‹ Le Nouveau Paris (volume 4)Chapitre 39 sur 40 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Journées du 22 Juin et du 10 yiouh 1/02.

Lorsque l'artificieux Lafaj^ette favorisa la fuite de Louis xv 1 , et l'exposa à son retour à Paris aux lazis du peuple indigné, c'est qu'il avoit fondé d'avance sur ce hardi stratagème, le projet d'une république. Les événemens qui suivirent cette fuite honteuse , conlirment cette assertion. Depuis lors, en effet, la faction d'Orléans demanda à grands cris la déchéance du roi ; et donnant/ un plein essor à la licence de la presse, le monarque des Français ne fut plus désigné que sous la figure d'un stupide cochon.

Le peuple , entraîné par les discours et les écrits séditieux que pa voient les

( 177 ) conducteurs de cette même faction , honteux d'obéir à un chef avili , plongé dans la boue, ne le regarda plus que comme une pièce mécanique inutile à Faction du gouvernement , sur -tout puisqu'il existoit une assemblée na~ tionale.

Ce fut dans ces circonstances que parut la première constitution. Le roi prisonnier , à qui elle restituoit une partie de sa primitive autorité , l'accepta. Mais se défiant encore de sa force sous ce puissant bouclier , il ne s'entoura plus que de nobles conspirateurs, que de prêtres fanatiques, qui formèrent cet opiniâtre parti d'opposition , dont le but étoit de paralyser la volonté nationale, et de laisser mourir les loix nouvelles sur le papier.

Cette résistance insolente, ce mépris soutenu des droits d'un peuple enthousiasme de la liberté, la France cernée de tous côtés de troupes étrangères, la scène des poignards à langues de vipères

( 178 ) au château des Tuileries , le serment constitutionnel abjuré par les prêtres, les suggestions perfides des évêques pour détourner le roi de recevoir la communion pascale des mains d'un prêtre assermenté, le courroux de ses sujets témoins de toutes ces atrocités, telles furent les principales causes qui précipitèrent Forage sur sa tète coupable et sur celle de ses fallacieux conseillers.

Des agitateurs en chef, parmi lesquels on comptoit Marat et Fréron , profitèrent de ces premiers crimes et de ses infractions aux loix, pour encourager les conjurés clans leurs projets. Us firent naître , par leurs feuilles périodiquement incendiaires, des rixes entre les citoyens et les nouveaux satellites du roi; moyen adroit par lequel ils provoquèrent le licenciement de sa garde, et le livrèrent sans défense aux insultes de la populace.

Les Tuileries, dès-lors, devinrent le

( 379 ) chef-lieu de ralliement des apprentifs égorgeurs. C'étoit-là qu'ils venoient , sous la direction du duc d'Orléans, étudier les rôles de sa grande tragédie.

D'un autre côté, le Chant du coq, affiche royaliste du député André , faisoit bouillonner les têtes. On ne voyoit la justice et la raison , que dans les maximes de Drawn Marat.

De -là naquirent les querelles d'opinions , les divisions entre les vieux amis $ l'effroyable discorde plana sur Paris et les provinces. Chaque jour il y avoit des désordres à réprimer, des attentats à punir ; chaque jour on insultoit le prêtre à l'autel, le frein de la religion étoit rompu : insensiblement la terreur et la défiance s'emparèrent des esprits. La création du papier-monnoie en augmentant les alarmes, fortifia l'espoir d( râbles auteurs du pacte de fa

mille, t "XiV.uié H prolongé depuis afcta tan! 'l'astuce que de barbarie.

il 6

( i«o ) Journée du 2J Juin J792.

Enfin arriva le 21 juin 1792 : calme, sage, magnanime, le 20 juin 1791, que le Parisien fut différent de lui-même à cette quatrième époque delarévolulion!

Aussi terrible que le jour où commandé par Lafayette il alla chercher le roi à Versailles, il marcha .sens les bannières des fauxbourgs, au château des Tuileries. La menaçante diversité des armes désignoit la trempe de chaque caractère, et sa barbare industrie. On eût dit qu'il y avoit pour chaque individu un roi à poignarder, à égorger, à déchiqueter, à couper par pièces.

En un moment le palais fui investi,

escaladé ; des pièces de canon lurent pointées contre les portes des vestibules ; des brigands montés sur les combles, s'introduisoient par les fenêtres. Tout ce qui retardoit l'impétuosité des assaillans étoit brisé en éclats. On voyoit Voltiger du haut du pavillon du nord ,

( iSi ) et retomber sur la terrasse la collection des édits et arrêts du conseil dispersée par des mains sacrilèges.

Déjà les principaux conjurés ayoient pénétré jusqu'à la chambre du roi. A l'aspect de ce monarque assis à côté de son épouse et de ses enfans , ils s'arrêtèrent interdits. En effet, il est juste de dire que Louis se montra tranquille, en n'opposant à deux cent mille baïonnettes que son cœur pour défense.

Bientôt leur stupeur se changea en ironie. L'un d'eux coiffa Capet du bonnet rouge; il lui présenta une bouteille, pour l'abreuver du vin des assaillans.

Le roi but et trinqua avec un sansculotte.

Les bataillons populaires désespérés de ce risible dénouement, et jugeant que le coup étoit manqué, se débandèrent ; ils sortirent du jardin avec les charbonniers qui n'avoient pour armes que leurs bâtons, et pour drapeau qu'un sac: à charbon attaché au bout d'un

( i8* ) gourdin. Ils firent place au régiment de Flandres et aux grenadiers de la garde parisienne, qui se rangèrent en bataille sur toute la longueur de la terrasse.

Cependant le roi échappé encore une fois au glaive , mais tremblant pour ses jours, s'enferma dans son château, et fit interdire le matin, l'entrée des Tuileries au public.

Plan des Nobles et des Emigrés pour renverser la Constitution de J/gi.

Ce fut, durant cette captivité, que les aristocrates travaillèrent avec ardeur à organiser dans le midi la coalition des fidèles sujets de Jalès, pour opposer un front terrible aux efforts des jacobins d'Orléans-Égalité , annuler le serment du clergé, maintenir dans son intégrité le culte catholique, et exterminer sans pitié, du sol de la patrie, les fondateurs de la liberté.

Ce qui pouvait seconder le plus efficacement ce hardi projet , c'étoit le plan proposé depuis plusieurs mois, et bientôt mis à exécution, de stipendier des écrivains mercenaires , des correspondans dans les provinces, des chanteurs adroits , des hommes intelligens dans les bureaux de l'assemblée pour la secrète communication des pièces , des observateurs au club des jacobins, dans la société des cordeliers , dans chaque section des orateurs et des applaudis* seurs apostés , des motionnaires aux Tuileries , au Palais-Royal , dans les cafés, dans les ateliers, aux spectacles et dans les guinguettes. Deux cent mille livres furent consacrées au paiement des gages de ces différens acteurs.

Mais ce fut justement ce plan qui accéléra la chute du trône. Les sourdes manœuvres des royalistes furent déjomées par la prévoyance des amis de la liberté. Si Capet avoit ses écrivains,

i observateurs, ses lenans, les pa-

triotes avoient aussi les leurs ; ils furent bien plus habiles. A l'aide de la faction, ils entraînèrent la niasse pure des citoyens , qui n'aspiroient qu'après le calme, et vouloient fermement le maintien des loix.

Premiers symptômes de la journée du 10 .Août i/J?2.

L'orage s'annonçoit de loin par de sourds murmures. Les habilans des fauxbourgs formoient une corporation redoutable sous le nom de sansculottes, qui leur avoit été donné en signe de dérision par Lacueil, et qu'ils voulurent conserver comme un titre de gloire ; les femmes elles-mêmes demandoient la parole dans les groupes qui se renouveloient sans cesse. Le mot tyran remplaçoit celui de roi dans toutes les bouches. On appeloit les nobles, aristocrates, et les prêtres, calotins. La terrasse des Feuillans étoit le seul passage permis au public pour aller aux

( i»5 ) séances de rassemblée. Le peuple , de peur de souiller son pied libre de la poussière du jardin d'un despote exécré , fixa lui-même avec un ruban tricolore la ligne de démarcation qui fut scrupuleusement observée. Il assigna à l'intérieur de la promenade royale le nom de forêt noire. L'indignation des citoyens étoit à son comble.

Mais les voici à la veille du jour qui alloit expier tant d'attentats, tant de perfidies. Les Marseillais dès leur entrée dans Paris avoient commencé le cours de leurs assassinats ; rien n'égaloit l'audacç de leurs chefs, et les patriotes s'applaudissoient de les voir en avant.

Le 9 août, dès les quatre heures après midi , ils se rassembloient aufauxbourg Saint-Antoine au nombre de deux à trois mille : c'étoit pour venir assiéger le château. Le terrible mot d'ordre fut incontinent communiqué dans toutes les sections assemblées. Ce soir-là même, un quidam parcourut les terrasses des

( iW ) Toileries avec un étendard dont U lo-

gendeétfiil conçue on ces termes :w Amis, x domain le trôneserarenverse, demain ft nous serons libres *, On lisoit sur les VlSâgfS l'attente d'un sinistre événement.

11 ne tarda pas à se confirmer. I les onze heures de la nuit , le tocsin son- Doit) on battait la générale, l /attaque allait commencer à deux heurt sa, Nombre de particuliers qui la veille as>ugeoient les boutiques des fourreurs pour y louer des bonnets de grenadiers , accoururent au château augmenter l'élite des royalistes, tes uns en uniforme-, les autres en habits de couleur : tous ?it mtrolu ur d'une

consigne, I liant l'entrée libre à

tous porteurs d'une carte bleue, a\ OC ces mots en lettres noire - //)-

Mais l'état - major ai

particulièrement signalé an individu .i de* oit se présenter pour j

siner le roi. 11 ne parut pas.

( i87 ) Le 10 Août 1792.

Néanmoins le roi ne se coucha point.

Le nombre de ses défenseurs s'accrut tellement jusqu'à près de quatre heures, qu'à peine étoit-il possible d'arriver jusqu'à son cabinet. Il étoit trois heures* Le peuple vengeur se montroit. Des détachemens de bataillons précédés de leurs canons , se répandoient flans les cours du jardin et du château. A cinq heures on comptoit plus de six mille hommes.

On avoit posé des détachemens de la garde nationale et des Suisses q. la droite et à la gauche de l'escalier qui conduisoit de la chapelle à l'appartement du roi. Le danger alors devenoit de plus en plus menaçant. Déjà Ton parloit, pour concilier les esprits, de conduire la famille royale à rassemblée; il s'agissoit même d'une pétition I enflant à obtenir le renvoi dans la matinée de tous les Marseillais et Bretons qui étoient dana

( i88 ) la capitale. À ces propositions , des cris de vive le roi i se firent entendre.

Bientôt Capet,, entouré d'une foule d'officiers généraux, de courtisans et de grenadiers, descendit pour passer en revue les divers détachemens qui, au moment de son passage, firent retentir les cris de vive la nation! tandis que les royalistes crioient vive le roi ! On s'apperçut après son passage que les troupes étoient mécontentes j car il fut à peine remonté au château , qu'une partie de ces mêmes troupes qu'il avoit passées en revue se retira j à six heures il ne restoit pas deux mille hommes.

Mais les Parisiens et le peuple des fauxbourgs hérissés de fer, inondoient les rues. Ils traversoient les ponts en longues colonnes , malgré les canons qui les barroient ; ils s'avanooient à pas de géans vers les Tuileries; l'air retentissoit de leurs cris de fureur qui se mêloient aux tintemens du tocsin.

Avant sept heures ils étoient avec les-

Marseillais en bataille rangée sur îa place du Carrousel en face du château.

Dans cet intervalle , les officiers suisses versoient eux-mêmes de l'eau-de-vie aux soldats de leurs corps. Un officiergénéral en proposa aux volontaires de la garde nationale. Bientôt après une voix ayant fait commandement, par le flanc à droite, par hle à gauche, une légion de courtisans déploya soudain espingoles, poignards, sabres, pistolets, défila au milieu des volontaires, et alla se ranger en ordre de bataille dans le cabinet du roi. C'est dans cette situation hostile qu'il fut mandé à l'assemblée nationale. Une partie de cette légion armée et un détachement du bataillon de Saint-Thomas, qui faillit partager le sort des Suisses , protégèrent son passage à travers les flots du peuple en fureur, que la puissance insinuante de la parole parvint seule à calmer un instant.

.Mais à l'aspect des Suisses, il s'indi-

( *9° ) gna, il rugit, et c'est alors qu'un simple citoyen se précipitant au-devant du roi, alors à découvert, et saisissant sa main, lui dit : « Ce n'est pas un assas- )) sin qui te parle , c'est un honnête » homme qui veut te conduire sans péril )) à l'assemblée nationale. Mais pour ta )) femme, elle n'entrera pas; c'est une » s. g. qui a fait le malheur des Fran- » çais )) . Le roi , d'un air pénétré, serra la main de cet homme; et dans cet instant même, le député Roederer qui étoit auprès de Capet, le quitta pour s'approcher du perron de la salle des séances. Là, il proclama le décret de l'assemblée qui appeloit dans son sein le roi et toute sa famille.

A la voix de Rœderer le peuple s'appaise de nouveau, et Louis et sa famille entrent dans l'assembler. Grand dieu !

Ce calme fut comme l'intervalle du silence terrible entre l'éclair et le tonnerre, laissant après sa chute le signe épouvantable de sa colère.

Tout-à-coup on entend une décharge de mousquetterie ; d'autres répondent.

Des torrens de fumée roulent dans les airs -j le jour en est obscurci : on ne se distingue plus j le grand escalier est déjà jonché de morts et de mourans.

C'est dans ce fatal moment que les Suisses , pour feindre une réconciliation , jettent des paquets de cartouches par les croisées , font retentir les cris de vive la nation ! Les Marseillais et les volontaires de la garde parisienne , persuadés que les Suisses se rendent au vœu du peuple , se présentent en foule au grand escalier des appartemens , et soudain les traîtres font feu de bataillon et feu de file sur les volontaires et les Marseillais. Trois décharges consécutives encombrent les degrés de ce fatal escalier, où la mort semble attendre ses victimes, qui nagent dans des flots de sang.

A cette vue , le combat devient général. Onze coups de canon, encore vi-

( *92 ) sibles aujourd'hui, frappent la façade du château, vis-à-vis le Carrousel. Un boulet entame le bord de la fenêtre de la chambre du roi. Ici y le peuple , de sang-froid, conserve une présence d'es»

prit imperturbable dans les justes transports de sa colère. Il combat et se défend en lion ; il veut réduire en poudre le château et les tyrans qui l'assassinent.

Déjà les flammes dévorent la maison de Fétat-major des Suisses et celles environnantes. Les assaillans s'emparent des avenues du château. Les Suisses téméraires pâlissent à l'aspect de cent jnille baïonnettes ; ils résistent encore. Quels cris de douleur et de rage I <jucls rugissemens! On les entend tomber sous leurs armes pesantes, en poussant l'affreux hoquet de la mort. Là , des têtes volent par les croisées ; ici , des corps tout entiers sont jetés du haut des galeries. On déchire, on lance par les airs tous les matelas de lits-de-camp des satellites

tellites du roi ; la laine éparse retombe à terre à flocons comme une pluie de neige.

C'est maintenant que ce même peuple, oubliant sa magnanimité , va déshonorer sa victoire. Altéré de sang et de vin, il s'enivre dans les caves. Sa cruauté va se tourner en férocité. Tous ses vices les plus hideux vont se découvrir et se trahir.

Les Suisses par-tout dispersés , sont par-tout poursuivis 5 par-tout ils sont atteints. En vain ces misérables rendent les armes, demandent la vie à deux genoux , le vainqueur ivre , est sourd à leur prière. Ils sont impitoyablement assommés , massacrés , transpercés de baïonnettes et de poignards. Leurs membres en chaque endroit dispersés , semblent renaître pour de nouveaux -npplices. Que dis-je ! ma plume tremblante pourra-t-elie récrire? des femmes, véritables furie», purent les voir rôtir sur les brasiers de l'incendie, et Tome i. I

( 19* ) contemplèrent d'un oeil sec leurs entrailles fumantes.

Les brigands s'étoient aussi mêlés aux vainqueurs. Tourmentés par la faim, après avoir appaisé leur soif brûlante, ils pénètrent dans les cuisines.

O comble de barbarie !.... Un malheureux aide, qui n'avoit pas eu le temps de se sauver, fut par ces tigres enfoncé , pétri dans une chaudière , et dans cet état exposé au feu ardent des fourneaux. Puis se précipitant sur les comestibles , chacun saisit ce qui se trouve sous ses mains. L'un emporte une broche garnie de volailles; un autre un turbot; celui-là une carpe du Rhin qui l'égale par sa taille.

Chargés de ces captures, les bandits reparoissent audacieusement dans les cours, et défilent avec les Marseillais et les volontaires , qui chacun portaient en trophée les armes des Suisses vaincus , cl les lambeaux sanglans de leurs uniformes.

La bataille gagnée, le château devint complètement la proie de tous les voleurs accourus depuis plusieurs jours des différens départemens.

Tandis que les patriotes, les vrais braves qui venoient de renverser le trô* ne , et d'asseoir sur ses débris la base de la liberté , retournoient dans leurs foyers, en chantant l'hymne de la victoire, en accompagnant religieusement les corps de leurs compagnons d'armes morts sur le champ d'honneur, des monstres à figure humaine se réunissoient par centaines, sous le vestibule de l'escalier du midi , dansoient au milieu des flots de sang et de vin. Un bourreau jouoit du violon à côté des cadavres ; et des voleurs, les poches pleines d'or, pendirent d'autres voleurs aux rampes.

Des milliers d'individus, tant hommes que femmes, plus menaçans, plus affreux les uns que les autres, sous leurs haillons sanglans, inondoient les ap-

i si

( 196) partemens. Les glaces tintoient sons les coups de baïonnettes qui les brisoient en éclats.

On arrive au lit de la reine. L'ivresse sans pudeur le rend le théâtre des plus infâmes obscénités. Le boudoir de la moderne Messaline devient aussi le rendez-vous des plus viles prostituées. On y voyoit des scélérats, les uns éructant sur le sein de leurs maîtresses , les autres dormant parmi leurs larcins amoncelés.

L'incendie du palais de Priam ne présenta point un plus épouvantable désordre. Les escaliers résonnoient sous les pas précipités des filous, dv?> escr qui niontoicnî , qui dcseendoienl . i se croisoient, qui se heurtoient, qui couroient dans les corridors , pér.étr oient dans toutes les chambres : ils avoient déjà fracturé les secrétaires da roi , de La reine, de madame Elisabeth 7 dçs fenvrnes de la cour. Assignats, or, argent riom:oyé,inon(re-; bijoux, pier-

( 197 ) refies ? diamans, écrins, tant d'objets précieux leur étoient aussi-tôt tombés en partage. Des manoeuvres se promenoient hardiment dans la galerie avec des montres à chaînes de brillans. D'autres, voleurs de profession, dégalonnoientles habits des gens du roi,faisoient main-basse sur la garde-robe, pilloient les étoffes , le linge , l'argenterie de table , les liqueurs , les bougies , les livres des bibliothèques , en un mot , tous les effets qui pouvoient s'emporter clandestinement : on brisa des vases de porcelaine du plus grand prix, pour en enlever les attaches.

Tandis que ces violences se commettoient,les héros en chef faisoient porter avec ostentation par leurs aides, les grands chandeliers d'argent de la chapelle , avec des plats d'argent et une bourse de cent louis , à l'assemblée , afin de faire disparaître jusqu'au moindre soupçon de spoliation.

Quoi qu'il en soit, cette journée of-

( 19» ) frit le tableau achevé de la destruction du trône du dernier roi des Français ; et en effet, si Ton peut comparer les petites choses aux grandes, un jeune Savoyard, debout au sommet de l'orgue de l'église, souflloit dans un tuyau le Dies irœ : on eût dit de l'ange trompette du jugement.

C'est après la tempête que Ton vient contempler ses ravages. Quand la réflexion remplace le premier effroi , combien Ton gémit à l'aspect de la nature bouleversée !

Que Ton se ligure donc ici ceux des citoyens paisibles que la curiosité avoit portés aux Tuileries, pour s'assurer si le château existoit encore : ilseiioient lentement, frappés d'une momie slu~ peur, le long de lit terras-e hérissée de débris de bouteilles. Ils ne pleuroieut pas ; ils sembloient pétrifié* , anéantis. Us reculoient d'hoireur à chaque pas, ; l'odeur et à l'aspect de ees Q&davres

( 199 ) sur les visages desquels vivoit encore ïa£ colère.

D'autres , plus stoïques, faisoient remarquer aux passans des nuées de mouches avides de sang, que la chaleur avoit attirées dans leurs larges blessures , et dans leurs yeux sortis de leurs orbites.

Cependant la populace fatiguée de cai^nage, succombant sous le poids des dépouilles, disparut avec le soleil , pour aller se livrer au repos. Si le lendemain elle retrouva sa raison, elle dut sentir aussi en punition , la pointe acérée des remords.

En ce jour, l'anarchie fît le premier essai de son effroyable toute-puissance, et préluda aux massacres de septembre.

L'assemblée législative pouvoitse couvrir d'une gloire immortelle, et mériter le titre de fondatrice de la liberté républicaine; au contraire, elle ne n h a, dans !<• moment dîiiu si beau triomphe sur la tyrannie royale, ni

sagesse , ni dignité , ni courage. Elle ne se présenta point aux assassins, aux brigands, aux démolisseurs; elle ne sut pas imiter l'Homme-Dieu, qui, dans une tempête , étendant majestueusement la main, commande aux vents et à la mer de s'appaiser. Elle laissa abuser de la victoire, une portion de scélérats , qui , dans la frénésie de l'ivresse, se crut seule la tête , le coeur et le bras de toute la France.

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