Tome IL K
N'est-il pas surprenant qu'une nation qui possède les plus beaux ports de l'Océan et de la Méditerranée, qui a des colonies, un commerce étendu , des armateurs intrépides , ainsi que la plus grande partie des matériaux de construction , ait négligé cette branche essentielle de grandeurs nationales? Le génie actif du républicanisme vouloit que nos armées navales égalassent nos armées de terre en force et en succès. Il entroit bien dans ses vues et dans ses projets de répandre sur les mers ce même enthousiasme patriotique qui menoit au pas de charge la baïonnette républicaine.
Oui , je l'atteste , car j'en ai été le témoin , le génie avoit médité un vaste plan qui eût tendu à resserrer dans d'étroites limites cette orgueilleuse marine, qui depuis trop long-temps humilie insolemment ses voisins ; le génie avoit bien prévu que quand nous aurions écrasé la coalition entière 7 nous
n'aurions fait que peu de chose encore, si nous ne parvenions à détruire l'influence britannique. Guerre, guerre éternelle aux Anglais jusqu'à ce qu'ils soient obligés à 6e taire devant nous.
Paix avec toutes les puissances, excepté avec l'Angleterre. C'est ainsi que nous devons nous venger des longs, des ténébreux, des atroces attentats de notre ennemi naturel.
Nous l'avions prévu , et chaque jour le 'confirme, que l'Angleterre n'avoit pu voir sans un sentiment de fureur , s'élever à coté d'elle une puissante république , qui , par l'étendue de son territoire , la richesse de son sol , la valeur, l'industrie de ses habitans, devoit nécessairement l'emporter sur toutes les nations européennes. Un mauvais gouvernement paralysoit notre génie expansif, et avoit rendu nuls jusqu'ici tous les biens dont la nature nous avoit comblés. Le despotisme, comme le soleil de la zone torride , brûloit et dessé-
choit les terres les plus fécondes ; mais le Français républicain alloit réparer ces jours de servitude et d'inaction , et s'élever rapidement au zénith de la prospérité : l'Anglais^sut apprécier ce mouvement régénérateur ;. il en frémit de rage, et il employa contre nous tons les moyens affreux dont il pouvoit faire
usage.
Il est prouvé que ce fut en propageant les idées sur les noirs et les hommes de couleur, qu'il alluma la torche qui embrasa nos colonies, cette même torche qu'il avoit eu soin d'éloigner des siennes. Ce fut en outrant, en corrompant parmi nous les opinions philosophiques , qu'il rejeta habilement sur les écrivains sensibles qui donnoient des larmes au sort de l'esclave , les emportemens auxquels il se livra dès qu'il eut brisé ses fers.
On sait aujourd'hui que le royalisme, constamment protégé par l'insidieux Pitt , se ménageoit une retraite dans,
ces riches contrées , et que du choc de trois partis , résultèrent ces sanglantes calamités , parmi lesquelles toutes les ambitions furent trompées. Que dis-je; l'histoire publiera qu'on avoit formé jusqu'au projet d'embarquer Louis xvi pour Saint-Domingue (1); et de-là, nouveau Pharamond, il de voit appeler, rallier , concentrer ses nobles et ses fanatiques, et opposer une France nouvelle à l'ancienne France : tout le sang qui a coulé , n'est que le résultat de ces coupables et odieux préparatifs.
L/Ànglais savoit encore que les fausses et extravagantes idées vont toujours gagnant les parties basses du corps social, et le remplissent de passions déréglées ; qu'il n'y a pas de si dangereuse
(i) Il devoit partir de Paris dans un bateau de charbon, s'arrêter à Rouen dans la maison de Liancour, et de là cingler pour le Nouveau- Monde. Faute de munitions , on avoit pilé des bouteilles de verre pour charger les canons protecteurs de sa fuite.
tyrannie que celle du peuple j que ce sont ordinairement les plus factieux qui s'emparent de l'autorité ; qu'alors les plus vils habitans d'une cité ont le droit et le pouvoir de nuire aux plus vertueux citoyens 3 que les esprits bornés se portent toujours aux extrêmes 5 que la démocratie enfin se change si facilement en anarchie , que jamais la vertu et le courage ne se sont trouvés sur un précipice plus glissant que dans une fermentation politique de cette nature : et l'Anglais organisa le 3i mai comme devant amener la sanglante dictature. Ainsi , tous les hommes atroces qui poursuivirent tous les républicains , furent les agens ou les instrumens des puissances étrangères, mues par le cabinet britannique. Le fil de toutes les conspirations y aboutit , et sans la bravoure de nos armées et l'union invincible de nos soldats, c'enétoit fait de la France.
L'histoire enfin développera ce que
nous ne faisons qu'indiquer ici. Toules les factions furent caressées , parce qu'elles ne. pouvoient que nourrir les troubles politiques : sous tous les masques et sous toutes les livrées , l'Anglais souffla la discorde , et éternisa l'empire de l'anarchie : Louis et d'Orléans, Robespierre , Baboeuf et Puisaye , les partis les plus opposés lui conviennent, pourvu qu'ils portent ^obstacle au ralliement des Français autour du gouvernement républicain : et je le demande, si notre cri éternel ne doit pas être : Guerre à F Angleterre ! dussent tous nos bras métamorphoser toutes nos forêts en un pont qui nous portera jusqu'au pied de la tour de Londres , seul endroit où il soit de notre dignité et de notre intérêt de signer la paix ! Insensés ennemis ! plus vous voulez ployer le ressort républicain , plus il se détendra avec une force que vous ne soupçonnez pas encore.
Mais nous avons à présent une cousin é
titution : elle nous apprend à reconnoitre et à détester les ennemis de la république : de quelque . voile qu'ils s'enveloppent, nous reconnoîtrons les amis des roi^j et l'histoire , l'expérience, l'intérêt général , nous feront' assez comprendre que l'on ne combat point des êtres aussi féroces avec de la patience et de la philosophie.
Dès qu'il s'agit de la violation des loix, ou de Tordre ou des principes de l'humanité, leur génie infernal se trouve promptement d'accord ; mais noifè , nous aurons aussi le génie de la république ; et les intrépides soldats de la patrie , unis aux écrivains vertueux , imposeront bientôt silence à tous ces libellistes soudoyés , qui , ayant commencé depuis long temps, en idée, l'ouvrage des vengeances royales , voudroient finir par écraser la nation sous l'horrible pesanteur des trônes européens. Un tel aveuglement est trop monstrueux , pour qu'on ne puisse pas
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supposer dans ces écrits des âmes abjectes ou des plumes vénales.