Le Nouveau Paris
JIjst-ce Lien le même individu, couronné et sacré à Reims , monté sur une estrade , environné de tous les grands , tous à ses genoux , salué de mille acclamations, presqu'adoré comme un Dieu ; dont le regard , la voix et le geste étoient autant de commande— mens ; rassasié de respects, d'honneurs et de jouissances , enfin séparé, pour ainsi dire, de l'espèce humaine; est-ce hien le même homme que je vois bousculé par quatre valets de bourreau , déshabillé de force, dont le tambour étouffe la voix, garrotté aune planche, se débattant encore; et recevant si mal le coup de la guillotine , qu'il n'eut pas le col , mais l'occiput et la mâchoire horriblement coupés.
Son sang coule ; les cris de joie de' Tome III. A
quatre-vingt mille hommes armés ont frappé les airs et mon oreille ; ils se répètent le long des quais ; je vois les écoliers des Quatre-Nations qui élèvent leurs chapeaux en l'air : son sang coule ; c'est à qui y trempera le bout de son doigt , une plume , un morceau de papier 5 l'un le goûte, et dit : 22 est bougrement salé ! Un bourreau sur le bord de l'échafaud , vend et distribue des petits paquets de ses cheveux 5 on achète le cordon qui les retenoit; chacun emporte un petit fragment de sesvètemens ou un vestige sanglant de cette scène tragique. J'ai vu dénier tout le peuple se tenant sous le bras , riant , causant familièrement , comme lorsqu'on revient d'une fête.
Aucune altération n'étoit sur les visages ; et l'on a menti , lorsqu'on a imprimé que la stupeur régnoit dans la ville. Cène fut que quelques jours après que la réflexion , et je ne sais quel crainte inquiète de l'avenir, jetèrent
( 3 ) des nuages dans les sociétés particulières. Le jour du supplice ne fit aucune impression ; les spectacles s'ouvrirent comme de coutume ; les cabarets, du côté de la place ensanglantée , vidèrent leurs brocs comme à l'ordinaire 5 on cria les gâteaux et les petits pâtés autour du corps décapité : il fut mis , comme un autre criminel , dans le panier d'osier, conduit au cimetière de la Magdelaine , où il reçut une ample dose de chaux vive qui le calcina de manière qu'il seroit impossible à tout l'or des potentats de l'Europe , de faire la plus petite relique de ses restes.
Ce fut le ministre de la justice qui lui annonça et lui lut le décret de mort. Il paroît que Louis xvi eut quelque espoir jusqu'au dernier moment, car il es4 certain qu'il s'emporta et qu'il livra une espèce de combat à ses six bourreaux ; il parla assez long-temps et assez hautement.
On prétend que ce fut le comédien
(4) Dugazon qui prévint le commandement de Santerre 9 et ordonna , comme émané du chef, le roulement de tambour. La religion semble aussi l'avoir affermi dans cet horrible passage du trône à l'échafaud ; et les paroles du confesseur furent sublimes : si liez , fils de saint Louis > montez au ciel !
A un certain point de. vue de hauteur , les trônes ne sont que des monticules ; et la mort d'un roi sur l'échafaud n'est point de ces événemens qui troublent l'ordre physique , ou qui puissent interrompre une des moindres loix de la nature , encore moins la marche des choses d'ici-bas. Louis xvi pouvoit mourir d'une mort plus douloureuse encore; mais les hommes, en renversant une idole, sont encore effrayés eux-mêmes des coups qu'ils lui portent; et nous sommes tous plus ou moins semblables au statuaire qui tomba à genoux devant son propre ouvrage.
Ce que je puis attester 3 c'est que cinq
(5) à six jours après le supplice, la plupart des législateurs qui avoient voté la mort furent comme effrayés de ce qu'ils avoient fait ; ils se regarcloient l'un l'autre avec étonnement ; ils éprouvoient une sorte de crainte intérieure, qui , chez quelques-uns , ressembloit au repentir. Tantôt ils recherchoient , tantôt ils évitoient ceux qui avoient été de Pavis contraire 5 ils n'osoient les interroger. Je me souviens très -bien qu'ils se groupoient, qu'ils se parloient entre eux , et que notre approche les embarr assoit.
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à cette époque , une séparation presque absolue s'établit entre ceux qui avoient ou n'av oient pas voté la mort ; que les inimitiés s'enflammèrent , que les haines s'accrurent , que les reproches voilés ou connus prirent un caractère effrayant , et qu'enfin le supplice de Louis xvi menaçoit tous ceux qui avoient voulu l'en préserver.
Ces menaces insolentes et téméraires firent sortir de nos bouches des vérités tardives , mais foudroyantes. Nous ne gardâmes plus de ménagemens pour des îiommes nos égaux, qui osoient nous appeler des êtres pusillanimes , nous injurier , nous dévouer aux fureurs de la populace \ il n'y eut plus rien de commun entre nous , parce qu'ils ne voulurent pas nous passer notre opinion.
C'est parce qu'ils avoient fait tomber 3a tête de Louis xvi qu'ils s'enhardirent à faire tomber sur la même place, celle de leurs collègues. Ce fut un délire de fureur, de vengeance et de rage ; et je crois qu'il y entroit beaucoup plus de terreur pour eux-mêmes, que de répu*« biicanisme.
Enfin j'ai démêlé dans plusieurs un remords profond. Desacy, homme doux, probe et modeste, ayant des connoissances historiques, en est mort de chagrin. Eh ! voilà les hommes ! ils sont mus , entraînés à leur insu 5 ils cèdent
( 7 ) aux passions d'autrui , ils n'osent ayoir leur avis ; et il y en a bien peu qui sachent garder leur caractère , lorsque tout menace , frémit et s'ébranle autour d'eux.
Tous les girondins furent affligés d'avoir usé d'une finesse inutile ,. ils sp repentirent de la fausse route qu'ils avoient prise pour leur appel au peuple. Ils virent que leurs adversaires se métamorphosoient en tigres pour les déchirer. Ils n ^eurent pas ce courage qui va au-devant des dangers, et les défie. Ils crurent aux lumières, à la sagesse de la nation, à sa force qui se réveil* 1 croient en leur faveur. La nation indécise et se partageant elle-même sur ce grand événement , ne savoit qui condamner ou absoudre ; elle abandonna également à leur propre destinée les divers partis de la convention nationale -y et elle en attendit les résultats dans une sorte d'apathie vraiment inconcevable , et qui lui fut funeste.
'( 8 ) Certes la reine ne jouissoit ni de l'estime-ni de l'affection publique. L'histoire récente du collier, son amour désordonné pour l'empereur son frère, sa liaine présumée pour la France, ne lui concilioient point les respects du peuple. On se rappeloit son arrivée dans les cours de Versailles, qui avoit été signalée par un grand coup de tonnerre, et .trois mille infortunés étouffés à la place de Louis xv au milieu des réjouissances de son mariage, à cette même place qu'elle devoit ^Ile-même ensanglanter ; l'acte de corhédienne trop répété , celui de montrer son fils au peuple, d'en faire son égide, de le traiter comme son roi : ce mouvement emprunté de nos tragédies , devint ridicule , sur-tout depuis qu'après ses manières,sa pétulance, ses courses nocturnes , elle eut fourni des armes à la médisance ou à la calomnie,, et qu'on se fut accou^ tumé à regarder le petit prince comme le fruit de ses débauches. On ne parloit
(9) que de ses dérégie mens : ils furent tels , vrais ou supposés , que ce ne fut qu'à cette époque que l'on parla publiquement d'un vice presqu'inconnu , qui n'avoit point de nom dans notrelangue, et dont pour comble d'horreur son exemple sembloit éteindre le scandale.
L'histoire dira ce qui précipita le supplice de la reine 5 je n'en counois point les détails :. mais je suis autorisé à croire que les auteurs de la mort de Louis xvi , menacés dans leur existence , réagirent avec audace, et voulurent faire croire à leurs ennemis qu'ils n'avoientpas peur, et qu'ils pouvoient les braver. La peur a joué un si grand rolc dans notre révolution, son autel fut si large , qu'on attribua souvent à la politique, à l'ambition, à des vues pro-^ fondes , ce qui ne fut fait que pour étourdir un adversaire, et le frapper lui-même de crainte et de terreur 5 efc ce qui sert à le prouver , c'est que la soeur du roi, qui n'avoit d'autre crime
( io )
que celui de sa naissance (pour parler le langage du temps ) , ne fut pas épargnée , et qu'il est impossible d'imaginer aujourd'hui quels purent être les motifs d'une pareille exécution.
Braver les têtes couronnées , les humilier, rendre toute réconciliation impossible , attacher la nation entière à la révolution en l'attachant à ses excès : voilà quel fut le but de ceux qui voulurent gouverner. Ce qui sauva la fille du Toi , idolâtre de son père qu'elle vit aller à l'échafaud ( tandis qu'elle ignora long-temps que sa mère avoit eu le même sort), ce fut moins sa jeunesse que l'espérance confuse de Robespierre d'arriver par elle à un rang qui n'avoit point alors de nom, mais auquel lui et son parti auroient su en donner un.
Le chimérique., l'incroyable , se calculoient alors comme les choses ordinaires et possibles.
Le dauphin de France ( car c'est le titre qui appartenoit jadis à l'héritier
présomptif de la couronne) a voit reçu de l'assemblée nationale constituante , qui détermina le sort du trône , le titre de prince royal. Il étoit prisonnier au Temple -, et là sa mère reprenant l'ancienne étiquette de la cour , et relisant Suétone, affectoit de traiter cet enfant avectoutlerespectdtiaunmonarque.il étoit considéré comme Louis xvn dans sa famille au cachot (pauvre orgueil humain), tandis que les révoltés de la Vendée le proclamoient sous cette qualité , et que tous leurs actes se faisoient en son nom. Cet enfant a voit six ans et quelques mois quand les portes du Temple s'ouvrirent pour le recevoir ; elles s'étoient refermées sur lui pour jamais. La commune lui avoit donné pour gouverneur, instituteur et précepteur, un savetier nommé Simon ; tout son soin étoit de lui désapprendre à être roi, ou à faire le roi. Il lui apprenoit à jurer , à maudire son père, à traiter sa mère de p, . ,, à chanter la car-
magnoïe et à crier vive les sans-culottes l et ce qui prouve les progrès de cette neuve éducation, c'est le rôle qu'on lit jouer à cet enfant dans le procès de sa mère. Il fut dressé procès-verbal de ses déclarations (procès-verbal monstrueux ! Mais qu'y a voit-il d'inconcevable dans ce temps-là) , d'où il parois-
soit résulter je frissonne en écrivant
<;es lignes... que Marie-Antoinette avoit essayé de tirer de son fils des ressources que le libertinage ne lui faisoit pas trouver dans sa prison. A cette épouvantable imputation a Marie- An toi nette répondit en mère outragée ces mots pleins d'une noble fierté : Cela ri 'est point ; et j'interpelle ici toutes les mères présentes ; qu'elles disent si cela est possible; et la douleur la suffoqua.
L'enfant devint comme hébété et mourut au Temple des suites d'une humeur scrophuleuse qui l'étouffa. Il ne fut point empoisonné. Lié d'amitié depuis trente- cinq ans avec le chirur--
gien qui fit l'ouverture du corps et dressa procès- verbal , j'atteste que c'est 1 "homme du monde le plus incapable de signer autre chose que la vérité.
Les deux frères de Louis xvi aur oient mis leurs tètes sons le rasoir national ( pour me servir du terme plaisant que l'on donnoit à l'horrible instrument du supplice ) , sans leur prudente et heureuse fuite. Leur nièce ne fut conservée que pour servir d'échange aux quatre députés que la basse trahison de l'infâme Dumouriez avoit livrés à l'ennemi ; et la tête de Drouet en danger faisoit respecter celle de la princesse autrichienne ; on ne lui donnoit pas d'autre nom.
La reine ne perdit point la veille ni le jour de son supplice, la passion et l'instinct d'une femme : elle repassa soigneusement son bonnet, fit sa toilette avec le même goût , et dans un genre de simplicité.' Elle disoit, sur son lit de sangle, aux gendarmes qui n'étoient
séparés d'elle que par un paravent :
Croyez-vous que le peuple me laissera aller à l'ëchafaud , sans me mettre en pièces? et le gendarme répondoit : V^ous parviendrez à ly échafaud > madame y sans qu'il vous soit fait aucun mal* Elle n'eut point de voiture ; elle fut conduite en charrette, comme l'épouse de Roland j elle n'eut point son stoïcisme. Le peuple la vit passer avec 'une indifférence qui tenoit beaucoup du mépris, et que sa conduite avoit inspirée. Lorsqu'elle fut en face du Palaisroyal > elle ne put dompter un signe d'indignation : c'étoit de ce palais qu'étoit sorti son épouvantable revers. Elle tombs évanouie sur l'échafaud ; tous les spectateurs furent aussi tranquilles que si c'eût été une victime ordinaire. Il n'y eut ni propos insultans , ni outrages, ni larmes , ni regrets.
On dit qu'un poète russe fait des tragédies sur tous ces personnages détrônés: x'est ainsi qu'il fa ut trois mille ans;ou une
( »5 ) grande distance de lieues, pour agrandir et pathétiser ce qui de près et sous nos veux n'inspira que des émotions fugitives et légères.
Mais le brillant comte d'Artois, jeune écervelé, marié à tous les plaisirs, qui pour toute littérature savoit la Pucelle par coeur, que dit-il, que pense-t-il de tous ces revers? Lorsqu'il étoit abandonné à toutes les voluptés, et que la royauté ne sembloit être faite que pour protéger ses goûts et les payer, soupçonnoit-il, comme on dit, son étoile ? Se sou» Yient-il du jour où il tournoit tout Paris à cheval, pour visiter les portes par où les troupes dévoient entrer pour saccager la ville ? A-t-il oublié le moment où les Gardes-Françaises ne sembloient attendre pour mettre bas les armes, que l'ordre qu'il leur donna de faire feu sur le peuple ? Tant il étoit estimé et chéri !
Qu'a-t-il fait au-delà du Rhin ? De quelle gloire s'est-il couvert? Qu'a-t-il
( i6) fait pour toute cette aristocratie dont il est le digne chef ? Quel dédommagement offre-t-il aux émigrés? Est-ce d'après son plan qu'on envoya à la destruction la meilleure partie d'un corps qui vint dernièrement se faire fusiller à Quiberon , d'un côté par les Français qui défendoient leur république , et de l'autre parles Anglais eux-mêmes qui venoient de vomir ces émigrés sur la côte.
La principale cause de la ruine de la cour , ce fut sans doute ce comte d'Artois : sa fierté déplaisoit à tout le monde. Il avoit introduit en France toutes ces manies anglaises qui avoient métamorphosé nos princes en autant de Jokeis ; ses prodigalités encourageoient celles de la reine ; on blâmoit leurs liaisons; et leurs dilapidations communes faisoient dire que le trésor public étoit aupillage.EnefFet,lesrevenusducomte d'Artois ne suffisant point à ses dépenses, le roi avoit plusieurs fois payé ses dettes, toujours renouvelées, et il en
( 17 ) restoit encore plusieurs millions à son départ. Mais il est à remarquer que JMonsieur , qui étoit aussi économe que son frère étoit prodigue, se faisoit toujours donner , pour ajouter à son trésor, l'équivalent de ce que M. d'Artois recevoit pour alimenter ses créanciers.
Les yi cilles tantes du roi , comme animées d'un esprit de divination ^insistèrent tant pour sortir de France , qu'elles y parvinrent enfin. Arrêtées à quelques lieues de Paris, elles surent franchir le pas. Il est très- vraisemblable que le plan de décampement ayant été arrêté pour toute la famille royale, elles n'avoient fait que prendre les devants. Elles allèrent donc à Rome , trouver le pape et l'abbé Maury , le grand inventeur de rémigration. Mais voici que les troupes françaises, au moment que j'écris, entrent à Rome comme de plain pied , que nos soldats plantent le drapeau tricolor sur les murs du Capitole, et qu'ils disent aux ombres de Caton , de Brutus
et de Pompée : Réj ouïssez- vous , votre république est ressuscitée.
On n'a pas fait assez d'attention dans le temps à la mort de Choiseul, lorsqu'il alloit rentrer dans le ministère, ou plutôt être le seul ministre. Cet événement priva la caste vampirique d'un protecteur ardent et adroit ; il eût soutenu l'aristocratie ; et si les nobles ont osé menacer nos frontières , s'unir à Léopold et à François 11 , s'armer contre la patrie d'un fer sacrilège, lever des troupes , traiter avec des puissances étrangères, donner à un de leurs complices le titre de Régent du royaume, que n'eussent-ils pas fait, ayant pour roi un Choiseul qui leur auroit soumis le monarque.
Il faut l'avouer , Versailles qui vouloit faire contre-poids, étoit devenu le jouet de Paris ; mais l'imagination aura peine à se figurer la gaîté folle , la turbulence, l'ivresse bouffonne du Parisien allant chercher à la cour le boulanger ,
(19) la boulangère et le petit mitron ; c'étoif ainsi qu'il appeloit la famille royale.
Deux cent mille hommes sur les routes, riant, hurlant, dansant, vociférant, disant on V amène ; chaque soldat tenant sous le bras une fille publique; les harangéres assises sur les canons, d'autres mettant sur leurs têtes les bonnets de grenadiers ; les tonneaux de vin près les barils de poudre ; des branches verdoyantes dans le canon des fusils; I'alégresse, les cris, les clameurs, l'image des anciennes saturnales , rien ne saur oit peindre ce cortège qui entraînoit le monarque. Jamais soliveau ne fut balotté dans le marais des grenouilles de telle manière : les nobles cachés dans la foule, animoient ce tumulte, et jouissoient de la confusion du chef qu'ils comptoient bientôt remplacer.
Il en fut de même lorsqu'on le ramena de Varennes ; on eût dit que c'étoit l'institution d'une fête annuelle pour
se réjouir aux dépens de la cour. Le] Parisien ? selon sa propre expression , se faisoit une farce de ces jours tumultueux , où l'extrême licence avoit m tel caractère d'originalité et de folie qu'on auroit eu peine à lui trouver un nom.
On eût dit du roi de la Bazoche que l'on promenoit, que l'on environnoit, au lieu du descendant de Louis xiv 5 tous les esprits étoient désenchantés , et comme il n'y avoit plus la moindre ombre de respect, ce n'étoit qu'une orgie journellement plaisante au milieu des événemens politiques les plus graves. Terrible gaîté du Parisien ! vous êtes plus dangereuse que ses fureurs.
La familiarité populacière qui embrassa le boulanger et le petit mitron, fit plus encore pour la révolution , que les piques , les faulx , et les croissans emmanchés au bout des longs bâtons.
Aristote a défini l'homme un animal risible ; mais on ne peut pas imaginer
à quel point il Test et peut le devenir ^ si l'on n'a point vu ces scènes faceyeuses , ces imaginations burlesques, 3es fantasques délires de l'extravagance' lui annonçaient un peuple subitement icencié, et voulant réparer dans un ^ our la pénible contrainte où il avoit ;émi pendant plusieurs siècles; et l'on >eut m'en croire h tous les spectateurs, •omme assistant à une nouveauté inouie, ■artageoient la bruyante alégresse de i multitude , et ses marottes. Momus gitoit donc tous ses grelots dans cette nmense ville. On donne dans les spéciales la farce après la tragédie; mais a c'était la farce qui précédoit les :ènes tragiques.
Ainsi la chute de la famille royale it amenée par une foule d'accessoires, ijourd'hui oubliés, mais qui diront à listorien que les plus grandes catasophes ne s'opèrent pas d'un seul coup
brusquement.
Quelle époque en résulte pour les
races futures l Nos armes victorieuses ressuscitent la république romaine ; les tantes du roi , qui s'étoient réfugiées près du Vatican comme dans un lieu 6ur et tranquille, sont obligées de fuir \ la coalition des rois est punie dans l'idole papale ; elle perd son trône qui contrastoit si ridiculement avec celui des Césars 5 l'ancien distributeur de cou I ronnesn'a plus de couronne : ce jongleur révéré , que la crédulité et la superstition encensoient , moteur des trouble* de l'univers , qui divisoit à la fois le.» empires et les familles , auteur de tan de maux commis au nom de la religion, tour-à-tour perfide, cruel, astu cieux; ennemi éternel des lumières impertinent vendeur d'indulgences, h pape voit le mépris dissoudre sa puissance : ses cardinaux sont les premier:
à chanter l'hymne qui célèbre Rom< rendue à son antique liberté. Sortez d< vos tombeaux, grands hommes qui ave; fait la gloire du Capitole y ce sont le:
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Français qui rétablissent les consuls; ils régénèrent les peuples qui veulent être leurs amis ; et par-tout où l'humanité réclamera la destruction du pouvoir royal , de ce pouvoir monstrueux qui offense la dignité de l'homme, partout elle trouvera des armées de citoyens français qui enorgueillis de ce titre, s'empresseront de l'aider à fonder ou à redresser les autels de la liberté.
Le destin de la cour de Rome sera celui de toutes les cours despotiques ; et les soldats des autres nations, dès qu'il s'agira d'abandonner ces orgueilleux potentats qui régnent par les crimes , joue#ont tous le rôle des soldats du pape.