CHAPITRE CXXXV
Point de vue.
On se figure de loin Paris peuplé de républicains sensibles à la gloire nationale, orgueilleux de posséder le gouvernement qui conquiert des provinces immenses, change le système de l'Europe, fonde des républiques 5 on croit à son enthousiasme quand il faut célébrer le 9 thermidor j on s'imagine qu'il s'entretient avec joie ou avec orgueil des journées d'Arcole ou de Lodi 5 on croiroit que le 3i mai seroit pour lui un jour de deuil 5 point du tout i En général, le boutiquier , l'homme de loi , toute la tourbe qui tient la plume juridictionnelle , n'attache ni sa gloire , ni son amomyni souvenir à aucune époque.Douze cents républicains figurent pour cette ville immense , mais braves , généreux , amans de la patrie ; ils feroient seuls, avec le gouvernement et la bonne force ar-
(67 ) mée , reculer tous les esclaves des rois , et des plus imbécilles préjugés.
Vomir des injures contrôle corps législatif, calomnier ses membres , affecter du mépris pour tout ce qui s'est fait , et le faire sans choix , sans discernement, attribuer la démoralisation publique à ce qui ne fut que l'ouvrage des ennemis de la révolution , voilà ce qu'on entend de toutes parts , voilà ce qui donne des nausées à l'homme instruit , voilà ce qui flétrit le coeur , et de sorte que le vrai républicain , s 'armant quelquefois d'un juste dédain , dit : « L'opinion de Paris est nulle en politique $ il ne faut pas la compter , et encore moins s'embarrasser de tout ce qui s'y dit. »
Voilà l'anathême que lui ont attiré ce tas d'esprits pervers , ces âmes affreuses , ces imbécilles instrumens qui vont répétant le catéchisme qu'ils ont appris de leurs prêtres, et qui, apportant eux-mêmes la confusion et le chaos dans les moeurs et dans Les institutions ; parlent d'une tran-
( éS ) faillite exclusive , et du bonheur qui leur est dû de préférence à tous les autres liabitans de la République. Les lâches ! on se bat pour eux , et à peine daigneut-il* honorer nos soldats vainqueurs !