‹ Le nouveau Parnasse satyriqueChapitre 47 sur 79 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Gbevaliers avantureux, Qui pleins d'un feu vigoureux Soupires après les femmes, Venés esteindre vos fiâmes, Dans mon giron amoureux.

Car le feu qui vous martyre N'est qu'une eau qui se désire.

Venés, accourez-y tous, Et j'auray pitié de vous, Vous prestant une fournaise, Qui receuvra vostre braise, Comme miel ou succre doux; Car le feu, etc.

Bas donc chosses et pourpoint, Venés nuds la torche au poing, Je ne fais que vous attendre.

SATTRIQVB. 55

Tachés de me mettre en cendre, Hais cela ne sera point; Car le feu, etc. .

bons dieux! quelle liqueur, Qui me coulant jusqu'au cœur, Noyé de plaisir mon âme, De t'appeller feu ny flâme, Seroit un dire mocqueur; Car le feu, etc.

C'est un beaume pretieux, Un nectar délicieux, Une céleste rosée, Dont pour en estre arrousée J'abandonnerais les cieux; Car le feu, etc.

Poussés doncques hardiment, Et me mouillés tellement.

Qu'ayant épuisé vos veines, Je ne sois rien que fontaines D'un si parfait élément; Car le feu qui vous martyre N'est qu'une eau que je désire.

AVTRE.

Pourquoy me dites-vous quand je suis en humeur, Que de perdre l'honneur, la crainte vous transporte. Lorsque je boucheray le trou de vostre honneur. Vous n'aurés pas sijyet de craindre qu'il en sorte.

56 LE NOVVEAV PARNASSE

AVTRE.

Ça ça pour le dessert troussés-moy yostre cotte, Viste, chemise et tout qu'il ne demeure rien Qui me puisse empescher de reconnoistre bien, Du plus haut du nombril jusqu'au bas de la motte,

Voyons ce traquenard qui se pique sans botte, Et me laissés à part tout ce grave maintien, Sui-je pas vostre cœur, n'esles-yous pas le mien? C'est bien ayecques moy qu'il faut faire la sotte.

Mon cœur il est bien vray, mais tous en prenés trop,

Remettés-vous au pas et quittés ce galop.

Ma belle laissés-moy, c'est à vous de vous taire.

Ma foy vous vous gastés en sortant du repas.

Belle vous dites vray, mais se pourroit-il faire, De voir un si beau c . et ne le f..tre pas?

AVTRE.

Perrette eslant dessus l'herbette.

Colin leva sa chemisette, Et vit je ne sçay quoy de noir, Ah ! dit-il, ma douce Perrette, Je te prie laisse-moy tout voir.

Si tu l'aYois veu, j'en suis seure, Tu ferois cela tout à l'heure.

Non, dit-il, je te le promets :

Vrayment, dit-elle, je t'asseure.

Tu ne le verras donc jamais.

SATTRIQVE. 57

Colin reconnoissant sa faute, S'écria d'une Toix si haute, Et bien donc, je te le feray; Lors, dit-elle, en levant sa cotte.

Pour cela, je le monstreray.

AVTRE.

On dit qu'une reine de Crète, Dont Dédale fut maquereau, D'une passion indiscrète Brûla jadis pour un taureau; Je le croy certes, puisque Jeane, Soupire aujourd'huy pour un asnc.

AVTRE.

Voyez la grande trahison, Des ingras c....ons que je porte, Lorsque leur maître est en prison, Les galands dansent à la porte.

Page 1