‹ Le Nouveau Paris (volume 4)Chapitre 5 sur 40 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Explosion.

C'est Paris qui a fait la révolution , et c'est Paris qui l'a gâtée ; je dois l'envisager sous ce double rapport.

De toutes les révolutions i la notre fut la plus juste, la plus légitime, la plus impérieusement commandée par toutes les circonstances. Il falloit tuer la cour de Versailles, pour qu'elle ne nous tuât point.

La révolution s'est faite parce qu'elle devoit se faire, parce que la capitale étoit menacée par les satellites de la cour. L'immense population de la grande cité a réagi , et bien à temps ; ce fut le coup de queue de la baleine qui renverse l'esquif du harponeur.

Paris alloit être livré à toutes les horreurs d'une ville prise d'assaut; tout étoit trahison, perfidie du côté de la cour. On n'avoit voulu les états-généraux que pour rétablir les finances, payer les dettes qu'elle avoit occasionnées , et recommencer le lendemain sur de nouveaux frais. On s'étoit servi deNecker; et celui-ci, quoique placé bien près du mouvement, n'en pressentit point l'explosion. C'est qu'elle

(6) iTauroit pas eu lieu, si la cour n'eût pas médité et préparé les projets les plus sanguinaires et les plus féroces. La détermination prise le 1 1 juillet nous sauva. La cour n'avoit pas su calculer que tous les argentiers et les créanciers du ro3raume n'avoient confiance qu'au ministre Neeker, qui, mis en parallèle avec Calonne le déprédateur, jouissoit d'une grande estime. Les capitalistes tremblèrent pour leurs coffres. La rue Vivienne paya une partie du régiment des Gardes Françaises. La peur qui étoit bien fondée se propagea , tout s'arma en un instant, parce que chacun trembloitj les troupes de la cour qui dévoient tout exterminer, furentlentes cà entrer. Le prince Lambesc avoit daigne avertir la veille les Parisiens, en donnant aux Tuileries un coup de sabre à un vieillard, qu'on alloit leur distribuer des milliers de coups de sabre.

Ce bon patriote mérite toute notre reconnoissauce. Un boulet de canon cou-

(7 ) pa à propos la chaîne qui retenôit en l'air le pont levé de la bastille. C'est ce boulet de canon qui renversa le monarque et la monarchie. Je ris de pitié quand je vois une multitude d'écrivains vouloir assigner les causes de la révolution , en chercher les auteurs , et ignorer qu'en politique c'est un jour qui en enfante un autre ; que chaque jour est , ou peut être, une révolution nouvelle , ainsi que dans un tremblement de terre chaque commotion a une direction particulière , horizontale , verticale, diagonale, souvent opposée.

Un combat étoit engagé entre la cour et le peuple de Paris j mais de là à ce qui en est résulté, il y a eu une série d'événemens qui tous font, pour ainsi dire > de chacun d'eux une révolution particulière.

La manie de parler, la rage d'écrire ont enfanté une foule de pamphlets , où Marat et Robespierre, quoique décidés révolutionnaires , ne se ressemblent pa^

(8 ) plus que Mallet du Pan et Rivarol dans leurs idées contre -révolutionnaires.

Le papier se laisse écrire. On pourroit croire un jour que tout ce qui a été écrit, n'est qu'un roman sépulcral; mais la mobilité , la singularité, le terrible , et le comique des événemens, tout prouve qu'ils sont nés les uns des autres, qu'ils n'ont point eu la même origine, la même boussole , la même direction, qu'ils ont été imprévus, subits , qu'ils ont étonné l'observateur le plus fin , le plus exercé. Le ferment qui lit lever cette pâte immense, est d'une espèce encore inconnue ; les lamentations éternelles de l'un prouvent qu'il n'a connu ni la Teille ni le lendemain , et les déclamations de l'autre annoncent son ignorance en ce qu'il n'a jamais vu les engrenures.

Il est donc impossible de déterminer les causes de ce phénomène politique.

Ce grand volcan auroit pu dormir encore long temps; il s'est embrasé, il

(9) s'est éteint , il s'est rallumé. Les écrivains ont voulu que les laves coulassent d'un côté plutôt que d'un autre 5 ces laves ont emporté le journaliste et sa plume.

Sans doute le parti étranger a joué un très-grand rôle parmi nous. Le ministère britannique n'a pas voulu qu'on reprochât aux seuls Anglais d'avoir coupé la tête à leur roi. Après avoir fait signer à ce monarque inepte et fallacieux le traité de Pilnitz ', le ministère britannique a voulu que la mort de Louis xvi fût le signal du déchirement et du démembrement de la France continentale et de ses colonies. Il en fut tout autrement. Ce fut l'échafaud dressé qui écarta à jamais le trône, et qui rendit tous les Français comme solidaires de la sentence qui avoit été prononcée ; audace , justice ou cruauté, la nation entière fut liée dès cet instant à une république. Ce fut la haine, l'animosité du cabinet britannique ; ce fut

( io) l'accueil qu'il accorda à tous les rebelles et aux traîtres déchaînés contre leur patrie; ce furent les guinées qui, en alimentant successivement toutes les factions , leur donnèrent cette force et cette énergie qui finirent par aboutir à un seul point, la destruction de toutes les formes monarchiques, le renversement de ce qui avoit été.

C'est en voulant détruire sans ressource le crédit et la dernière espérance des républicains , que Pitt a ébranlé la banque anglaise j son or est chez nous.

Pitt a ouvert la bouche d'un Mallet du Pan et d'un Rivarol ; il en est sorti les imputations les plus absurdes, les calomnies les plus risiblement audacieuses, les raisonnemens les plus faux tt les plus contradictoires. Ce genre d'exterminations a fait douter si Pitt étoit un homme à talens ; sa haine trop ardente, trop aveugle, lui a fait immoler riiumanité entière à son gouver-

( tf )

nement ; il étoit donc impossible que la France ne déployât pas alors toute son énergie. Brissot le sentit, et vit qu'il falloit aller au-devant de ces attentats voilés, étonner Pitt, et soulever la nation entière contre son ennemi éternel.

Brissot écrivit le premier contre les compagnies d'assurance , et contre l'agiotage en général. Il attaqua ce détestable jeu de la hausse et de la baisse. Il dénonça le comité autrichien , et fit publiquement l'aveu qu'il avoit été quelque temps trompé par lui. Son rapport sur les hostilités du roi d'Angleterre et du stathouder des Provinces- Unies, et sur la nécessité de déclarer que la république française est en guerre avec eux, est un monument historique* Il vit pleuvoir sur lui une foule de libelles, qui disoient aussi que les bri-~ gands anarchistes surent le distinguer comme étant leur ennemi. Ce déchaînement contre l'homme simple et ferme . . . Allons 5 c'est assez qu'il avoit déjà dit

des vérités qui lui survivront , deô vérités qui fai soient pâlir d'effroi les désorganisateurs, les provocateurs à l'assassinat , à la dissolution de la convention nationale ; et c'est son généreux défenseur qui a été abandonné par elle. Il parloit des mesures qui pouvoient affermir l'indépendance du corps législatif dans quelque ville que ce fût, et l'on créa la fable du fédéralisme pour étouffer sa voix et celle des véritables amis de la liberté de la France. C'est avec des mots chimériques qu'on les a traînés sur les échafauds, et la France entière n'a pas su reconnoître les vertueux députés, de ceux qui ne se distinguoient que par des hurlemens et des vociférations en chorus. La fatale députation de Paris lança une foule de misérables stipendiés pour assiéger le sénat, et son avilissement fut celui de la nation.

11 répandit son sang sous la hache deb bourreaux, celui qui avoit écrit la

Théorie des Loix criminelles y ouvrage rempli de connoissanees, où la chaleur de -l'humanité se fait sentir, où l'on découvre une foule de vues utiles. C'est en relevant les doctes erreurs des jurisconsultes, qu'il y trace un plan fort raisonnable de procédures criminelles. Cet ouvrage étoit fait pour hâter les progrès de la raison et amener la réforme de nos abominables loix criminelles.

Hélas ! devoit-on penser que Ton yerroit naître un tribunal plus odieux, plus inconcevable que tous les tribunaux de sang qui ont couvert le monde?

Ce contraste de l'auteur et de ses juges, qu'il n'avoit pas même apperçu en idée dans tout le cours de son ouvrage , rend le livre plus curieux et plus intéressant. Tous les écrits de Brissot portent l'empreinte d'une ame pure, et l'on ne doit pas s'étonner s'il fut lié d'amitié avec Roland , cet homme intègre , qui fut calomnié comme lui. Son épouse, cette femme extraordinaire, qui partageoit

( i4 ) les travaux de son époux , et qui soutenoit ses vertus , donfia à Brissot ces marques touchantes d'estime et d'amitié qu'on aimoit à recueillir auprès d'elle.

Ce fut la perfidie astucieuse et profonde du cabinet britannique , trompé dans sa fureur , qui fit agir si soudainement Brissot, et a fait dépasser à la république ses anciennes frontières.

La révolution auroit pu s'arrêter le 18 juillet, après que Louis xvi eut pris et baisé la cocarde nationale sur le balcon de l'hôtel de ville; mais Pitt et ses complices avoient besoin de toutes les horreurs délirantes dont la France a été le théâtre. Il fit recommencer la révolution ; il paya tous les hommes pervers qui tenoient le sabre ou la plume ; il envoya de tous côtés ses émissaires ; il commanda à Paris la journée du io mars, du 3i mai, du 5 octobre 1795.

Cette dernière sur-tout lui fut chère en

( i5) ce qu'elle décidoit la perte des plus zélés et des plus purs républicains , des girondins 5 en ce qu'elle- menaçoit la tête de soixante-treize représentans du peuple vraiment courageux , qui dénonçoient au département les erreurs de leurs collègues et les trames impies de l'étranger,. Pitt se réjouissoit devoir la convention caresser ses complices y et punir ses ennemis. 11 jeta des monceaux de bitume dans le foyer brûlant , fit encore les soulèvemens successifs de germinal et prairial an%3, et n'ayant que des demisuccès , il tenta l'audacieuse et désespérée conspiration de vendémiaire :

mais le canon tua ce jour-là les royalistes; peu lui importait, pourvu que le sang français coulât.

Après avoir abusé les rois de l'Europe et trompé les émigrés, il osa envoyer au corps législatif ces rebelles, ces hommes sans pudeur , ces royalistes déhontés qui obligèrent la main du gouvernement à trancher subitement dans le vif>

( i6) dans les deux conseils, et jusques dans le sein même du directoire.

Immortelle journée du 18 fructidor!

c'est ta clémence qui a montré ton pouvoir, et tu devois être le dernier jour de la révolution.

Mais non ! la cour de Vienne perpétuellement trompée, menace encore la république, et ajoute foi à la possibilité d'un horrible bouleversement. Il falloit bien compter sur l'aveu glement de l'Europe , sur son ignorance quant à ses véritables intérêts.

Tous ces efforts contre la France mettent à nu la foiblesse d'un gouvernement ennemi. Il se trouve isolé ; ce n'est plus qu'une puissance du troisième ordre ; sa position géographique a surpris une sorte d'admiration qui va cesser. Les infidèles ministres d'un peuple qu'on a rendu insolent, et qu'on a élevé dans l'arrogance, entendent de loin le bruit de cette tempête que l'indignation a soulevée contre eux. Voici le terme

(17) de leur charlatanisme, voici le moment où le pied du Français débarquant sur leurs côtes va ordonner rabaissement de leur usurpation, et rendre à toute société politique ses droits violés. En châtiant ces insulaires , le repos du monde est assuré , et la liberté visitera des peuples nés pour £lle.

( i8) CHAPITRE I I L

Erreur capitale.

Notre ancien gouvernement étoit despotique , avilissant : nous Pavons renversé dans l'accès d'un généreux enthousiasme ; mais nous avons confondu ce qu'il falloit détruire avec ce qu'il eût fallu conserver, ce qui tenoit au despotisme avec ce qui pou voit s'allier à toutes les formes de gouvernement : on a voulu faire de nous des hommes entièrement nouveaux, et l'on n'en a presque fait que des sauvages.

A force de créer et de détruire , de s'écarter des idées reçues, on n'a plus su sur quelles bases se fixer. Pour proscrire la superstition, on anéantit tout sentiment religieux ; ce n'étoit point là régénérer la terre : au milieu de ce désordre, de cette anarchie morale, tâchons de serrer un fil qui puisse nous

guider. Le but de ces terribles innovateurs étoit de substituer l'amour de la patrie à tout le reste : sans doute l'amour de la patrie doit être la base des vertus républicaines ; mais pour aimer sa patrie, il faut y trouver le bonheur. Cet amour de la patrie, qui doit enflammer le républicain , ce n'est pas seulement cet instinct qui attache l'homme au sol qui l'a vu naître , qui lui rend cher l'arbre qui abritoit la cabane où fut placé son berceau. Le républicain embrasse dans ses affections tous les hommes qui l'environnent : tous ses concitoyens lui sont chers ; il leur est lié par une espèce de consanguinité patriotique.

En conscience, nous ne pouvions % dans ce renouvellement de choses, embrasser et chérir la noblesse française j c'étoit, en quelque sorte, des castes orgueilleuses comme les bonzes, les gymnosophistes de l'Inde, plus occupées à différer du vulgaire qu'à lui être utiles.

( 20) La noblesse dut voir que le monde est condamné à de perpétuelles convul-sions. Les empires s'écroulent, les peuples disparoissent. Des barbares sortent des forêts, subjuguent les nations amollies par le luxe , les arts et la jouissance : les erreurs des folies , des violences composent dans tous les siècles et dans tous les pays l'histoire de l'espèce humaine. A entendre tous les cris douloureux jetés contre la révolution , on eût dit que le Parisien n'avoit jamais lu l'hjstoire, ou qu'il s'étoit cru un être privilégié , à jamais exempt de ces calamités anciennes qui ne dévoient plus figurer que sur des pages muettes ; c'est ainsi qu'on lit des livres de médecine en pleine santé, et que l'on s'étonne, qu'on s'afflige, qu'on gémit de la maladie qui vient nous frapper, comme si elle ne devoit appartenir qu'aux autres. L'enfant qui bat la table contre laquelle il s'est blessé n'est qu'une foible image de la déraison parisienne, accusant toute la nature,

tous les hommes , tous les événemens des maux politiques dont sa ville fut le centre. Le Parisien n'avoitpuimaginer ce qui étoit arrivé ; il crut que c'étoit un fléau unique, uniquement créé, arrangé, préparé contre lui , et le langage de sa douleur donna dans de tels excès, qu'il en devint plaisant et comique, car ç'étoit un mélange incroyable , et touf ce que l'esprit et la sottise pouvoient rassembler de plus neuf.

On se mit à dépouiller l'histoire ancienne et moderne ; et tout ce qui pouvoit avoir trait aux événemens du jour fut saisi comme prédiction, prophétie. Tous les livres qui portoient pour titre , Révolution , furent achetés , enlevés ; des éditions qui pourrissoient dans les magasins du libraire, virent le jour, et l'on n'entendoit plus que des voix qui demandoient à tous les bouquinistes : Donnez-moi l'histoire d'unQ révolution !

Ainsi Ton peut savoir quelle sera 1$

( 22 ) destinée de tel livre , lorsqu'après avoir été oublié et dédaigné pendant plus de cent cinquante ans, il vient à être lu, recherché, et à obtenir les honneurs de la reliure dans une bibliothèque. Aux ventes , l'on entendoit toutes ces paroles : A moi les Révolutions romaines, celles d'Italie, de Suède. Des libraires, pour vendre des bouquins, firent de faux titres, et, sur la simple étiquette, on donnoit son argent. Toutes ces lectures ne firent ni du noble ni du roturier un être patient ; ils prétendirent ■qu'ils auroient dû être inaccessibles à ces coups du sort, et ils chargèrent d'imprécations tout ce qui n'avoit pas su prévoir ou empêcher la chute de leurs privilèges. L'abbé Maury, leur avocat, et qui, par son imprudente et excessive confiance en un vain ramage de paroles, leur avoit fait plus de mal que de bien, fut enveloppé dans la disgrâce de leur réprobation; ils ne s'intéressèrent ni à lui , ni à son frère lorsqu'il périt sur

iin échafaud. Tout ce que le genre déclamateur a de singulier, de curieux, tant en véhémence qu'en extravagance, passa dans les conversations et dans les brochures, et produisit une cataracte bruyante de phrases inutiles. Le style de Mallet du Pan fit tapage avec celui de Durosoy (i) et de Barruel-Beauvert, et tout ce son enflé, continu, monotone, tomba dans les abîmes de l'oubli et delà dérision.

C'est pour avoir mis presque tous les personnages de la révolution sur la même ligne j c'est pour n'avoir point su distinguer Condorcet de Marat , et Brissot de Robespierre, que le journalisme effronté a recueilli tout le mépris qu'il méritoit ; c'est en niant la vertu des représentans fidèles, qu'on a enhardi le montagnard féroce, et cet être au-dessous même du médiocre, tant du

(1) Guillotiné au 25 août , il dit que le plus beau jour d'un royaliste étoit de mourir le jour de la fête de Saint-Louis.

côté des talens et des moyens, que du côté des vertus patriotiques et des qualités personnelles, cet homme sans couleur et sans physionomie , ce nain appelé Robespierre , qui aveugloit les gueux et les sans-culottes. Les invectives grossières versées sur le parti de la Gironde, cet acharnement contre des hommes irréprochables, ces dénominations absurdes àJ hommes du marais changés en crapauds , ont fait les Collot-d'Herbois , les Carrier , les Lebon et autres de cette espèce. Les ennemis de la révolution crurent tout gagner en chargeant d'injures les brissotins, les girondins, les rolandins ; ce sont eux qui ont dressé les échafauds, parce que la convention nationale, opprimée et avilie pendant deux années entières à la suite d'une démarche plus imprudente encore qu'insolente, n'a pu ressaisir sa considération qu'après avoir i\r horriblement mutilée. Le Parisien a payé cher le mépris qu'il osa manifester

fester contre des hommes intégres et vertueux : la nation entière fut trompée par lui, par tous ces pamphlets infâmes qu'il accueilloit et qu'il répandort Le parti de la montagne, qui étoit loin alors de subjuguer toute la France et de la tromper, prit un ascendant, parce que Terreur la plus déplorable avoit outragé tous les représentais qui avoient des lumières , de la raison et de la philosophie. Si le peuple avoit eu le bon esprit de reconnoître les députés qui joignoient la fermeté à la prudence et le courage à la sagesse , qui , pénétrés de leur devoir sacré , s'étoient réunis pour abattre la double faction, il n'auroit pas ouvert une voie large aux anarchistes, aux terroristes, aux buveurs de sang : il n'auroit pas été puni de sa longue et inconcevable méprise. Mais falloit-il marcher contre la convention nationale? Il étoit toujours tout prêt.

Qui le croiroit? A la suite de tous ces écrits virulens, qui otoient à chaque Tome L B

représentant du peuple ou son mérite ou sa vertu , c'étoit alors la mode de courir sus aux députés, de les menacer. Je puis attester qu'on regardoit comme un jeu l'assassinat d'un représentant, que la langue ou la plume les perçoit incessamment, et que dans aucun temps et chez aucun peuple, l'opinion ne fut plus erronée, plus malheureuse, plus destructive de ce lien qui devoit unir la représentation nationale à la cite qu'elle habitoit. Voilà l'origine de tout le sang versé : à force d'injurier tout ce qui étoit probe, honnête et courageux, nul n'eut plus de droit à l'estime publique; le plus vertueux devint le plus ibible , et les scélérats et les voleurs s'emparèrent de l'autorité. Tu le voulus , Parisien , tu le voulus ; relis ta nomination , et juge-toi toi-même*

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