiquement à l'estime des hommes. Louvet, au-dessus des clameurs de la calomnie, leur répondit en combattant sans cesse , en se trouvant par- tout sur la brèche.

L'aveuglement universel de la capitale sur Robespierre, enhardit les conspirateurs j le parti du devoir et de la vertu fut abandonné ; mais notre républicanisme restera sans tache. J'ai partagé toutes ses opinions : pour récompense 9e ses vertus et de ses talens , que n'a-t-il vu comme moi le x8 fructidor !

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