‹ Le Nouveau Paris (volume 4)Chapitre 27 sur 40 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Garde nationale.

Cette création fut un prodige, ce qui prouve que les hommes font toujours plus par leur volonté que par leur intelligence , et que dans les grandes révolu lions \ ce n'est pas l'esprit qui vaul , cYst le caractère.

Teus les rois do France l'un après l'autre auraient entrepris l'étonnante

ulion de celte garde nationale , que

( iio ) non-seulement ils auroient échoué dand leur projet, mais qu'ils y auroient toits péri.

On vit l'élan d'un grand peuple, qui désormais ne vouloit plus être gouverné par un pouvoir arbitraire. L'ancien régime Fut aboli dés ce jour-là, et il parut manifeste à tout homme fait pour réfléchir quêta royauté nepouvoit plus s'amalgamer avec une douzaine de capitales subitement enflammées du fou sacré de la liberté, et prêtes à répandre leur sang pour repousser et écraser à jamais l'insupportable oppression qui les avoit fait gémir tant de siècles.

Ce courage préludoit aux victoires qui, en Allemagne, et sur-tout en Italie ont décidé que la grande nation étoit faite pour se gouverner elle-nume. Supposez Henri iv, Louis xiv et Charlemagne: L- explosion unçfoisfaifc \ il n'apparténoit plus à leur valeur ou à leur génie d'en arrêter la force et la majesté,

L'autorité royale avoit été véritablement avilie par l'histoire du collier.

Mais ici le monarque fut vaincu, comme si l'on eût arrêté Charles ix prêt à faire feu sur ses sujets. Tout Parisien vit l'arquebuse bandée à Versailles. Le cri général (il faut l'avoir entendu) demandoit le renversement du trône $ il et oit impossible au plus poltron de ne pas satisfaire à ce cri terrible j tout marcha jusqu'au poëte, et il s'agissoit en ce jour de renoncer au roi, ainsi que dans les révolutions religieuses une partie de l'Lurope renonça au pape.

Si ce fut avec l'établissement des armées permanentes que commença la servitude , on sentit qu'il falloit recréer les milices bourgeoises pour que les princes ne vinssent plus à triompher par la force. Mais ce qui est inconcevable , c'est que la garde nationale fut l'ouvrage d'un clin- d'oeil j il n'y eut ni plan, ni projet) ni détermination. On cria : Tout Pharisien esl soldât, et la

( 142 ) France répéta : Tout Français prendra les armes.

L'ennemi de la liberté corrompit bientôt cette institution avec des uniformes, des bonnets çt des épaulettesj on établit , comme dans les régimcns, de ces distinctions ^ toujours chères à ces stipendiés qui volent sous le commandement d'un seul pour se battre contre la patrie. On voulut séparer la garde nationale de la nation même , et le projet de la Fayette sembloit être de la soumettre immédiatement à un commandant dévoué tacitement au roi. Mais tout roi est l'éternel ennemi de la liberté du peuple, et* la garde nationale n'étoit armée que pour la défense de la souveraineté nationale.

Ces ornemens extérieurs inspirèrent beaucoup de fierté et donnèrent de la morgue à quelques sots individus; mais ils lièrent le bourgeois riche à la classe des pauvres, et l'orgueil le plus ridicule

( ii5 ) servit à son insu, l'esprit d'un peuple libre.

Le lion est terrible et poltron tout à la fois : s'il manque sa proie en s'élançant , il s'éloigne honteux , il n'attaque jamais en face : il ressemble au despote. Louis xvi fut comme le lion.

Page 1