‹ Le nouveau Parnasse satyriqueChapitre 2 sur 79 · QUI TOUT EMPORTE · texte numérisé non relu

QUI TOUT EMPORTE

AV LECTEVR.

Vous preundez en vain, si vous croyez qu'on vous donnera ici des leçons d'amour. Cette passion est si naturelle, elle exerce un empire si général sur tous les coeurs, que si les jeunes gens en ressentent les efforu, ceux gui sont plus avancés dam l'âge, ne sont point exempts de ses atteintes. U feu qui dévore U premier âge eclatte trop pour en demander des preuves; les enlevémens et mille semblables excès nous rendent sensibles, les fiâmes qui brûlent U second, et quand les histoires ne vous convaincroyent pas que cette passion rassemble tout ce quHl y a de chaleur dam le sang des vieillards pour les rendre partisans de V amour, les unûms et les aUiances journalières que font ces sortes de gem ne nous le persuadent-ils pas fortement.

Sur les plus jeunes cœurs comme sur les plus vieux, L Amour exerce son empire; Tout brûle au monde tout soupire, V Amour porte partout ses feux.

La jeunesse à ses cm^s succombe.

Et Us plus proches de la tombe Sous la neige des cheveux gris , En ressentent leurs cœurs espris.

La vie d'un particulier dont la complexion fut tout amoureuse^ a fourni le dessein de ce Livre ; il a éprouvé les effets de Vamour en tant de manières qu'on a pu à peine suffire à la dépeindre.

Il n'est rien que l'amour n'imagine et n'invente, Pour déclarer le feu qiU le tourmente; De mille biais il tourne son discowi, L'Amour (Faccord avecque l'Eloquence

Parle metme dans son silence

Et se fait entendre des sourds.

On y lira comment toutes les occupations et les diverlissemens diffetens, luy ont fait naître de quoy nourrir et rallumer sa passion.

Une ame d'amour enfiammèe, S'occupe de Cloris aimée.

Toujours se voit devant ses yeux\ Il n'est rien sur la terre, il n'est rien dans le» deux Que son image ne luy trace.

Il prend de tout occasion^ Quoy qu'il se figure ou qu'il fasse.

D'entretenir sa passion.

Pour ne pas ennuyer, on s'est cru obligé de faire parler, tantost Vamant, tantost celle qui fait C objet de son amour;

Car l'autre sexe à V Amour tributaire Ne pouvait pas longtemps se taire.

Et tantôt le sujet y est traité comme détaché. Les titres ne sont point embarassés ny enveloppés de mystères pour ne pas fatiguer Vesprit du Lecteur; les vd's, le sens et le sujet y sont

également libres, moins pour épargner le Poêle que pour divertir le Lecteur.

Les plus déUckux ragoûts, Dont une fois nostre appétit s'^eguise.

Si Vaddresse ne les déguise^

Nous donnent sauvent des dégoûts.

Le changement réveille, pique, anime, Mesmes chardons dégoûtent le baudet.

Ce qu'un Latin par ces trois mots exprime,

Natura diverso gaudet.

Si les matières en sont grosses, elles sont écrittes et touchées d'une manière si équivoque et si délicate, qu'elles peuvent faire le délice des oreilles chastes et le plaisir de celles qui aiment les doubles sens.

Qkond un Auteur roule sur Vèquivoque, Un sujet gros n*a rien qui choque, Si le tour en est fin, bien prii et itelicjt, Sans découvrir le pot aux roses.

Il fournit à l'esprit dés choses Dont FAutheur auroit fait estai.

Lon n*y blesse ny les mœurs ny la Religion, et Von semble y toucher satyriquement quelquun qui les y mêle; ce n'est pas qu'on ait eu dessein de les mépriser ou de les rendre odieux, mais pour faire voir retendue et la force de l'amour qni se glisse par tout et fait servir les choses les plus saintes de prétexte à sa passion, ce qui fit dire avec larmes, autrefois à un fameux personnage, que Von commettoit V adultère jusqu'aux pieds des autels,

L'Amour et un Lutin, qui partout n'iusinur, Sa pamon à tous connue.

Fait pendre le devoir au erftc, la gtân^ei la mitre, Iç froc,.

Ont de la peine à s*tn 4e/fenére, Et dam le siècle d^aujourd^huy^ Il sçait si lien les eœmrs surprendre Qu*on ne sçawoU vivre sans luy,

La galanterie est tellement à la mode et au goust du siècle d'aujouré^huy qu'un autheur qui ne veut point estre leu, fCa qu'à parler sérieusement.

Au temps oU nons vivons un Autheur sérieux^

Au Libraire est un hypothèque

Et garde la Uhliotkique :

Un burlesque se répand mieux :

Jamais ehês fespicier vit-on d^autheur comique ?

Scarron est leu de bout en bout,

Boyletiu se promené par tout, Pendant qu*un Augustin pourrit dans la boutique.

Vordre qu'on a observé dans la suite des pièces na pas esté tout-à-fait indiffèrent. Des plaisirs communs et convenables à la jeunesse. Von passe à ceux qui sonl de Vâge plus avancé; Von y traitte quelque sujet qui semble hors d'œuvre pour divef*sifier la satisfaction du Lecteur, ainsi qu'on en peut juger par la suite de la table. Tout ce qui reste à faire icy, c'est de renvoyer le Lecteur à la stance penultiesnie pour en confirmer la vérité. Il verra qu'on se peut estendre à Vinfini, quand on commence à parler d'amour, et jugera ensuite si Von n'a pas dû se reposer à la dernière.

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