‹ Le Nouveau Paris (volume 5)Chapitre 23 sur 40 · CHAPITRE XCIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCIX

Sans - culottes.

On ignore communément l'origine de ce mot 5 la voici : le poète Gilbert , peut-être le plus excellent versificateur, depuis Boileau , étoit très-pauvre ; il avoit tancé quelques philosophes dans une de ses satires : un auteur qui vouloit leur faire sa cour pour être de l'académie , imagina une petite pièce satitirique , intitulée : Le Sans-culotte ; on y railloit Gilbert 5 et les riches adoptèrent volontiers cette dénomination contre tous les auteurs qui n'étoient pas élégamment vêtus !

Lors de la révolution ils se ressouvinrent du terme, le ressuscitèrent, et l'employèrent comme un dard invincible contre tous ceux dont les écrits ou les discours tendoient à une grande et prompte réforme.

Ils crurent que c'étoit une excellente plaisanterie, et qu'on en riroit ainsi que l'onavoit fait il y a vingt ans ; mais les politiques sont plus invulnérables que les poètes 5 ils prirent de bonne grâce le titre qu'on leur avoit donné. Je fus inscrit sur la première liste des sans-culottes , et je ne fis qu'en rire.

Mais ces injures gratuites et le ton insolent, familiers aux antres des salons dorés, irritèrent certains esprits, et leur firent inventer et distribuer aussi sans ménagement le terme ^aristocrate.

Tout ceci se passoit avant la révolution. Qui l'eût cru, que des républicains auroient adopté ce terme, et en auroient fait un point de ralliement ?

C'est certainement pour attacher le mépris , la haine et l'exécration au mot, à l'idée de république, à la qualité de républicain , au seul gouvernement que puissent avouer la raison , la justice et l'intérêt social ; c'est pour

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