CHAPITRE XXXV
Grégoire,
La convention nationale a remplacé rassemblée législative le 21 septembre 3792 : semblable au souverain qu'elle représente , ses premiers pas furent des pas de géant, ses premières paroles des coups de foudre. Après avoir consacré la souveraineté du peuple par un décret portant qu'il ne peut y avoir de cous*
titution que lorsqu'elle est acceptée par le peuple , et déclaré que la sûreté des personnes et des propriétés étoit sous la sauve-garde de la nation , il falloit porter le dernier coup à l'hydre dont les têtes sans cesse renaissantes menaçoient la liberté. Le dernier des rois français n'existoit plus ; mais la royauté lui sur vi voit encore. Un membre se lève et dit : « Il est une délibération que » nous ne pouvons différer un seul ins- » tant, sans être infidèles à la nation j » c'est l'abolition solemnelle delaroyau- » té». On demande que la question soit discutée. «Qu'est-il besoin de discuter, » s'écrie Grégoire y quand tout le monde )) est d'accord ? Les rois sont dans l'or- » dre moral , ce que les monstres sont » dans l'ordre physique. Les cours sont )) l'atelier des crimes, et la tanière des » tyrans.
h L'histoire des rois est le martyro- » loge des nations; dés que nous sommes » tous également pénétrés de ces vérités,
» qu'est-il besoin de discuter)) ? ^4.ux voix l ... s'écrie-t-on de toutes parts !... aux voix ! ... Toute l'assemblée se lève par un mouvement spontané : il se fait un grand silence ; et sur la proposition de Grégoire , la convention nationale décrète que la royauté est abolie en France. A ces mots , le sanctuaire des loix retentit de vive la nation ! vive la liberté ! C'est au milieu de ces acclamations qu'est proclamée la République. Le sceau de l'état portera désormais un faisceau surmonté du bonnet de la liberté , avec ces mots pour exergue :
République Française. Tous les actes seront datés de Van premier de la République Française.
A peine la royauté étoit-elle abolie, qu'on vit le dictatoriat s'élever sur ses débris. Parmi les insensés qui osoient ambitionner ce rang suprême, on nommoit ; qui? Marat ! . . . Il fut obligé de se justifier, comme si la France avoit
eu à craindre que cet homme ne devînt roi sous un autre nom. On devoit hausser les épaules à la vfie de Marat dans la tribune, tirant de sa poche un pistolet, comme autrefois nos capucins en chaire tiroient un petit bon-Dieu de leur manche , et dire , en se démenant comme un polichinelle d'Italie : . . . ((Je » ne crains rien sous le ciel ! ( lui ! Marat , qui s'étoit caché dans un trou de cave , pour se soustraire aux poursuites de Lafayette ! ) )) je ne crains » rien sous le ciel ! mais si un décret )) est lancé contre moi par l'assemblée, je me brûle la cervelle devant )) vous » ! Puis renfermant son instrument de mort, qui vraisemblablement ne recéloit que de la poudre, ajouter:
(( Mais non , je resterai au milieu de )) vous pour braver vos fureurs » ! — Quelqu'un lui dit en sortant de la séance: (( Croyez-moi , Marat , craignez de per- )) dre au grand jour où vous exposez )> \ otre place de député, L'espèce de suc-
» ces que tous ne devez peut-être qu'à » l'obscurité de la cave où vous vous )> êtes tenu caché^pour composer votre » journal. Marat ! le charlatanisme n'est » plus de saison j quittez vos gobelets )) !