CHAPITRE XXVI
Sections.
L'histoire aura peine à décrire les imprécations insolentes d'une foule d'énergumènes qui, dans les sections y appeloient à grands cris le désordre et l'extermination : elles formèrent le conseil de la commune, où tout ce que l'extravagance et la dépravation humaine pouvoient imaginer de plus vil et de plus atroce , se débitoit chaque jour contre ceux des citoyens de Paris qui avoient quelques moyens d'exister : on s'y battoit à coups de chaises , mais on n'en vint jamais aux mains tout de bon. Ces misérables , après quelques débats entr'eux , se réunissoient pour faire triompher la corpmune de la convention j tous leurs conciliabules ten-
doicnt a perpétuer les atrocités révolutionnaires. Ilsortoit de ces conciliabules des pétitions tout à-la- fois si ridicules et si séditieuses , qu'Isnard , président de la convention , comme fatigué et Jiarassé des clameurs de ces sections, déclara au nom de la France , que si jamais on portoit atteinte à l'inviolabilité de la convention au milieu des citoyens de Paris , on viendrait un jour sur les rives de la Seine chercher la place où cette ville auroit existé. On ne sauroit imaginer le cri que poussèrent tous les conspirateurs à cette déclaration énergique. On ne répétait plus clans Paris que ces mots : La convention veut détruire la capitale. Les jacobins firent semblant de partager les fureurs des sectionnaircs ; Hébert devint un patriote par excellence, un bon magistrat ; l'auréole de Marat devint plus brillante. On cassa la commission des douze, cl ce ful-hï Je signal de l'anarchie complète. Le ministre de Tinté-
rieur 3 Garât , se rangeant par crainte du côté des scélérats, affirraoit que tout étoit tranquille, qu'il n'existoit point de conspiration ; et tous les poignards étoient aiguisés ! Un des chefs, Hébert, avoit été mis en liberté; ce fut un véritable triomphe pour cette assemblée de séditieux, et le présage certain de la mort ou de la proscription de ses ennemis. A son arrivée , le bas peuple le couvrit de couronnes et de palmes ciyiques qu'il alla déposer modestement sur les bustes de Jean-Jacques Rousseau et de Brutus : ils se trouvoient réunis dans le temple de la plus impure démagogie. Ce fut pour avoir fait arrêter trois ou quatre séditieux chargés de crimes, que la commission des douze a été couverte d'opprobre, que la plupart de ses membres ont éLé traînés à lYchafaud, et que les autres n'ont échappé à la mort qu'en se cachant dans des cavernes, dans des bois, ou en se sauvant dans une terre é Iran gère.
La révolution du 3i mai se fit pour venger une horde d'assassins.
Parmi les audacieux commissaires des sections, on trouve constamment trois ou quatre étrangers, et autant d'escrocs, toujours prêts à faire déclarer la ville de Paris en insurrection contre la tyrannie. Les commissaires, jusqu'au j 3 vendémiaire, déclarent : Que le peuple est fatigué de la servitude dans laquelle on le retient ; qu'ils sont chargés de manifester sa volonté souveraine.
Qu'on se peigne à ces différentes époques les citoyens effrayés , lorsqu'ils entendent battre la générale et sonner le tocsin, se lever, sortir de eliez eux pour savoir ce que signifie tout cebruit, ne rien apprendre, marcher tout arnu dans divers quartiers, entourer quelquefois la convention de trente à quarante mille hommes, ignorant la plupart pourquoi on les avoit rassemblés.
On a vu toute la ville de Paris sous les armes, sans savoir pour quel motif;
( i53 ) on voyoit des écharpes municipales parcourant les fauxbourgs , et les invitant à marcher au nom du peuple souverain.
Un Henriot faisoit rouler les canons de tous les points et sur tous les points ; les canons rouloient, rentroient, sortoient le lendemain, lorsque le parti montagnard hurlant et vociférant avoit fait décréter que les sections de Paris avoient bien mérité de la patrie.
C'étoit bien une misérable comédie que le jeu d'une telle journée, mais elle devoit se métamorphoser pour toute la France en une source intarissable des plus horribles calamités. „
Tous les habitans d'une ville aussi immense que Paris, appelés aux armes, donnèrent à la commune l'audace d'envahir toute l'autorité, après en avoir fait l'essai : elle devint, au grand étonrif ment de tous, une puissance formidable ; les montagnards se firent alors du conseil de la commune, comme ils s'étoient faits jacobins. Ils n'enLroient à
la convention que pour la trahir et la dissoudre, et, ce qui étoit pis encore, pour la diffamer. Car ils avoient contraint la convention à faire elle-même l'éloge de la journée du 5 1 mai, de sorte que les départemens, sans cesse trompés , étoient dans l'ignorance la plus absolue sur ce qui se passoit à Paris.
La commune de Paris, qui l'eut imaginé? c'est elle qui faisoit des loix, et qui les exécutoit.
J'ai vu six fois l'enceinte de la convention investie par la force armée; j'ai vu les volontaires destinés pour la Vendée, qu'on avoit fait revenir sur leurs pas tout exprés pour cette expédition, tourner leurs armes contre les représentans du peuple ; et les citoyens de Paris venus pour les défendre , placés sur les derrières, ignorant absolument ce qui se passoit dans l'intérieur de la salle, ou dans ses alentours, sur le point d'être massacrés eux-mêmes s'ils n'égorgeoient pas.
Depuis la nuit du g au 10 mars 1790, jusqu'au 10 vendémiaire , on disoit sans détour que pour remettre l'ordre, il falloit couper un certain nombre de têtes de députés , et les porter en triomphe dans les rues. Pour préliminaire à ces assassinats, les séditieux vomissoient les calomnies les plus atroces contre la représentation nationale ; les fauxbourgs de leur côté vomissoient des armées, et ce qu'il y avoit de pénible pour les esprits, c'est qu'on ignoroit réellement quelles étoient les dispositions et les sentimens de ces hordes subitement armées , et silencieusement menaçantes.