‹ Le Nouveau Paris (volume 2)Chapitre 47 sur 50 · CHAPITRE LXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIX

Le Cabinet britannique.

Ce que nous avions annoncé s'est réalisé 5 le cabinet britannique a cherché à se venger de la perte de ses anciennes colonies, et n'a semblé épouser la cause de Louis xvi que pour mieux le trahir. Qui ne tient pas ce fil , se perdra dans le dédale tortueux de tant de faits contradictoires ; car le cabinet mit d'abord à profit l'imbécille crédulité de d'Orléans. Indifférent à tous les rîartis , Pitt favorisa tout ce qui pou voit amener et propager la division entre les Bourbons.

Le gouvernement monarchique, trop de fois sorti de ses limites , touchoit à ■ .i ' » i ....... ■ *

(1) Il n'est ici question que du premiex emprunt forcé*

( i9i ) ' son terme, et par sa vétusté, et par le dérèglement d'une cour qui crut que Ton pouvoit mépriser l'opinion publique. Son imprudent orgueil , nourri d'un mépris altier pour le peuple, se reposoit sur les anciens préjugés , qui jusqu'alors avoient fait respecter les sottises et les violences du trône ; mais ce que l'opinion a élevé , l'opinion le détruit. Les vices du gouvernement monarchique étoient à leur comble , et il étoit devenu l'objet d'une sorte de risée , par l'immoralité indécente des princes , qui étoient des espèces de sultans, et» sur-tout par la versatilité des plans et des mesures!

La haute noblesse, qui voyoit un bouleversement prochain , crut que c'étoît le moment de ressusciter l'ancien gouvernement féodal dans toute sa splendeur, et de se partager les provinces en gouvernemens particuliers (1,).

(1) On avoit pris pour modèle le plan de gouverneaien que les protestons voulurent établir

Il s'agissoit d'enfermer Louis xvi dan* un monastère , à l'exemple de quelques rois de la première race , et ses propres frères auroient été obligés d'y consentir , par la part immense qu'on leur auroit donnée. Pressé de ce danger dont il fut averti , Louis xvi admit le seul contre-poids dont il pouvoit user : il appela les états-généraux , et parut embrasser le parti populaire.

Ce malheureux prince, au lieu de suivre la direction du torrent sur lequel il auroit toujours surnagé, loin de lui creuser un lit, tua toutes les chances heureuses que le destin lui oûpt plutsieurs fois , soit pour abaisser tout-à-

en France en 1621 ; et nous avons le règlement dressé par l'assemblée de la Rochelle , le 1 o mai delà même année. Tout le royaume étoit partagé en huit cercles, en y comprenant leBéarn; le duc de Bouillon avoit le commandement général des années. Ainsi les profestans avoient iormé le projet de changer la France en une république ; les princes avoient projeté de se vitcx dos souverainetés privilégiées.

( 195 ) la- fois cette noblesse impérieuse qui Favoit menacé, soit pour contenir le parti populaire dont il s'étoit aidé contre ses ennemis. Il fut trois# fois parjure, avec le plus grand intérêt d'être loyal e t sin cère ; il médita la fuite la plus honteuse , la plus 'déshonorante, la plus dangereuse dont l'histoire fasse mention , se jetant sur une terre étrangère pour y être méprisé, avili, prisonnier, plutôt que de s'accorder avec un grand peuple ; il n'eut que les idées d'un marquis à talons rouges , et n'eut pas ensuite un seul instant de courage , et n'en retrouva pas 'même l'ombre lorsqu'il pouvoit s'échapper , ou honorer sa personne en tombant avec la dignité que réclamoit son caractère. Livré '^ des idées superstitieuses et à ces conseils plus ou moins ineptes qui en résultent, grossièrement dissimulé, et catholiquement vindicatif, il avoit promis à la religion de punir tous les outrages faits un trône.

Trois mois de franchise et de politique ouverte auroient abattu tous les complots de Pitt, et prévenu tous les désastres qui ont pesé sur la France.

.Voilà ce qui a rendu la révolution si funeste et si sanglante ; car dans l'origine elle fut calme , paisible ; et si le roi avoit su marcher avec elle , elle auroit emporté les hommages et l'admiration de l'univers.

Ce fut la résistance insensée , opiniâtre, à des changemens légitimes et impérieux ; ce furent les menaces , les imprécations et les projets hostiles du clergé et de la noblesse , qui imprimèrent à la révolution un caractère qu'elle n'avoit pas dans l'origine ; elle devint terrible , parce que les émigrés furent autant de conjurés ; ils appelèrent le bouleversement de la patrie, et rien n'auroit pu calmer ni appaiser leur orgeuil et leur vengeauce. Ainsi que le prêtre imposteur tenoit à la plus légère cérémonie; et frappoit du nom

d'irréligieux quiconque rioit du bedaud y ainsi les nobles n'auroient pas voulu lâcher une pièce de leur blason ; ils auroient incendié la France pour un cordon moins large , comme pour leur expulsion entière. Le nouvel ordre, voeu et besoin de tous les Français, les faisoit rugir d'étonnement et de fureur : ne rien accorder , et se venger inhumainement de toute demande , voilà quelle fut leur doctrine.

Cependant le cabinet britannique vouloit la chute de Louis xvi ; il lui fut donc conseillé de s'armer, de conspirer contre Tordre de choses, de l'attaquer même du fond de son château : dernière imprudence, aussi étrange qu'elle devenoit coupable après la fuite de Varennes. Il se mit ainsi entre deux écueils, et d'autant plus redoutables, qu'ils s'entr'aidoient pour F engloutir : le simple bon sens auroit dû lui dire que l'inertie étoit toute sa force , et qu'il ne de- Yoit pas sur-tout suivre les plans des

( '96 3 ennemis extérieurs , qui , pour favoriser le projet le plus barbare , vouloient exterminer les Français au nom de leur chef.

Il donna lui seul f par ses perfidies multipliées et par ses erreurs raons1trueuses, il donna naissance au gouvernement républicain, auquel on ne songeoit pas ; et c'est ainsi qu'une plante saine et vigoureuse, encore cachée dans la terre, repousse une plante pourrie qui tombe en poussière ; la plante nouvelle accroît sa force des débris de l'ancienne.

Les gouvernement s'usent 5 mais une fois décomposés, ils sont dans l'impossibilité de se régénérer sous la forme qu'ils ont perdue. C'est l'Anglais qui a voulu nous perdre, et c'est l'Anglais qui nous a sauvés ; c'est par la coalition des rois qu'il nous a préservés des rois. C'est le traité de Pilnitz qui a mis debout la nation entière ; c'est le roi de Prusse dans les plaines de la Charo-

( *97 ) pagne , qui a enfanté le spectre révolutionnaire.

Le peuple anglais, dans un temps, sut juger et condamner son monarque; il a trouvé mauvais que le nôtre fut jugé et condamné; c'est qu'jl s'attendoit à en faire parmi nous un sujet éternel de discordes , et de nous écraser L'un par l'autre. L^gouvernement monarchique étant identifié à un homme, cet homme devoit nécessairement dispa-' roître lors de la naissance du gouvernement républicain : toute autre mesure auroit impliqué contradiction , et préparé des chocs interminables. Il nous a fallu- nous reposer dans la république, forme d'abord orageuse, mais qui après la première fermentation , prend une assiette difficile à rompre.

Les Anglais ont supporté honteusement la longue dictature de Cromwel; nous , nous avons eu une pépinière de Cromwel; mais toujours politiquement et audacieusement éclairés, nous les

( 19» ) avons tons brisés l'un par l'autre : et si la nation avoit écouté l'appel et la généreuse protestation des soixante-treize députés, dont je m'honorerai toujours d'avoir été du nombre, en punissant les provocateurs du 5i mai , la France étoit dés-lors sauvée des coups de l'artificieuse Angleterre ,. et les échafauds de Robespierre n'aur oient jamais été dressés.

Oui, c'est l'Angleterre qui a assassiné les vingt-deux représentais du peuple, et qui préparoit la mort des soixantetreize, parce qu'ils étoient de vrais républicains , qu'ils connoissoient les trames de Pitt, et qu'ils étoient les ennemis déclarés de. cette puissance insolente.

Ce qui le prouve, c'est que l'infortuné Brissot, tant calomnié, et qui dédaigna constamment une popularité remarquable, animé par le plus pul:

patriotisme, ne se trompa jamais dans son aversion contre l'Angleterre ; et que loin d'être le stipendiante de Pitt, qu'il

( 199 ) attaqua face à face par sa déclaration Je guerre à la Grande-Bretagee, jamais homme ne vit mieux que lui qu'il n'y avoit qu'un instant pour frapper, et il accusa par cet acte solemnei , qui retentira dans la plus lointaine postérité pour honorer enfin son nom et sa mémoire, il accusa la lenteur, le défaut d'énergie de ces populaciers, qui en criant qu'il falloit renverser tous les trônes de l'Univers, restoient muets par ignorance, et impassibles par lâcheté.

Ce fut cet acte de patriotisme et de coulage qui déconcerta le parti anglais auquel Robespierre tenoit; car quand tous les voiles seront déchirés, on verra que les plus cruels des hommes en étoient encore les plus infâmes, et qu'ils pactisoient avec l'ennemi éternel de la France, pour se ménager ou un appui ou une retraite : tant le crime aveugle les scélérats !

Le principal moteur de' la guerre offensive, ou celui qui à la tribune l'a

fait déclarer à l'Angleterre, mérite notre reconnoissance. C'est un crime que les royalistes imputent auj ourd'hui àla convention dont il est facile de l'absoudre, et qu'on peut même aisément tourner à sa gloire : elle a sauvé ce jour là, la république d'une invasion prochaine et méditée de la part des puissances étrangères ; car le traité de Pilnitz préparoi t le déchirement et le démembrement de la France. Et c'étoit le chef des Français qui , pour regagner je ne sais quelle ombre d'autorité, tandis qu'il pouvoit jouir d'une autorité réelle, a voit accédé à ce traité honteux ! Tant les rois sont les plus acharnés ennemis de la patrie, pour peu que leur orgueil soit offensé.

QuePétoit le but de la convention, en provoquant nos hostilités ? Celui de profiter habilement de l'enthousiasme du peuple français , de ces élans passionnés, sublimes, qui signalent les premières époques de l'indépendance d'une nation. Falloit-il attendre que l'ennemi,

( soi ) inondant notre territoire, donnât le signal du combat? N'étoit-il point plus avantageux , plus digne de nous , de prévenir une rupture que tant de trahisons, de perfidies rendoient inévitable? Nos émigrés qui avoient fui dès }es premiers jours de la révolution , lorsqu'elle étoit encore intacte, pure et solemnelle , ces lâches émigrés qui sont la veritablecaused.es convulsions affreuses de l'intérieur , en prenant le parti le plus anti- politique et le plus funeste même à leur cause, jouissoient de la protection la plus étendue, en attendant qu'ils fussent sacrifiés à Quiberon par le plus insigne fourbe qui ait figuré dans l'histoire. Déjà les rassemblemens se formoient sur toutes les frontières de la république ; et si l'ennemi eût différé encore à nous attaquer, c'est qu'il au- . roit attendu que nous eussions été minés parles dissentions intestines. En effet, que l'ardeur de notre jeunesse se fût ralentie, il nous eût fait couler dans

l'inaction ces jours décisifs, où, pleins de l'ivresse de notre indépendance , frappés d'objets nouveaux, extraordinaires, embrasés en quelque sorte d'un feu électrique, nous étions capables des plus grandes choses. C'est à la guerre oiTensive que nous avons dû nos conquêtes ,. nos brillantes victoires ; c'est par elle que nous avons forcé l'Europe à trembler : trois mois plus tard , il n'étoit plus temps.

Vainqueurs de Gemmappes, deFleurus, guerriers qui avez arboré sur la cime du Mont-blanc l'oriflamme tricolore, c'est à vous que j'en appelle ; vos lauriers , vos succès déposent en faveur du décret dont nous attestons la prévoyance et la haute sagesse. Le Belge affranchi , le Batave rendu à la liberté , l'Allobroge devenu français, le chemin de l'Italie ouvert à nos intrépides soldats , voilà les fruits ûe la guerre offensive : et les mêmes hommes qui en ont fait un crime à la convention, préten-

doieiît qu'on de voit renverser tous les trônes et couvrir l'Europe de républiques. Beau projet, sans doute, s'il étoit possible de le réaliser, et si ceux qui Pavoient conçu ou plutôt qui^n parloient, n'avoient pas fait subir à leur pays le plus honteux esclavage !

Et quand la convention nationale voulut que la France se déclarât contre l'Angleterre, c'est* qu'elle sentit qu'il n'y avoit, qu'il ne pouvoit y avoir j armais aucune réconciliation entre les royalistes et les républicains j des élé— mens si opposés ne 's'unissent point.

L'Angleterre avoit arboré les trois fleurs -de -lys contre la cocarde tricc^ lore. La nation anglaise étoit devenue anti-républicaine, non certes par conviction , mais pour nous donner de nou-^ y elles preuves de sa haine jalouse : car si l'Angleterre fut l'ennemie constante de la France monarchie, elle le fut encore plus de la France républicaine, plie vit qu'elle ne pouvoit pas profiter

long -temps de la supériorité qife lui donnoient les restes de liberté incertaine dont ses citoyens jouissent encore.

L'ardente jalousie de cette nation n'est-ell^e pas empreinte dans toutes les pages de notre histoire? Ouvrons-la, nous trouverons que c'est du sein de cette île que sont sorties depuis plusieurs siècles la plupart des calamités qui nous ont affligés'. En tout temps sa politique active et ténébreuse fomenta parmi nous les divisions. Elle sut toujours sourire au parti le plus habile à déchirer le sein de la France. Sans remonter à des époques éloignées, le siècle présent ne nous offre-t il pas un enchaînement de faits inconstestables qui accusent le cabinet de Saint-James , et le condamnent au tribunal des nations ?

Si nous avions dévoré en silence les .outrages de l'Angleterre, dissimulé ses attaques souterraines ; si nous nous étions obstinés à garder des ménagemens pusillanimes ; eût-elle moins fomenté

mente la révolte de nos colonies, alimenté lios discordes , fourni des armes et des munitions aux rebelles de l'intérieur, fait couler ses trésors dans les mains des puissances coalisées, et jusques dans celles des royalistes obscurs soudoyés à Paris pour aiguiser les poignards? Elle n'a pas rougi de contrefaire notre papier-monnoie, sans songer que cet exemple étoit le signal de la ruine de sa banque.

Sans doute la convention nationale ne prétendoit pas que nous pouvions attaquer ou détruire sa marine dans toute sa supériorité ; mais il étoit en notre pouvoir alors de tenir l'équilibre, et il est notoire que c'est à l'impéritie des gagés de l'Angleterre que nous avons dû les revers que nos flottes ont essuyés.

Eh ! disions - nous alors, n'avonsnous pas des ressources aussi abondantes que celles des Anglais pour créer des vaisseaux, pour former des marins %

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