CHAPITRE XXX
Dôme du Panthéon.
Au seul nom des pyramides d'Egypte , du temple de Minerve à Athènes , du Colisée de l'amphithéâtre à Rome, de la maison carrée à Nîmes, de ces aqueducs magnifiques et tombant en ruine, de ces routes superbes aujourd'hui délabrées, l'attention se réveille, l'imagination se reporte au temps qui les a vu construire, et les édifices modernes ne semblent être plus rien. Les monumens antiques dont les colonnes bridées sont éparses çà et là, pourquoi sont -ils plus beaux à l'oeil de l'imagination que lorsqu'ils subsis-* toient dans toute leur intégrité? pourquoi les ruines qui Les entourent, semblent-elles leur impiimer un caractère
( 166 ) de majesté plus frappant? C'est ainsi , sans doute, et j'en demande pardon à l'architecture et à l'ombre de Souïïlot, c'est ainsi que le dôme du Panthéon écroulé et renversé sera bien plus pittoresque que le Panthéon tel qu'il est.
L'amateur frémira de mes paroles et criera au vandalisme. Le philosophe les entendra et les appréciera.
Mais après tout j ces pyramides } ces temples antiques, ce S.Pierre de Rome, ce S. Paul de Londres, que sont-ils, sinon des monumens de l'impuissance humaine? Que sont les dômes les plus appareils, les voûtes les plus élevées aux yeux de l'observateur qui a passé sous les rochers reintres des Alpes, qui à contemplé dans un étonnement respectueux ces rocs, tantôt majestueusement entassés , tantôt apposée irrégulièrement par la main de la nature? Et quVsl-ce que l'intérieur de ces basiliques >i vantées1, auprès decèé cavernes imposantes que les fleuves ont creusées
( i67 ) dans les jjfcncs des montagnes , et dont , malgré mon ardente curiosité, ils m'ont interdit l'entrée par un sentiment d'effroi.
Pauvre petit Panthéon auprès du mont Saint-Gothard ! Depuis que Ton parle de ton état de dépérissement, j'ai voulu te rendre visite. Je me suis jeté dans les escaliers de l'édifice, à travers les échelles, la poussière des plâtres, les marteaux , les longues scies et les échafauds mouvans et suspendus à des cordes blanchies. La voix de l'ouvrier faisoit écho ; le moindre son se répercutoit, le moindre mouvement que j'entendoifi autour de moi , et qui se multiplioit à l'infini, sembloit m'annoncer la chute prochaine du dôme, et pour le coup je me ligurois enterré dans le Panthéon sans plaidoyer et sans conteste.
T,a prédiction de Patte scroit donc accompli'-, et les architectes grecs, égyptien- , romains se moqueraient donc de l'archi français, Reprenant aussi-
( i68 ) tôt l'attitude et le courage d'jm observateur , je montois, jedescendois, j'examinois , et cette masse énorme pesant sur de frêles points d'appui qui menacent ruine , merappeloit que le dôme de Saint- Pierre de Rome étoit relié comme une cuve, et je souriois de Fart hasardeusement audacieux qui élève des coupoles avec tant de peines , avec une dépense effrayante et toujours en pure perte pour l'humanité. Je comparois ces deux monumensj dont l'un déjà ancien est encore solide, et l'autre qui n'est paa encore achevé est menacé d'une chute prochaine, et je me disois : Celui qui depuis un demi -siècle voit travailler au Panthéon encore imparfait) après avoir consumé les jours de lant d'hommes sans pouvoir en loger aucun, voit un château de caries que de grands enfans construisent , que bientôt un souille abattra, et qui sera plus beau <jue jamais , par cela seul qu'il sera lombe.
O foiblesse de l'homme ! Il se complaît dans des travaux magnifiques et infructueux ! il bâtit pour des ruines.
De m ême que plusieurs médecins assis au chevet du lit d'un malade, disent : C'est le foie, c'est la rate, c'est l'estomac, c'est le poumon qui est attaqué ; ainsi les architectes disoient : Le mal est ici. . . . non, il est là.... les jambes sont bonnes, mais les vertèbres sont cariées. Chacun exposoit son projet comme la cure infaillible sans laquelle l'ébranlement du dôme devenoit général, la chute certaine , et par contre-coup celle de tout le reste du monument.
En sortant de l'édifice, j'éprouvai le plaisir qu'éprouvent les matelots et les guerriers à la suite des tempêtes ou des combats, celui de me sentir vivant. Et pourquoi étois-je allé visiter cet édifice? pourquoi,? parce que l'on m'avoit dit qu'il y avait du péril. Singulier mouvement de l'imagination humaine ! La vie des matelots est plus vivante que la