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GRANDE DfSETTE 129

deux sur une longue ligne, que le peuple désigna depuis O^^uji sous le nom de queue. Les jeunes filles n'étaient point les dernières à se mettre en rang. Leurs propos agaçants, leurs ris immodérés se faisaient entendre de loin, et réveillèrent plus d'un adolescent. L^obsçurité de la nuit, lesjportes des allées entr'ouvertes à propos, favorisèrent des tête-àtëte adroitement^concertés^et la luxurieuse audace de la jeunesse qui ne sait point aimer. On voyait aussi des hommes sexagénaires, des valets, des garçons de boutique, qurs* arrêtant sur chaque rang, faisaient le signalement des visages et choisissaient leurs dulcinées. D'autres plus déhontés, se ruaient .en taureaux sur les femmes qu'ils embrassaient toutes l'une après l'autre. Rien n'était sacré pour leurs màmsT^ompîices ^visibles de leurs fougueux désirs ; et voilà comme ces rapprochements dangereux achevèrent de pervertir la morale et d'éteindre toute pudeur. Les sentiments de fraternité s'anéantirent aussi dans tous les cœurs. Chacun se fit une maxime de se r préférer ouvertement à son semblable. La ruse devint une qualité commune à tous les esprits. Les derniers de la file (^^ surent se faufiler aux. premiers rangs. Bientôt les femmes luttèrent de force contre les ;hommes. JLeAn^c^ra^tgres^Jv/ '^ s'aigrirent par la résista^iç^des^plus forts. Toutes devinrent \ . t "pu^-ira«cfbiesT~toutes contractant T'habitudè^^de^'jTilrerT" on nè^distinguâ plus leurs voix enrouées par les cris de la colère, d'avec celles des charretiers.

Aux débats scandaleux succédaient des intervalles \ de silence, on entendait alors les vagissements des enfants, et les cris d'autres plus âgés qui demandaient du pain. Ah ! que je plaindrais l'être insensible qui n'aurait pas été ému de ces cris ! I

A peu près dans ce même temps, on remarqua que d'autres queues se formèrent pour l'huile, le savon et la 9^uu<>< chandelle. Au moi de Mai il y en eut une qui, commençant eu la porte d',uijj§picierjiu^

jjeaitjus^^^ ou-

vriers, Tâlf^mcÔSe^eTTesyeux fiches~"en terre, comp-

taient, en gémissant, les heures qu'ils perdaient sans \) travailler.

Le renchérissement subit et excessif de la main-d'œuvre fut le fruit de loi homicide du maximum. L'exécrable Commune avait basé sur cette loi son plan de famine universel ; mais pour mieux masquer son projet aux yeux du peuple incrédule, elle fit, au moment de sa publication, placarder une affiche par laquelle tout marchand boucher ou épicier qui renoncerait à son commerce, serait réputé suspect et arrêté comme tel.

Cette loi féroce aggrava le mal : tout disparut, et les

marchands pour s'indemniser de leurs pertes, et surtout

âes pillages de beurre, de sucre, de café, et des confiscations

J arbitraires des Commissaires aux accaparements, firent

colporter en cachette leurs marchandises dans les maisons

3 des particuliers, qui les achetèrent à tout prix.

Telle fut, en 1794, la situation en denrées de cette ville populeuse ou régnaient jadis la paix et l'abondance, qui

jij^x^AM font cnérir la patrie.

L/année 1795 ne fut pas plus heureuse que la précédente^ t W-*V-* ®n v*t dès le commencement de l'automne s'établir, à ^^ chaque coin de rue, des Mercandières qui commencèrent par vendre la livre de viande 25 sols, et qui au mois de Ventôse, en demandaient 3 livres 10 sols ; encore eurentelles le soin de la dégraisser pour faire du suif.

Des préposés de l'ancienne commission ont donné naissance à cet odieux commerce. Au moyen du droit de réquisition et dépréhension dont ils étaient investis, ils ache-^ taient de la viande au prix du maximum, puis la revenr daient aux détaillants, à un pnx~ex~orbitarif.

Le même brigandage s'est observé depuis sur les autres denrées, ce qui, joint à l'agiotage de l'argent, des montres et autres bijoux d'or par les courtiers (1), sur le Carreau même

(1) Grand nombre de ces honnêtes Sans-culottes furent arrêtés pour avoir vendu des montres de cuivre doré qu'ils négociaient comme de l'or pur. {Note de Mercier.)

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