‹ Le Nouveau Paris (volume 3)Chapitre 14 sur 48 · Scène comique · texte numérisé non relu

Scène comique

M. le curé de S. Sulpice à Paris, avoîjÉ annoncé , depuis quelques jours , qu'ij consacreroit son refus de prêter serment à la nation, par une scène éclatante. Ce tttt fanfaronnade , et le caractère bien connu de ce prêtre, ont exigé qu'on prît des mesures pour le maintien de Tordre et la di-* gnité du culte de cette église.

Des citoyens armés y ont été préposés à la tranquillité publique. Les fidèles remplissoient le temple. Le prêtre du veau d'or est monté en chaire ; il a prêché sur Y enfer , afin de préparer les esprits , par la terreur, à§es conclusions anti-eonstitu-

iionnelles. On rioit beaucoup de voir le calotin s'agiter comme un damné ; et toute sa personne ne représentait pas mal * le prince des démons dans la tribune aux harangues des anges des ténèbres , que Milton nous a peint.

Quand la bouche de cet énergumène eut vomi des blasphèmes contre TAss emblée nationale ? un cri universel d'indignation fit retentir les voûtes du temple. L'hypocrite crut voir la couronne du martyre descendre sur sa tête j il pâlit : — - il s'écria : Seigneur ! éloignez de moi ce calice !

Cependant les cris qui se fais oient entendre , n'étoient point des menaces , mais seulement des cris à F ordre , à l'ordre. La conscience coupable du calotin lui a fait entendre autre chose. Tout-à-coup l'orgue majestueux remplit l'église de ses sons harmonieux , et fit retentir dans tous les cœurs l'air si fameux : Ah ! ça ira ! ça ira!

L'indignation se changea en allégresse

(70) patriotique , et on invita le motionnaire de contre-révolution à chanter ça ira.

Il descendit de la chaire , couvert de risées , de honte et de sueur. — Sommé . de faire son devoir , en prêtant le serment civique ? il refusa hautement et se retira.

Alors un officier municipal monta dans la chaire et dit aux citoyens : « Messieurs , la loi n'oblige point cet homme à prêter serment à la nation. — Far son refus , il a seulement encouru la destitution de l'emploi public qui lui étoit confié. Il ne sera bientôt plus notre pasteur, et vous serez appelés à en nommer un autre qui soit plus digne de votre confiance ».

Ce peu de mots prononcés au nom de la la loi , rappelèrent le respect qu'elle commande pour le lieu saint, et le calme le plus profond régna.

( 7i ) CHAPITRE CXXXVII.

*A un petit esprit,

ou

Argumentum ad hominem.

Toi qui es pâle d'envie et de jalousie > toi qui aspires toutes les places, même celles où tu serois le plus malheureux des hommes , ignores-tu que de tous les gouvei nemens qu'ont essayés les peuples , le nôtre est celui qui accorde le plus à l'amour-propre ?

Qui que tu sois , il t'appelle, il appelle tous les âges , tous les états , sans exception , sans distinction. Il ne faut pas vieillir pour arriver au siège que tu convoites ; il ne faut pas être né sénateur , pour le devenir ; il ne faut pas désespérer , en naissant , d'atteindre le but que Von se proposera , quel qu'il soit. Les portes du palais de l'autorité sont ouvertes à tous les amateurs. Ce pouvoir qui te fatigue, tu l'exer-

(72 ) ceras demain : cette broderie qui t'offrisque , tu la porteras l'année prochaine ; ou ■du moins , celui à qui tu l'envies, désha- Jbillé , ou vêtu comme toi , viendra s'asseoir près de toi sur les bancs du parterre , et te consoler de sa gloire du jour d'hier.

Si tu es un censeur, et même un censeur difficile , tu pourras lui demander raison de sa grandeur d'une année , tu pourras impunément le voir du haut de ta brillante voiture , passer à pied , et se ranger au bruit de tes chevaux 5 tu seras demain ce qu'il fut hier.

Les mêmes hommes , qui sous l'ancien régime n'auroient jamais pu parvenir à se faire recevoir conseillers au Châtelet, s'estiment au-dessus des places qui ne sont pas les premières ; ils s'attribuent tous les talens pour gouverner; cen'étoit point la peine de faire la révolu Lion, s'ils n'ont pas les richesses , le crédit et le pouvoir. Voilà la logique de tous ces petits ambitieux qui appellent l'esprit public

leur

(?3 j leur propre esprit , l'opinion publique , leur propre opinion j et, tout en se disant républicains , ils unissent leurs voix à celles des émigrés , des prêtres insermentés , des prêtres réfractaires , et comme en substance le mal est fait dès qu'on en a jDarlé , de même on a fait le mal dès qu'où a été perturbateur.

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