‹ Le Nouveau Paris (volume 3)Chapitre 48 sur 48 · CHAPITRE CLXXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXL

Estampes critiques.

S i les travers de l'esprit humain continuent d'aller en augmentant , il faudra compter au moins mille Calots pour le> exposer à la censure des bons esprits.

Eh ! qui pourroit douter que c'est l'in^génieux burin de la critique , qui a persuadé aux femmes , même les plus têtues en fait de modes bizarres , de renoncer à

1 édifice de cette coiffure appelée monteau-ciel, et qu'il semblent qu'un perruquier n'avoit pu bâtir qu'à l'aide d'une échelle.

Les habits carrés y les culottes anglaises , les brodequins à bec de canards , les robes athéniennes , les chapeaux à lucarne , à cul de panier , ont fourni à Vernet l'idée des Incroyables et des Merveilleuses. Tout Paris a accueilli cette ingénieuse production; les gens sensés en ont justifié la satyre , en adoptant le costume contraire, c'est-à-dire, celui que la raison dessine , et dont elle autorise l'usage.

N'admire-t-on pas les caprices de la fortune dans cette Merveilleuse qui donne le bras à son galant ; ronde comme une cucurbite , elle a encore l'air étonnée de son ajustement; celle qui l'a rencontrée, droite et mince comme une asperge , la reconnoît sous son costume nouveau , et semble dire : c'est Jeanneton , qui vendoit des petits pois au litron.

Le même Vernet n'expose-t-il pas au

s°9 ) même ridicule la manie des courses , ressuscitée de nos jours.

Vous avez vu Y anglomane , le ventre rentré , le dos bombé ? étroit comme un roseau , courant à cul-levé sur un long coursier anglais 5 vous avez vu aussi Yamazone, moderne , les cuisses sanglées sur sa selle, laisser envoler dans sa course rapide son chapeau de velours à la jokei.

Aujourd'hui Vernet vous montre les apprêts d'une course, et les jokeis montés ; les coursiers sont caparaçonnés ; les coureurs en soubre-vestes , en chapeaux à petits rebords , les promènent doucement pour les tenir en haleine : on juge à leurs jarrets déliés , à leurs ventres creux , qu'ils ont été purgés la veille ; qu'on les a pesés , et que les hommes ont subi la même opération. Une mouche sur eux seroit de trop : vos yeux suivent dans le lointain d'autres concurrens qui mesurent la plaine. Le mouvement du jokei , les différentes attitudes des chevaux , leur air impatient , la mine confiante de leurs guides , vous

transportent déjà sur le lieu de la scène. Vous n'attendez plus que le signal de la course.

Et Y Intérieur des Comités Révolu* tionnaires n'oflfre-t-il pas une peinture exacte de ce qui se tramoit dans ces antres de Polyphéme , où tant d'innocens éprou* vèrent d'avance les sueurs froides de la mort? Qui ne frémit pas d'horreur , à l'aspect de ce président furibond ? L'on entend les ronflemens rauques de ce secrétaire en bonnet rouge, qui cuve, accoudé sur la table, le vin du matin.

La visite de ces bouteilles , dont l'éti* quette établit , avec le crime de suspicion , celui de correspondance en pays étrangers; la frayeur, qui s'empare du malheureux accusé , qui répète tout bas : Vin de Hongrie y l'audace de l'accusateur , les tables chargées de bijoux et d'autres effets provenant du bris des scellés : que de choses, dans un si court espace !

Vous voici devant Y Exclusif ; il est dans l'attitude d'un gladiateur > son oeil

étincelle de fureur , sa bouche effroyable écume de rage ; on lit sur le dos de son chapeau retourné 3 liberté y d'une main il tient un pistolet, en travers duquel est écrit, la mort; de l'autre il tient un poignard , et sur la lame on lit , fraternité ; un petit bonnet rouge est pendu à sa boutonnière, et ses poches sont pleines de dénonciations ; il est presque sans culotte 5 ses bras nus jusqu'aux épaules , vont se plonger dans le sang des victimes \ c'est mj Aristide moderne.

Le Club de Clichy , dans des cloche^ retournées , paroît plus piquant que Ves^ tampe des grenouilles qui demandent un roi. Un bout du soliveau forme des deux •côtés les profils de Louis Xyi et d'Antoinette. Plus loin, des oiseaux de proie à longs becs, qui figurent les Jacobins, sous le règne de la terreur , croquant les grenouilles l'une après l'autre ; d'autres les mènent à la guillotine, ou donnent le signal d'une fusillade : mais vous vous arrêtez devant cet infortuné qui, plongé dans

un cachot , et surchargé de chaînes , écri* à Robespierre , et finit sa lettre en traçant ces mots : a Vive la Liberté ! »

Tels sont les tableaux fidèles qui retracent la plupart des événemens , et les factieux ne sont pas plus oubliés que les autres. Le Pas de deux , ou la Folie du jour , est l'expression pittoresque du genre de danse le plus à la mode dans les bals. Le ménétrier , qui tire la langue en signe d'approbation , les bouteilles qu'il a déjà vidées pendant son activité 3 tout cela est d'un burin vraiment comique.

Enfin vous voyez en parallèle la Danse de la levrette et du chien > costumés en Incroyables. Voici le Perruquier million' naire , prenant le chocolat ; V Usurier qui prend le gage > le billet à ordre et le cautionnement y le Croyable actif filoutant un mouchoir dans la poche d'un citoyen y le Départ du député remplacé > gros et gras $ Y Arrivée du remplaçant sec et maigre ; le Miroir du passé y eu V Intérieur de la Commune > ou une ceo~

taine de personnages sont sans tête ; les furies de guillotine qui se lamentent; VEtafr Major du Pape en déroute y la Cuisine des moines, dans le bon temps; le Bœuf à la mode ; les Rentiers sur le chemin de Bicêtre y et cet autre qui ayant un pied de nez, à la trésorerie nationale , le touche en s'écriant : Que ne suis-je Camus f

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