GRANDE DISETTE
de la Halle, contribua singulièrement au discrédit des assignats. oC*^ Ù^
A tous ces malheurs le froid vint encore se joindre ; depuis deux ans, la capitale se chauffait au jour le jour. Le charbon était extrêmement rare ; on a remarqué la singulière exactitude de n'en faire venir qu'un seul bateau à la fois dans chaque Port. Il fallait passer trois nuits, pour obtenir son tour par numéros. Le bois s'est vendu à mesure que les débardeurs le retirèrent de l'eau. La rivière, subite-
ment enchaînée par les glaces, en causa la disette totale, et
l'on n'eut plus d'autre ressource que celle de couper les
bois de Boulogne, Vincennes, Verrières, St.-Cloud,
Meudon etc. Des sangsues, sorties de la fange des cavernes
à voleurs, profitèrent du malheur public pour se gorger
aussi d'or et d'argent. Ils vendirent quatre cents francs la
corde de bois ; et l'on vit alors des nécessiteux, scier dans
les rues, leurs bois de lit pour faire cuire leurs aliments, et
s'empêcher de mourir de froid. Des vieillards revenaient
des forêts, le dos courbé sous des fagots et rappelaient la
fable de la mort et du malheureux. Les fontaines étaient.
gelées : les porteurs d'eau des quartiers éloignés de la
rîvîere, forcés d'aller au loin en puiser, la firent payer
quinze et même vingt sols la voie ; les citoyens indignés de
cet impôt, se firent tous porteurs d'eau, et lorsque les
réservoirs des fontaines publiques furent dégelés, les
queues s'y formèrent aussi, et l'on y disputa son tour.
N JL