CHAPITRE XXIX
Funérailles de Michel Lepelletier.
Il avoit voté, d'après sa conscience, la mort du roi ; un ancien garde-ducorps cherchent le duc d'Orléans, dans le dessein de le poignarder, et de le Faire servir de compagnon à la grande victime ; ne le trouvant pas, il entra
( i6a ) ehez un restaurateur, et ayant appris qu'il y avoit là un représentant du peuple qui avoit aussi voté la mort du roi , il paya pour le duc d'Orléans. Le gardedu-corps tira de dessous son manteau un large coutelas dont il lui perça le côté; après ce coup il s'évada. On saura peut-être un jour ce qui prépara et détermina cet étrange assassinai. On fit tenir à l'homme expirant des paroles qui ne furent jamais prononcées.
On ordonna une pompe funèbre en riionneur de Michel Lepclletier ; cette cérémonie avoit un caractère excessivement remarquable ; on plaça le cadavre sur la base ruinée de la statue équestre de Louis XIV au milieu de la place Vendôme. Là fut prononcée son oraison funèbre par une voix qui se faisoit entendre sur tous les toits. 11 faisoit très-froid. Le cerps de Lepellclicr , nu , livide et sanglant, montrant la large blessure qui lui avoit été faite, fut porté Mir une espèce de lit de parade et pro-
( i65 ) mené lentement dans un très-long trajet, accompagné de la convention ainsi que de la société des jacobins. Celle-ci avoit sa bannière , et tout à côté on en voyoit une autre de son invention ; elle avoit pour flamme la chemise, la veste, et sur-tout la culotte de Lepelletier encore toute dégoûtante de sang. Chacun put voir le mort qui, juge de Louis xvi, P avoit précédé dans la tombe.
C'étoit un spectacle à produire des impressions profondes ; elles le furent aussi. Le hideux de la cérémonie disparut devant les terribles images qu'elle oflroit. Le frère de l'assassiné conduisoit la marche j plusieurs montagnards s'identifiant à celui que l'on menoit au Panthéon disoient : Voilà donc notre sort , voilà ce qu'on gagne à fonder une république. On partait d'une malheureuse orpheline, qui héritoit d'une foi lune de quatre à cinq cent mille {ivres de routes. Les éloges funèbres Curenl prodigués à Michel Lepelletier.
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Toutes les femmes eurent des rêves effroyables à la suite de cette cérémonie, et jamais mort ne fut salué de tant de regards /ni accompagné de tant de réflexions.
La fille de Michel Lepelletier devint la fille adoptive de la nation ; et c'est par elle qu-'une loi de la république romaine se trouve dans le code de la république française.
Sous prétexte de trouver le garde-ducorps Paris , on fit, quelques jours après, cerner le palais royal par dix mille hommes. Personne de ceux qui s'y trouvoient ne put en sortir , sans avoir été passé en revue par la garde ^ et avoir montré une carte dhe de sûreté à an officier de police. Cette persécution , d'une espèce inconnue ayant parfaitement réussi , elle fut dans la suite répétée si souvent, que le Parisien ne la regarda plus que comme un jeu.
On regarde aujourd'hui comme un conte , tout ce qui a été dit sur l'arrcs-
tation et sur la mort prétendue de l'assassin de Lepelletier.