SUPPLICE DE ROBESPIERRE
Ou prendrai- je des couleurs pour peindre le cri général de l'allégresse publique an milieu du spectacle le plus épouvantable, l'explosion de la joie bruyante qui se propage et qui retentit jusqu'au pied d'un échafaud (3) ? Son nom chargé d'imprécations est dans toutes les bouches ; ce n'est plus Y incorruptible, le vertueux Robespierre; le masque est tombé ; on l'exècre ; on le rend responsable de tous les crimes des deux comités. On se presse sur les échoppes, dans les boutiques, aux fenêtres ; les toits sont couverts de peuple et chargés d'une foule variée de spectateurs de toutes classes qui n'ont qu'un objet, voir Robespierre conduit à la mort.
Au lieu d'un trône de dictateur, il est à demi couché sur une charrette qui porte ses complices Couthon et Henriot. C'est un bruit, un tumulte autour de lui, qui n'est formé qu^ dd mille cris de joie confus et de félicitations mutuelles. Sa tête est enveloppée d'un linge sale et sanglant^ on ne voit qu'à demi son visage pâle et féroce. Ses compagnons mutilés, défigurés, ressemblaient moins à des criminels
(1) Leroy de Monflabert, juré au tribunal révolutionnaire, surnomné Dix- Août.
(2) Au nombre de quinze ils furent exécutés en place de Grève, le 6 mai 1795 (r^ floréal an III) à neuf heures du matin.
(3) 27 juillet 1794 (9 Thermidor an II).