‹ Le Nouveau Paris (volume 4)Chapitre 6 sur 40 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

avilissement du Monarque*

On peut dire qu'en 1788 il y ayoit cinq à six rois en France. La reine étoit un roi, le gros Monsieur étoit un roi, tous se disputaient Pautorité du roi dans la nomination aux charges, aux places > aux emplois , aux bénélices , aux traitemens, Tous ces gens-là s'embarrassoient fort peu du roi et de la royauté. On pouvoit en juger par leur conduite et leurs procédés , et surtout par leurs propos. Je puis attester que Louis xvi étoit l'objet éternel de leurs railleries et de leur mépris. Les sarcasmes, le mensonge et la calomnie sont des traits qu'ils manioient avec une adresse qui leur étoit particulière} et certainement ils ont pu se vanter que, sons aucun règne, on ne porta jamais le talent de Pépigramme contre la per-

sonne du prince à un plus haut degré de perfection.

Lorsqu'elle eut bien avili l'idole , cette poignée de ci-devant privilégiés Lien sots , bien fripons et bien arrogans pour la plupart, s'imagina ou voulut faire croire que toutes les puissances de l'Europe dévoient s'armer pour défendre leurs places, leurs charges, leurs bénéfices , leurs traitemens et -toutes leurs belles grati lications. Ils furent ébahis de ce que la France ne vouloit plus être leur dupe.

Le gros Monsieur s'étoit mis à la tétô d'une bande qui portoit je ne sais plus quel cordon ; et tout ce qui n'étoit pas de cette bande, devoit être regardé comme les plus vils faquins de l'univers.

Cette haute noblesse méprisoit ouvertement Le roi , et songeoit à ressusciter l'antique gouvernement féodal.

Louis xvi en fui averti } è\ c'est ce qui le fit pencher vers le parti populaire*

( *y ) et ce qui le détermina à la convocation des états- généraux. Nous fûmes alors tellement enchevêtrés, qu'amis et ennemis de la révolution , chacun se trouva dans l'impuissance de reculer d'un pas sans le plus grand danger.

Touscesimportansprivilégiésavoient leur empire à part ; ils furent depuis appelés aristocrates , et par -tout ils étoient en guerre ouverte et contre le peuple et contre le souverain dont ils se moqnoient, qu'ils tourmentoient, qu'ils remontroient et qu'ils menaçoient même , quand tout n'alloit pas à leur fantaisie. Ils a voient même projeté d'enlever le roi et de le faire prisonnier ; et ils se tuèrent de dire qu'il étoit prisonnier. Enfin lorsque les décrets de l'assemblée nationale rendirent le roi seul puissant, ils publièrent dans leur libelle qu'on avoit détruit et avili son autorité. Ces aristocrates sans pudeur n'eurent jamais d'autre roi , ni d'autre patrie, que leur intérêt, leur orgueil, etleurvanilé.

La grande faute de Rassemblée nationale fut d'avoir voulu concilier des choses inconciliables. La couronne et la charrue gagnoient le plus à la constitution française. Les aristocrates dans leur fureur s'en prirent à toutes les couronnes , et voulurent les rendre responsables de l'insurrection générale de la France , tan dis qu'il est notoire qu'elle n'a jamais été contre le roi personnellement.

Les ennemis de la révolution ne se plaignoient de l'indiscipline des troupes de ligne , que parce qu'ils n'étoient pas Tenus cà bout de les employer à leurs desseins, et de faire éclater la guerre civile d'un bout du ro\ aume à l'autre.

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