‹ Le Nouveau Paris (volume 5)Chapitre 2 sur 40 · CHAPITRE LXXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXIII

Bals à la J^ictime.

Vingt-trois théâtres, dix-huit cents bals ouverts tous les jours ; voilà ce qui compose les amusemens du soir.

Ici des lustres embrasés refïettent leur éclat sur des beautés coiffées à la Cleopâtre , à la Diane , à la Psyché. Là , une lampe fumeuse éclaire des blanchisseuses qui dansent en sabots avec leurs muscadins au bruit d'une vieille nazillarde. Je ne sais si ces premières danseuses chérissent beaucoup les formes républicaines des gouvernemens de la Grèce ; mais elles ont modelé la forme de leur parure sur celle aAspasie$ les bras nus, le sein découvert, les pieds chaussés avec des sandales , les cheveux tournés en nattes autour de leurs têtes ; c'est devant des bustes antiques, que les coiffeurs à la m^)de achèvent leur ouvrage.

Devinez où sont les poches de ces danseuses ; elles n'en ont point • elles enfoncent leur éventail dans leur ceinture y elles logent dans leur sein une mince bourse de maroquin où flottent quelques louis : quant à l'ignoble mouchoir , il est dans la poche d'un courtisan ,

san , à qui on s'adresse lorsqu'on en a besoin.

Il y a long-temps que la chemise est bannie ; car elle ne sert qu'à gâter les contours de la nature : d'ailleurs, c'est un attirail incommode ; et le corset en tricot de soie couleur de chair, qui colle sur la taille , ne laisse plus deviner, mais appercevoir tous les charmes secrets.

Voilà ce qu'on appelle être vêtue à la sauvage ; et les femmes s'habilloient ainsi pendant un hiver rigoureux, en dépit des frimats et de la neige.

Et tandis que cent tables offrent des arbres ployant sous les fruits de toutes les saisons , fruits en glace , tandis que des fontaines versent en abondance l'orgeat , la limonade , les liqueurs des îles , le pauvre rentier , passant auprès de tout ce luxe asiatique, vend pièce à pièce, d'abord ses meubles d'agrément, puis ensuite ses meubles nécessaires.

Qui l'eût dit, en voyant ces salons resplendissant de lumières, et ces fein-

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