‹ Le nouveau ParisChapitre 61 sur 114 · C-jaA»~*^ (^ y^ ^i^^ÂJ · texte numérisé non relu

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Pétion. — Il avait une contenance fière, une figure ^assez belle, un regard affable, une éloquence douce, des

mouvements, du talent et de l'adresse ; mais ses manières

étaient composées, ses yeux se doublaient, et il avait dans x/v*-^ les traits quelque chose de luisant qui repoussait la confiance. Dès les premiers jours de la Constituante, il y figura, parce qu'il parlait bien et qu'il était membre du Tiers. Ami inséparable de Robespierre, leurs principes étaient alorîTsT conformes et leur intimité si marquée, qu'on les appelait les deux doigts de la main. On continua à les mettre sous la même accolade, jusqu'à la fin de 1792. Il est vrai qu'à cette époque ils se détestaient déjà cordialement l'un et l'autre. Robespierre n'était plus rien, il ne voulait même rien être, parce qu'il se réservait pour l'anarchie : car il n'était pas fait pour briller dans une carrière purement constitutionnelle. Pétion, au contraire, avait abandonné l'Angleterre où il vivait avec Madame de Genlis pour succéder à Bailly dans les fonctions de Maire de Paris ; et il s'était acquis dans cette place une telle popularité, surtout après sa destitution à la suite des événements du 20 juin, que Robespierre n'était plus en état de lui pardonner l'idolâtrie qu'on lui portait. Il ne le regarda plus qu'avec envie ; ce n'était plus à ses yeux qu'un rival, puisque le peuple criait : vive Pétion ! Pétion ou la mort ! puisque cette exclamation se lisait sur tous les chapeaux, sur toutes les murailles.

Pétion cependant tenait trop bien, pour qu'on pût l'attaquer ouvertement ; aussi joua-t-il un grand rôle au 10 août. Il avait plusieurs fois visité tous les postes du château, pendant la nuit qui précéda cette journée célèbre ; et ces soins n'avaient pas été perdus puisqu'ils en

avaient assuré le succès. Mais les jours de Pétion étaient si précieux alors, qu'un décret lui défendit "de s'exposer d'avantage ; et l'on Vit longtemps sur les portés du château cette inscription : « Ici le Maire de Paris eût été assassiné, si un décret du corps législatif n'eût sauvé ses jours. » , \ Il était encore Maire de Paris pendant les boucheries de Septembre.- mais les conjurés l'avaient consigné à la Mairie, en sorte qu'il était pur de ces massacres. Quand Manuel fit à la Convention nationale la proposition de donner à son président une garde d'honneur, et un logement aux Tuileries, Pétion venait d'être porté à la présidence. A la formation de l'Assemblée, certaines gens disaient qu'il visait au trône, et quantité d'autres désiraient qu'il y montât. Mais tout à coup il devint un objet dejiajne,.

Il fut mis hors de la loi à la suite du 31 mai ; gt l'on ne sait ce qu'il est devenu. Il est mort sans doute misérable^ ment, puisqu'il n'a point reparu au rappel de tous les proscrits (1).

Lacroix. — Devenu de simple avocat dt campagne, colonel et maréchal de camp en deux ou trois mois, possesseur de riches propriétés, complice de Danton, il fit semblant de dénoncer, d'accuser Dumouriez, avec lequel il était d'intelligence ; et il favorisait ces tribunes où dominaient le souverain massacreur, les Bacchantes, les coupeurs de têtes, ainsi qu'il protégeait tous ces mouvements désordonnés des sections ; tandis que son ami Fabre d'Eglantine, poète pauvre avant le 2 septembre, qui ne connaissait que des /assignations au lieu d'assignats, possédait de quoi soutenir son hôtel, sa voiture, ses gens et ses filles.

Il fut un des grands oppresseurs de la Convention pure dans sa très grande majorité. Il gêna ses mouvements ; il se rangea du côté de ceux qui poussaient des cris, des rugissements, qui parlaient sans cesse de sans-culotterie ;

f~ (1) Il s'enfuit d'abord à Caen, puis dans la Gironde où l'on J< I tfotrva son corps au milieu des Landes, dévoré par les loups.

il caressa une municipalité coupable, en état de révolte ouverte. Enfin il fut un des plus ardents provocateurs à l'anarchie, et toujours prêt à couvrir les assassins de sa voix Stentorienne.

En supposant que les adversaires de ces anarchistes eussent eu quelques torts, on n'en comptera pas un seul qui 'se soit enrichi depuis la Révolution. Ils ont évité tous les comités dans la main desquels était réellement le pouvoir.

Lacroix avait été décoré de la croix de St-Louis le 4 août 1792, et cela ne put ouvrir les yeux à tant de Parisiens stupides. Il fut impossible dès lors de réprimer les vociférations des tribunes, les menaces des coupe-jarrets, les attentats du club des Jacobins, les usurpations de la municipalité.-.

Un militaire osa dire (je l'ai entendu) : << voulez- vous savoir le moyen de sauver la Patrie ? je vais vous le dire i J'ai bien étudié la Convention ; elle est en partie composée de scélérats dont il faut faire justice, et pour cela il faut tirer le canon d'alarme et faire fermer les barrières. »

Bentabole qui présidait fait semblant de ne pas apercevoir cette provocation à l'assassinat, et complimente le militaire. On lui crie qu'il est un modéré et un Feuillant.

C'est parce qu'on n'a point vu dans les départements la lutte opiniâtre des vrais républicains contre cette société de Jacobins entièrement abandonnée de tous les vrais patriotes, de tous les hommes instruits, de tous les députés qui méritaient quelque estime et avaient quelque pudeur, ^.

qu'on a jugé très faussement que la Convention avait été faible ; elle fut forte, courageuse, intrépide jusqu'au 31 mai. Les 73 combattirent encore sur la brèche, paralysèrent des projets de décrets homicides, inspirèrent une sorte de crainte iv-^^j à la municipalité de Paris, la tinrent du moins en respect et ce ne fut qu'à leur retraite, qu'après leur enlèvement forcé que la digue fut rompue, et que tous les crimes inondèrent la France. Le peuple de Paris fut puni de n'avoir su ni les connaître ni les défendre, d'avoir vu lâchement ce dernier attentat qui donna le signal de toutes les violences et de toutes les cruautés.

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Il est temps de dire la vérité toute entière : Robespierre et Marat ne furent pas encore les plus criminels. Voyez Collot-d'Herbois à Nice et à Orléans, Tallien à Tours, Billaud-Varennes aux armées ! Le Prussien Anacharsis Cloots applanissait la route de Frederick Guillaume. Et nous, amis de la Patrie, qui avions en horreur l'exagération dans les mots, la férocité dans le langage, parce qu'elles sont toujours en raison de la lâcheté, nous ne ren- :on trames dans l'esprit du Parisien que la peur de se ranger de notre côté : et lorsqu'il y avait un Condorcet et un Brissot, ce fut un Marat et un Chaumette dont on suivit les étendards !

Il y a plus : lorsque nous dénoncions la confédération de Pilnitz, nous étions les complices de l'invasion de l'ennemi ; enfin nous avions livré Valenciennes au duc d'York ; Condé, Lequesnoy, Landrecy à l'empereur et quand le roi de Prusse qui avait loué des loges à l'Opéra entrerait dans Paris, c'était nous qui devions au spectacle être derrière sa majesté.

Voilà ce qu'à cru le Parisien, et la base d'une accusation qui a envoyé sur les échafauds ou dans les cachots les incorruptibles amis de la liberté et de la gloire nationale.

L'ennemi qui menaçait Paris de sa ruine jouissait de cette funeste erreur ; il savait bien où étaient les traîtres. Les Parisiens toujours aveugles n'ont point encore appris à les distinguer des hommes probes et courageux, tandis que l'Europe entière les distingue.

Dumouriez. — On est fondé à croire qu'il n'est devenu traître, qu'après avoir essuyé un grand revers, et que les injures de Marat ne l'aient déterminé à se séparer d'une Convention qui portait dans son sein un tel homme. Le retour des commissaires près l'armée de la Belgique répandit l'alarme la plus profonde. Je puis attester qu'elle fut générale. On ne parlait rien moins que de faire lever en masse la Nation entière. On craignit de voir renouveler les massacres du 2 septembre, car on criait beaucoup plus haut

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contre les riches et les modérés, que contre les Prussiens et les Autrichiens.

Tous les spectacles furent fermés ; et Ton profita de ce premier moment de terreur pour poser les bases du tribunal révolutionnaire. L'organisation de ce fameux tribunal vint avec l'apparition de Lacroix et Danton. Buzot combattit cette proposition comme constitutive du despotisme le plus monstrueux; il ne fut pas écouté. Ainsi la défaite de Dumouriez donna gain de cause au parti de la Montagne, qui sut toujours mettre à profit tous les événements. Son adresse consista surtout à paraître moins audacieux quand le danger l'environnait ; et ses adversaires, naturellement bons et ennemis des violences, étaient destinés à payer bien cher cette indulgence et cette sécurité.

Dumouriez perdit la tête en arrêtant les quatre représentants du peuple. C'était un attentat si misérablement mutile, qu'on ne saurait l'attribuer qu'à cette démence que fait naître la fureur; Paris, d'ailleurs fut très insensible à cette arrestation. Cependant plusieurs croient que Dumouriez fut traître pendant, avant et après qu'il s'était rendu de la coalition.

Abbé Maury. — Je l'ai beaucoup connu ; simple prestolet, il nourrissait déjà l'idée de s'élever aux premiers rangs de la hiérarchie ecclésiastique; il m'entretenait de son élévation future lorsqu'il n'avait pas de quoi dîner. Il me disait : j'entrerai à l'académie française bien avant vous; et il n'avait pas encore écrit, même un mauvais sermon. Ses premières productions sont ce qu'il y a de plus mauvais et de plus obscur dans aucune langue. Mais il était né avec un esprit d'académicien , un talent de prédicateur, et une audace d'antichambre. Il avait grande confiance dans sa faconde parce qu'il l'avait exercée avec succès sur plusieurs hommes médiocres, et qu'il avait pris du prêtre tantôt le ton souple, le ton élevé, le ton onctueux ; car il aimait à faire le prêtre.

Il a rendu à la révolution le plus grand des services ; car

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c'est lui qui a fait le clergé opiniâtre et récalcitrant, et qui, en l'engageant à ne point ployer, l'a fait rompre. C'est encore lui qui mit dans la tête de tous les nobles ce système d'émigration le plus extravagant, le plus impolitique et le plus lâche de tous ceux que l'on pouvait choisir. Ce beau système passa jusque dans la tête du Monarque ; et c'est d'après ses documents qu'il se mit à ruser comme un écolier qui veut se dérober à son préfet. Il se déguise en valet de chambre, et lorsqu'il est dans la voiture partant avec toute sa famille, ils se prennent tous à rire de la surprise, de l'étonnement, de la prétendue douleur des Parisiens quand ils apprendront qu'au lieu d'assister à la procession du St-Sacrement, comme ils s'y attendaient, la nichée s'est envolée, qu'elle est allé trouver les bottes du général Binder.

Tarquin chassé de Rome eut une posture moins humiliante ; mais le nouveau Tarquin, il faut qu'il dîne en route; il est encore affamé de côtelettes, il mange comme un roulier. Vainement la reine veut lui faire ajourner sa goinfrerie ; il arrive trop tard au rendez- vous de Bouille et de son régiment. Voilà que six hommes arrêtent la voiture ; il craint pour sa chère bedaine, et il crie le premier arrêtez ! Il passe dans la boutique de M. Sausse, marchand chandelier, qui y voit clair et qui ne se mouche pas du pied. M. Sausse fait son devoir droit comme un cierge

Que le Blondinet (c'est ainsi que Lafayette était désigné à la cour) ait eu le plaisir malin, le plaisir cruel du chat qui laisse trotter la souris pour tomber d'un saut sur elle, qu'il ne l'ait pas eue, toujours est-il vrai que l'abbé Maury avait inspiré à toutes les maîtresses têtes de ce temps-là le projet de fuir, qu'il est l'inventeur de l'émigration, et qu'elle fut adoptée par celui-là même qui pouvait si facilement se séparer d'une haute et insolente noblesse, laquelle n'avait cessé de l'injurier et de le mépriser.

De tous les émigrés un peu de marque, l'abbé Maury et Choiseul-Gouffier sont les seuls qui aient eu de l'esprit ou une heureuse fortune ; le premier est devenu cardinal, et

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le second s'est fait, sous le nom de Paul premier, empereur des Russies.

Mais il y en a un plus sage et plus heureux ; il s'est fait cordonnier pour femmes à Hambourg.

Legendre (de Paris) — Lors du procès de Louis XVI, il s'avisa de dire : Voilà bien des formules, des lenteurs ; qu'on le mettre à mort, qu'on le coupe en 83 morceaux, et qu'on l'envoyé ainsi aux quatre-vingt-trois départements. Il crut avoir touché le sublime de l'éloquence Montagnarde: il fut acceuillid'un grand éclat de rire. J'étais à côté de lui lorsqu'il proféra ces paroles, et je me disais : Elles vont faire horreur, et l'on attribuera à tous les membres de la Convention la bêtise d'un seul homme auquel on ne peut fermer la bouche. Par quelle fatalité me trouvé-je assis à côté d'un Legendre et d'un Laurent Lecointre ! Ils parlent de liberté et ils ne savent pas lire !

Legendre était brutal, non parce qu'il était boucher, mais parce qu'il avait cru que la brutalité entrait dans la composition d'un républicain, et celui-là n'était pas républicain, qui ne mugissait pas comme un taureau, et qui ne faisait pas des gestes comme pour assommer un bœuf. Il ne pouvait parler ou gesticuler autrement. Les violencës~"cîe~cë"" Legendre ont été telles, qu'il voulut plusieurs fois frapper Lanjuinais et le jeter en bas de la tribune.

Après la rentrée des 73, nous demandâmes, dans une Assemblée particulière, le rappel des vingt-deux mis hors de la loi. Je portai la parole : Legendre s'y opposa et dit : Je mourrai plutôt à la tribune ; eh bien ! lui dis- je, tu y mourras !

Il se tut, ainsi que sa clique infernale, et les vingt-deux furent rappelés, c'est-à-dire, ceux qui existaient encore ; et tous ces hommes vertueux ont abattu peu à peu le monstre anarchique. Ce fut Legendre qui dénonça Condorcet, en l'accusant faussement d'avoir cherché à soulever le département de l'Aisne.

Cambon. — La loi proposée par Buzot, qui force chaque député à donner le bilan de sa fortune depuis l'Assemblée législative et constituante, et de justifier des causes de son, accroissement, a toujours reçu saplusforte opposition de la part des Montagnards. Cambon la trouvait mauvaise, lui qui affectait à la tribune de flatter la multitude. Dès qu'on touchait cette corde, on était un allié de Pitt. Jamais on ne put mettre en vigueur la loi qui leur aurait fait vider lespoches. Nous ne refusions pas, nous, le Bilan de notre fortune.

Cambon exerça une dictature financière ; il a commencé le premier à se jouer de l'émission des assignats. Il voulait proscrire l'agiotage ; et pourquoi Cambon n'a-t-il pas fait fermer la Bourse plutôt, comme Clavière n'avait cessé de le demander depuis 1791 ? C'était aller droit à la source du mal. C'est Cambon qui a paralysé et persécuté le talent et le génie de Clavière, parce qu'il connaissait sa supériorité sur ces misérables plagiaires qui lui prêtaient leur étroite conception, en lui suggérant des expédients ruineux ou illusoires.

Le désastre de nos finances fut encore l'ouvrage des Montagnards ; et si l'un d'eux faisait mine de dénoncer de petits dilapidateurs à la tribune, c'était pour se réserver le droit de favoriser le chef des dilapidations. Pourquoi restat-il si longtemps à la tète des finances ? C'est qu'il fut le complice des anarchistes qui étaient encore des fripons, et que depuis il s'est coalisé avec eux.

Marat. — Ce misérable né dans le comté de Neufchâtel en Suisse, d'abord mendiant, puis empirique, qui réunissait la bassesse de la figure et du style à celle du caracrère et de l'esprit, et dont l'insolence à la tribune était encore un ridicule, qui ne fut supérieur qu'à ses valets, occupera néanmoins plus d'une page dans l'histoire, et par son inconcevable déité et par sa mort qui fit descendre dans la tombe une jeune héroïne. L'histoire dira donc que si ce vil démagogue, qui a entaché le Panthéon et tous ceux qui l'y conduisirent, poussa une multitude aveugle au pillage

et au crime, il n'eût pas osé lui-même prêcher l'athéisme. Il y eut donc quelque chose de plus abominable au monde que Marat ; ce fut l'esprit de Chaumette et d'Hébert, je dis V esprit Jacobin, Cor délier. L'hypocrite Robespierre sentit bien qu'il aurait pour lui l'assentiment du genre humain en terrassant ces malheureux : mais en recréant l'Etre- Suprême, il n'en eut pas moins la physionomie d'un impie. Pourquoi ? C'est qu'en effet il s'était substitué ce jour-là au Dieu qu'il voulait faire reconnaître.

Foulon. — Foulon pendu en place de Grève, décapité et puis traîné dans les rues, avait vécu de manière à ce qu'on ne pût presque pas le plaindre. Je ne sais s'il prévoyait son sort, mais il avait non-seulement fait répandre le bruit de sa mort, mais même donné le spectacle de son propre enterrement dans sa terre d'Houvion. On y porta le cadavre d'un domestique mort chez lui, qui passa pour le sien, et fut inhumé avec les honneurs dus à un seigneur de terre. Il laissa plusieurs millions et un nom détesté.

On avait trouvé un portefeuille de M. de Berthier-Sauvigny, dans lequel était renfermée sa condamnation. Il était allé dans sa généralité pour retirer des lettres concernant l'affaire des blés, si funeste et si mal éclaircie. Ce sont les paysans de sa campagne qui l'ont arrêté ; des soldats se sont joints à eux, et ont formé cette formidable escorte qui l'a amené à l'hôtel-de-ville. Lafayette s'est mis à genoux pour obtenir le temps de le juger, et n'a pas été écouté ; la fureur était telle, qu'on ne s'est pas même donné le temps de le pendre.

La Harpe-Bonnet- Rouge. — Le symbole de la liberté qu'on vénérait au commencement de la révolution, a depuis été profané ; je l'ai vu sur la tête de Dumouriez.

Dans une des séances du Lycée républicain, La Harpe, en pérorant avec chaleur, dit : « On prétend que le Bonnet « rouge raffermit les têtes républicaines. Je déclare qu'il « fait fondre la mienne» Il l'ôta.

Le lendemain parul^une affiche :

A VENDRE Un Bonnet rouge, doublé de taffetas tricolore, avec une riche houppe de soie. S'adresser au portier de Panckouke (i) et demander le petit Lucain (2). On le trouvera nuit et jour à son bureau. Il recevrait en échange une perruque à trois marteaux dans le genre académique. On ferait d'ailleurs la remise au libraire, si l'acquéreur du Bonnet rouge voulait souscrire pour le Harpiana, ou recueil des bons-mots de l'auteur de Gustave. Cet ouvrage est imprimé : il aurait déjà paru ; mais l'éloge que l'auteur doit en faire dans quelques journaux qu'il rédige, ne l'est pas encore.

L'abbé de Boislaurette. — Il fut curieux : aumônier de la garde nationale parisienne, il qualifia le vœu de continence des ecclésiastiques, de vœu insensé, sacrilège, antisocial, etc. « Mais s'écrie-t-il éloquemment, quelle puis- « sance pourra relever de ce vœu ? Rome ? Dans cette « sainte cour, on ne termine rien. Les affaires s'y font si « lentement... si lentement !... Et notre mariage est si pressé! « si pressé ! et moi, comme l'un des aumôniers de l'armée « parisienne, je suis si pressé, si pressé de lui donner un «bon soldat !... Sorbonne, prends tes fourrures, assemble- « toi et prononce. Censure si tu veux, excommunie, anathé- « matise ; je ne crains point ta foudre. YjJ^duo^juel nemo; « voilà la seule thèse que je te présente ; elle est sacreerefie7 « est sublime ; si tu oses la déchirer, le roi de la nature « te condamne et m'approuve. Avec son approbation, je « me passerai de la tienne. »

Comment la religion, la religion de celui qui a maudit le figuier stérile, a-t-elle pu faire un crime d'un plaisir que les anges bénissent autour du lit nuptial, en se couvrant le visage de leurs ailes, de peur sans doute d'envier à la terre un bonheur qui n'est pas celui du ciel ? Est-il donc si facile

(i) Célèbre éditeur-libraire.

(2) La Harpe avait traduit Lucain.

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d'écraser son cœur sous les marches du sanctuaire ? Ils domptaient leurs corps, les Bernard, les Benoît, les Dominique ; mais c'était dans des étangs glacés, sous des cercles de fer, sur des épines et des orties. Leur peau sous la discipline devenait le cuir d'un Nègre. Ils disaient tous que c'était un plus grand miracle de conserver sa virginité, que de ressusciter un mort. Aussi Brigitte assure-t-elle que de son vivant elle a vu en enfer beaucoup d'ecclésiastiques, qui avaient tourné au préjudice de V espèce, l'attrait donné pour la multiplier .0 'est m1 'expliquer le mot de Si'nt-Basile : Je ne sais ce que c'est qu'une femme, et pourtant je ne suis pas vierge. Le Prieur des Chartreux avait permis au novice Séguier de sonner la cloche toutes les fois qu'il éprouverait des accès de concupiscence, afin que ses confrères se missent en prières. La communauté se lassa de prier, et l'enfant de Bruno sentit qu'il aurait moins de mal à devenir chancelier de France.

« Si le clergé encore fier et hypocrite, toujours jaloux de « l'inutile réputation des Saints, dit M. Manuel, dont « j'emprunte cet article, prétendait que ceux qui tiennent « un Dieu dans leurs mains, et voient des reines à leurs pieds « ne doivent pas descendre jusqu'aux besoins du vulgaire, « je vais dévoiler les œuvres libertines de ces célestes « missionnaires, qui dévouent à l'enfer les passions des « âmes honnêtes et sensibles. J'ai en main la lettre de « V Inspecteur, le verbal du Commissaire, la confession signée « du délinquant et la reconnaissance de son supérieur à « qui on les ramenait sans doute quand il n'avait pas de « quoi acheter sa grâce, etc, etc. »

L'auteur que je viens de citer donne ensuite la liste nombreuse, plaisante et authentique de tous les tonsurés pris en flagrant délit par la police, dans les endroits où canoniquement ils ne devaient pas se trouver.

Desprémesnil. — Lorsque la cour tint un parlement prisonnier dans le sanctuaire de la justice, et porta la hache sur la porte de ce tribunal dont la modération voulait lui

épargner le coup qui la renversa (car c'est par ce coup que le trône fut véritablement frappé), ce conseiller au parlement de Paris jouait un rôle. Il détermina peut-être le premier choc de la révolution. Il s'était dévoué sous le despotisme de la cour avec un courage digne d'un vrai Romain ; mais il était noble, député de la noblesse ; e t après avoir soulevé tous les parlements contre l'autorité royale, il en redevint l'humble valet.

Ce changement ne fut pas rare parmi tant d'hommes qui , semblaient nés pour être républicains. Mirabeau revenait sur ses pas lorsque le poison l'arrêta. On eût dit qu'il se souvenait du comité des trente tyrans d'Athènes, qui pesa encore beaucoup plus sur la république qu'un seul Pisistrate.

On attribue le changement de Desprémesnil à un bon mot de Madame de Polignac, qui dans un dîner de parade avait dit hautement : qu'on mît les sceaux devant M. Desprémesnil. Elle parlait des seaux à rafraîchir, et l'on débita qu'il avait cru voir dans ce calembour le présage de sa nomination au ministère de la justice.

Il fut petit dès qu'il ne se trouva plus dans un corps de magistrature ; et la tribune qui a tué tant d'hommes réputés \ pour être éloquents, ne laissa voir qu'un conseiller au lieu d'un orateur.

Il fut soufflette à la journée dite des poignards ; et à son retour de Coblentz, reconnu sur la terrasse des Feuillants, il faillit devenir la victime du peuple. Pétion vint le débarrasser ; Pétion était alors dans toute sa gloire ; Desprémesnil tout en sang dit au Maire de Paris qu'il n'aimait pas : Et moi aussi, Monsieur, j'ai été porté en triomphe par le peuple.

Pitt et Cobourg. — Ces deux noms ont été répétés jusqu'à la satiété. Il n'en est pas moins vrai que Pitt a été le plus déterminé soudoyeur qu'on ait encore vu dans les annales du monde ; il aura perdu ses guinées. Renard Pitt a été dans son genre , a été dans son rôle aussi opiniâtre

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et aussi borné que le fut Robespierre ; sa haine n'avait qu'une direction ; elle ne fut ni ingénieuse ni inventive ; elle l'a aveuglé ; et tout le mal qu'il nous a fait retombera sur son propre pays ; la forme de son gouvernement sera inévitablement changée.

Pour Saxe-Cobourg, prince et général allemand qui commandait les troupes Autrichiennes il y a quatre ans, après avo ir été battu plusieurs fois par nos Républicains, ce grand maître de l'art a mis promptement ses talents, sa réputation et sa gloire à couvert, en avouant qu'il n'entendait rien à la tactique de-nos écoliers militaires.

Monsieur. — Les choses s'usent à force de s'en servir ; les mots s'usent quand on ne s'en sert plus. Celui de Monsieur en est un exemple parmi nous. Le mot Citoyen Y a. . remplacé presque généralement, mais bien difficilement/

Dans une Assemblée primaire, on faisait l'appel nominal. Le président appelait chaque membre un peu riche, Monsieur, et les autres par leur nom tout court. Il appela ainsi sans respect un jeune vigneron... «Je vous y attendais « s'écria celui-ci : pourquoi distinguez- vous les citoyens ? «Pourquoi ne. m' appelez- vous pas Monsieur, tout comme « vous avez appelé mon voisin ? Avez- vous, oublié la poli- « tesse nouvelle de l'égalité ? Souvenez- vous que chacun « de nous est Monsieur, ou que personne ne l'est »

Dans tous les bureaux d'administration quelconque, dans tous les tribunaux, le mot Monsieur est proscrit.

Loiserolles. — L'histoire déroulera les vues générales du Décem virât dans l'invention de ce système, et sa combinaison principale avec la guerre de la Vendée, ainsi que le projet infernal de son application à toutes les parties de la République ; un tel poison n'a pu être soufflé que par le cabinet St-James.

Comment a-t-on pu trouver tant de geôliers, tant de bourreaux obéissants, tant d'applaudisseurs qui suivaient les charriots funèbres, qui comptaient le nombre des victimes

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en calculant avec un horrible sang-froid si ce nombre allait en augmentant où en décroissant. Le théâtre de la Guillotine ne manqua jamais d'un cercle de spectateurs. Déjà Ton parlait d'établir un puisard en pierre sous l'échafaud et d'y ménager des couloirs pour le sang humain ; déjà l'architecte avait tracé le plan de cette bâtisse : et puis, que l'on calomnie les arts !

Au milieu de tant de victimes, il y a un nom qu'on ne saurait oublier, parce qu'il rappelle tout l'essor de la tendresse paternelle.

L'infortuné Loiserolles reçoit à la Conciergerie un acte d'accusation; c'était celui de son fils. Il garde le silence ; il dissimule ; il obéit à la voix du guichetier qui lui signifie l'ordre de descendre au greffe. Il marche cachant la joie qu'il avait de sacrifier sa vie pour la conserver à son fils. L'erreur ne fut point reconnue, parce qu'il fit tout pour la rendre complète ; il tremblait que son fils, qui ignorait ce dévouement, ne vînt réclamer sa place. Ce vieillard vénérable, lié à la planche, s'écria: fat réussi ; et sans doute il reçut sans regret le coup de la mort. Mais comme si le Ciel eût attendu cette dernière et généreuse victime pour manifester tout son courroux, la justice vengeresse se déclara enfin : le même jour elle tonna sur le crime, le même jour les tyrans furent foudroyés ; et tous ces décemvirs ivres de sang montèrent le lendemain à l'échafaud.

Jamais il ne fut imprimé sur aucun criminel un plus terrible cachet de réprobation que celui qui marqua l'agonie de Robespierre. A moitié tué de la main de son frère ou de la sienne propre ; (car la version est encore douteuse) le visage enveloppé de linges sanglants ; poursuivi par les imprécations et par les cris d'allégresse du peuple; lisant sur tous les fronts le plaisir de la vengeance, et la chute de son épouvantable système ; montant à cet échafaud que je lui avais prédit dans les jours de sa toute puissance ; outragé par le bourreau qui déchira avec dédain l'appareil de sa blessure, s'il ne crut pas en ce moment à la justice divine, c'est que c'était un automate sorti

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