CHAPITRE LXXVL
Chevaliers du poignard.
C-est le nom qu'on donne à une poignée de brigands portant la croix de Saint- Louis , qui, le 28 février 1791 , (style esclave), se rendirent au château des Tuileries pour enlever Capet9 et qui furent chassés ignominieusement par la garde nationale.
Le colonel de * * fut bourré par un garde national , autrefois son valet-dechambre : Pourquoi donner des coups à monsieur ? lui demanda son capitaine. — Donner, répondit le soldat $ je ne donne pas $ je ne fais que rendre.
Un autre de ces messieurs qui avoit été mené rudement dans la même journée , se trouvant quelques jours après à l'opéra , quelques-uns de ses amis lui
( i8o ) firent compliment de condoléance. JMLordieu ! s'écria-t-il , les coups de pied que iy ai reçus dans le cul, ne me sortiront jamais de la tête , et la garde nationale ne mourra jamais que de ma main.
CHAPIT.RE LXXVII.
Tribune.
Celle de nos assemblées nationales sera aussi célèbre dans la postérité, que les tribunes qu'occupèrent Démosthène et Cicéron k Athènes et à Rome ; et si je ne craignois pas qu'on m'accusât de vanité nationale , j'affirmerois qu'elle le sera, et qu'elle méritera de l'être beaucoup plus, par le rétablissement réel de l'homme dans ses droits , que toutes les nations vont reconnoître.
Ce bienfait envers l'humanité en obtiendra les hommages dans tous les temps et dans tous les lieux.
Avant la révolution on ne connois-
soit
soit que le crime de lèze-majesté divine ou humaine ; celui qui avec un gand de fer donna un soufflet au pape, étoit coupable de lèze-majesté divine. L'infortuné Latude, pour avoir déplu à la Pompadour, fut coupable de lèze-majesté humaine. Nous regardons maintenant comme un crime de lèze-nation tout attentat contre la gloire ou le bonheur de la république française.
Je ne parlerai pas des traits d'éloquence qui ont étincelé si souvent dans cette tribune : l'Europe a lu et lit tous les jours ce qui s'y dit ; et l'on peut la comparer à un volcan qui lance la flamme, la lave, les pierres et la fumée; mais ce volcan est dans une explosion pour ainsi dire perpétuelle, et ses flancs sont intarissables. Comme il s'est fait un changement prodigieux dans les circonstances actuelles , notre éloquence a pris un nouveau caractère.
Ce n'est pas sans doute le ton académique, ni le goût ni la pureté du style;