CHAPITRE CIX
Prêtre Romain.
Je rencontrai hier près des Tuileries, un prêtre de mes amis ; il étoit en uniforme national : voici mot pour mot notre conversation.
Le Prêtre. Je monte ma garde aujourd'hui, {en montrant sa giberne.) Mais tu ne devinerois pas ce que j'ai là-dedans.
( ai5)
Moi. Ce sont apparemment des cartouches.
Le Prêtre. C'est quelque chose de mieux que cela.
Moi. Ma foi , je ne conçois rien audessus des cartouches dans ce moment-ci.
Le Prêtre. Ce que j'ai là est de tous les temps.
Moi. Est-ce quelque chose qui tue?
Le Prêtre. Au contraire, c'est quelque chose qui donne la vie : c'est le prin* cipe de toutes choses.
Moi. Le principe de toutes choses dans ta giberne ! . . . C'est un peu fort.
Le Prêtre. C'est la vérité.
Moi. Est-ce ta vérité de prêtre , ou ta vérité de soldat?
Le Prêtre. J'avoue que. .. . c'est un peu ma vérité de prêtre.
Moi. En ce cas, explique-toi plus clairement. Voyons quel mystère renferme ta giberne.
Le Prêtre. Mon ami , c'est en effet un grand mystère.,,. C'est le bon Dieu,
Moi. Le bon Dieu !
Le Prêtre. Oui , le bon Dieu. Je vais te conter ça. J'étois au corps-degarde : on est venu me requérir de le porter à un des fidèles qui se dispose à faire le grand voyage ; et pour nie conformer à un arrêté très-sage, je remplis ma fonction de prêtre en habit de citoyen 5 attendu que pour cette mission particulière, il faut que je ne porte aucun vêtement sacerdotal. J'avoue aussi qu'il est plus commode et plus décent d'être vêtu en citoyen-soldat, que d'aller en habit de masque funèbre , épouvanter un homme à ses derniers moyens, et faire agenouiller les petits enfans dans la rue.
Moi. Mon ami , -ton langage se ressent déjà de ton habit. Je te pardonne d'être prêtre. Adieu.