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Le nouveau spiritualisme

Ultima verba fut l'adieu de Littré mourant à la science, qui ne perdit pas une heure de cette belle et laborieuse vie. Je n'en suis pas aux dernières paroles, mais j'en suis au dernier livre. Après celui-là, je pourrai dire à la métaphysique : Nunc dimitte servum tuum. A mon âge et avec mes mauvais yeux, on peut encore écrire quelques pages sur la politique, ou sur toute autre chose. On ne fait plus de livre. Le nouveau spiritualisme n'est pas une doctrine nouvelle : c'est le spiritualisme renouvelé par la science. Cette méthode ne m'est point propre. Elle est la méthode de l'école à laquelle je me fais honneur d'appartenir, la méthode de notre siècle, la méthode de tous les grands siècles philosophiques qui n'ont point séparé la science de la spéculation métaphysique. Seulement, la philosophie n'avait jamais eu, avant le nôtre, une science aussi riche ni aussi sûre à son service.

Pourquoi ce livre, s'il n'apporte pas une pensée nouvelle? Il n'est pas le premier que j'aie écrit sur la métaphysique . Sans compter YÈcole d'Alexandrie, qui est surtout un livre d'histoire, j'ai publié, pendant les loisirs que m'a faits l'empire, trois volumes où se trouvait déjà la doctrine qui fait l'objet de ce dernier ouvrage. J'ai écrit, pour diverses

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Revues, nombre d'articles où j'ai eu l'occasion d'en renouveler l'expression. Mais cette doctrine était dispersée et comme perdue, soit dans des études historiques, soit dans de longs dialogues, soit dans des œuvres d'analyse et de critique. De très bons esprits ont eu peine à l'y retrouver, de manière à la saisir et à la juger dans son ensemble. J'ai voulu leur donner satisfaction, en résumant ma pensée. Si ce livre a une étendue encore considérable, c'est qu'il embrasse nombre de sujets et de questions qui intéressent la science et la philosophie contemporaines. J'ai dû remonter à la tradition métaphysique, reprise au début de ce siècle parla philosophie allemande et par la philosophie française, après l'empirisme de Hume, le sensualisme de Condillac, la critique de Kant, pour la suivre jusqu'à l'école spiritualiste de nos jours. J'ai dû tenir compte des révélations de la science positive dans l'explication des choses, afin de faire voir jusqu'à quel point ses conclusions peuvent satisfaire l'esprit philosophique, et ce qu'elles laissent à faire à la métaphysique. Si mes yeux m'eussent permis les lectures nécessaires, j'aurais élargi le cadre de cet ouvrage, de façon à faire une part plus grande à l'analyse des doctrines et à la discussion des problèmes. J'ai dû me résigner le plus souvent à résumer des idées qui eussent gagné en clarté et en rigueur démonstrative à recevoir le développement que comportait la difficulté et l'importance des questions. Le grand livre sera fait un jour, j'espère, par quelqu'un de nos jeunes philosophes qui sont au courant des plus récents progrès de l'analyse et de la science.

J'avais d'ailleurs, pour publier ce travail, une raison tout autre qu'un motif de convenance personnelle. Comment défendre la grande et immortelle cause du spiritualisme contre les doctrines matérialistes et positivistes qui cherchent à gagner l'esprit philosophique de notre temps par les enseignements de la science ? Je ne crois pas que, devant ces révélations, il soit possible de tout garder de la

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tradition spiritualiste. Je suis de plus en plus convaincu, par les progrès de ces doctrines, que le moment est venu de mettre la science du côté du spiritualisme, en y faisant entrer ses méthodes, ses principes et ses conclusions incontestables. La vieille théologie qui sépare Dieu du monde a fait son temps, comme la vieille psychologie qui sépare l'âme du corps, comme la vieille ontologie qui sépare l'esprit de la matière. Si la philosophie ne veut point abandonner des vérités qui lui sont chères, il faut qu'elle les dépouille des préjugés caducs, des images illusoires, des abstractions inintelligibles qui en faussent ou en obscurcissent le sens. Il fout qu'elle les mette sous l'autorité de l'expérience, et les fasse apparaître dans cette pure lumière de l'évidence qui ne permet guère le doute. La tradition spiritualiste peut et doit revivre au sein de l'esprit moderne définitivement conquis aux méthodes scientifiques, à la condition de se retremper dans les eaux vives de la science contemporaine. Ainsi l'ont compris, dans tous les temps, ses plus grands interprètes.

J'entends les docteurs du positivisme me dire : « Que nous veut cette métaphysique, avec ses problèmes insolubles ? Qui s'inquiète aujourd'hui de l'absolu, de l'ôtre en soi, de l'essence des choses? Qui se met en quête des causes et des principes? » Qui? répond la philosophie. Tous les esprit* qui cherchent dans la science encore autre chose que des applications. Et comme ils n'en trouvent pas les explications suffisantes, on leur permettra de les demander à un autre genre de spéculation. Mais quelle spéculation? Est*ce celle qui cherche Y absolu, le noumène au delà de l'expérience, dans une dialectique abstraite ? Non. La philosophie de notre temps et de notre pays n'en veut pas plus que la science. Nous ne croyons, nous autres spiritualistes, qu'à la métaphysique qui, par l'organe de ses plus illustres maîtres, a cherché l'absolu dans le cœur môme de la réalité, dans ce for intérieur que la conscience éclaire de sa vive

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lumière. C'est là qu'elle saisit le noumène, qu'elle découvre Y inconnaissable, qu'elle atteint l'absolu. La vraie ontologie n'est qu'une révélation psychologique. Voilà la méthode, le principe, la conclusion de notre métaphysique. L'objet de ce livre est de montrer que la science positive la confirme, loin de la contredire.

Je n'irai pas jusqu'à soutenir que toute philosophie qui n'est pas claire est sans valeur. L'Allemagne est là pour protester. Je dirai seulement qu'une telle philosophie n'est pas française. J'espère qu'on ne fera pas ce reproche à la doctrine exposée dans mon livre. Le savant peut se féliciter des progrès qu'il fait chaque jour dans le domaine de la connaissance. Le philosophe, plus modeste, doit 9e contenter des progrès qu'il fait en clarté dans le domaine de la pen sée. J'ai toujours eu sur le cœur la cruelle plaisanterie de Voltaire à l'endroit des métaphysiciens. Ce n'est pas, j'espère, de notre école qu'on pourra dire : quand deux philosophes parlent entre eux sans s'entendre, c'est de la métaphysique ; quand ils ne s'entendent pas eux-mêmes, c'est de la haute métaphysique. Le bon sens de Voltaire n'était pas profond; mais il a toujours été terrible aux philosophes qui ont oublié leur lanterne dans la recherche ou la démonstration de la vérité. Notre spiritualisme, à nous autres libres disciples de Victor Cousin, parle un français que Voltaire lui-même n'eût pas eu trop de peine à comprendre, lui qui ne voulait rien entendre à Spinosa. Si nous ne pouvons espérer qu'il soit du goût de tous, nous nous flattons que chacun y verra clair.

Quand je dis chacun, je ne veux pas dire tout le monde. Il y a la classe très nombreuse des esprits dits positifs qui ne veulent de la science que ses résultats pratiques. La philosophie aura beau leur expliquer le plus simplement, le plus clairement possible ce qu'il faut entendre par ces redoutables mots de la langue métaphysique, l'absolu, le noumène, les principes et les causes. Pourquoi prêteraient-

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ils l'oreille à des explications qui n'ont pour eux aucun intérêt? Que leur dire alors, sinon leur rappeler, avec Aristote, que, si la métaphysique est la plus noble des spéculations, c'est parce qu'elle en est la moins utile, c'est-à dire la moins esclave des besoins de l'humanité? Elle n'est faite que pour répondre à la plus haute ambition de l'esprit humain, lequel ne peut se reposer que dans une véritable et suprême explication des choses. Elle n'envie point à la science sa popularité. Pauea, sed bona, dit le goût classique. Paucos, sed bonos: tel est le public que demande la métaphysique pour ses œuvres. Il suffit à sa gloire et à son autorité. Espérons que les progrès d'une démocratie qui aspire à tout niveler n'emporteront point dans leur cours cette dernière aristocratie des sociétés humaines. Si cela devait arriver, la science aurait beau inonder la scène du monde de ses précieuses clartés, il y ferait toujours nuit, parce que la grande lumière manquerait pour en éclairer le fond. N'en déplaise au positivisme, la fin de la métaphysique serait la déchéance de l'esprit humain devenu muet devant les plus grands mystères de la science. Cette philosophie première, comme l'appelle Aristote, a besoin d'une entière liberté pour embrasser tout son objet. Ses ailes ne se déploient que dans les grands espaces, comme celles des oiseaux de haut vol. L'attacher à un intérêt pratique quelconque, eût-il un caractère de haute moralité, c'est l'enfermer dans une prison où elle perd la vue et l'essor. En voulant en faire une auxiliaire de la morale, de la religion, de la politique ou de l'art, on en fait une esclave. Aussi n'ai-je jamais compris l'enseignement de la métaphysique dans notre Université. La science reste libre dans les écoles de l'État, parce qu'elle n'y rencontre ni obstacle, ni conflit, pas même l'autorité religieuse, si la science se tient dans sa sphère. Le miracle ne l'arrête pas; le mystère ne la trouble point. Elle ne prétend ni expliquer l'un, ni nier ou affirmer l'autre. La philosophie qui se ren-

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ferme dans le cercle des faits à observer n'y est guère moins libre. La logique, la psychologie, la morale ellemême n'ont guère plus à démêler avec la théologie ou la politique que les sciences mathématiques, physiques et naturelles. Il en est tout autrement de la métaphysique, avec ses problèmes de Dieu, de l'âme et du monde, qui font son objet propre. Elle rencontre à chaque pas les traditions religieuses et les croyances dites du sens commun. Elle n'est plus digne de la haute fonction que lui attribue Aristote, si elle ne traite ces grands problèmes avec une absolue liberté. Il lui faut pour cela le grand air de la publicité. Elle n'est pas faite pour parler entre les murs d'une école de l'État, fût-ce une école d'enseignement supérieur.

Victor Cousin semblait l'entendre ainsi, quand il donnait à ses jeunes professeurs, trop ardents pour la métaphysique, le conseil, pour ne pas dire la consigne, d'enseigner surtout à leurs élèves la philosophie de l'esprit humain avec Reid, Dugald-Stewart, Royer-Collard, Jouffroy. « Faites, leur disait-il, vos leçons sur l'attention, sur la mémoire, sur l'imagination, sur l'association des idées, sur le syllogisme, sur l'analyse et la synthèse, et vous ne nous ferez pas d'affaires avec nosseigneurs les évêques. » Il avait raison. Quand il prit en main la direction de l'enseignement philosophique, il eût dû en exclure toute métaphysique. C'était Tunique moyen de maintenir la paix entre l'Église et l'État, en laissant aux professeurs entière liberté pour la publication de leurs livres. Si Cousin eût fait cela, il n'eût point exercé sur leurs doctrines la surveillance étroite et inquiète qui lui a été justement reprochée. Avec un tempérament dominateur, il avait l'esprit assez large, assez libéral pour comprendre toutes les difficultés de la métaphysique et comment elle ne peut se mouvoir à Taise que sous le régime de la pleine liberté. Mais du moment qu'il avait gardé la métaphysique dans l'enseignement universitaire,

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il eut beau l'élever, l'élargir et l'enrichir d'emprunts faits aux grandes traditions historiques, il se sentait charge d'âmes, et ne pouvait rester indifférent aux hardiesses de ses disciples les plus dévoués. On ne comprend rien à Tintolérance du chef d'école, si l'on oublie le directeur de l'enseignement de l'État. Il faut ajouter qu'une fois tombé des abstractions germaniques dans ce qu'il lui plaisait d'appeler la philosophie du sens commun, il n'eut plus qu'une mesure étroite pour juger les plus grandes œuvres de la pensée métaphysique. Et puis son rêve n'était-il pas de faire vivre en parfaite amitié son professeur de philosophie avec l'aumônier du lycée. Cette philosophie première à laquelle un hasard bibliographique a fait donner un si beau nom n'est vraiment chez elle qu'au sein des écoles libres et dans le domaine de l'esprit public. Là, elle n'a point à compter avec les puissances de l'Église ou de l'État. Elle peut se donner libre carrière sans redouter aucune responsabilité, parce qu'elle n'est mêlée à aucun intérêt pratique, politique ou social.

Si ce livre trouve des lecteurs, amis ou adversaires y reconnaîtront l'auteur de YÉcole d Alexandrie, de la Métaphysique positive, de la Religion, de tout ce qu'il a écrit sur la philosophie. Ils y retrouveront le même esprit, la même doctrine avec plus de suite, plus de précision et de clarté, avec les progrès que la science positive permet de faire à toute métaphysique qui n'entend pas se passer de ses enseignements. J'étais libre penseur quand le nom était plus noblement porté. Je garde ce nom dont pouvaient s'honorer les sincères amis de la liberté, alors qu'il y avait pour eux quelques risques à courir. Dans un livre sur la Démocratie, qui m'a valu les rigueurs du régime impérial pour y avoir discuté des principes de droit social avec moins de hardiesse qu'on ne le fait aujourd'hui dans les Académies et les Universités de notre Europe démocratique, j'ai dit : c Je ne suis ni un fils des croisés, ni un fils de Voltaire. »

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J'étais en cela fidèle à l'esprit de mon siècle, qui est venu comprendre, juger, expliquer ce que le moyen âge a adoré, et ce que le xvm e siècle a brûlé. Je puis le redire encore. Si la science ne connaît pas de miracles, la philosophie ne connaît pas de mystères. La vraie critique explique les mythes, les légendes, les symboles, sans raillerie, sans outrage à la foi religieuse de l'Humanité, avec le respect profond, au contraire, de tous les sentiments purs, de toutes les croyances bienfaisantes. Il fut un temps où notre maître, Victor Cousin, avait l'ambition de réconcilier, dans une synthèse supérieure, à la manière du génie germanique, la théologie et la philosophie, la foi et la raison, le dogme et la doctrine, le passé, le présent et l'avenir. C'est alors qu'il recommandait à la jeunesse qui se pressait autour de sa chaire de respecter, d'aimer, de comprendre ce passé vénérable et glorieux. 11 parlait au nom du siècle nouveau sur les ruines qu'avait faites le siècle de la critique légère et destructive. Quand on lui demandait le respect des mystères, il répondait que ces mystères sont des vérités, et qu'aucune vérité ne doit rester étrangère à la philosophie. Il voulait élever ces vérités mystérieuses du demi-jour du symbole à la pure lumière de la pensée. Plus tard, sentant les difficultés et les périls de son entreprise, il trouva plus sage de séparer les deux sœurs immortelles, en les confinant chacune dans son domaine, de façon à leur éviter un tête-à-tête embarrassant, pour la théologie surtout, qui n'entendait pas se laisser doucement glisser dans les bras de la philosophie. Dans un pays comme l'Allemagne, oùLessing se croit encore chrétien en professant le panthéisme, où le théologien Schleiermacher invoque Spinosa dans ses prières, où Schelling et Hegel proclament l'identité de leur doctrine avec la théologie chrétienne, toute conciliation de ce genre est possible, même au prix des plus évidentes contradictions. L'esprit allemand est aSnsi fait que, dans cet heureux pays, le théologien peut conserver sa foi en deve-

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nant philosophe, et le philosophe sa liberté en devenant théologien. En France, où Ton veut voir clair en toute chose, le tôte-à-tôte entre les deux sœurs est beaucoup plus difficile, et Cousin fit bien d'y renoncer. Seulement, il leur conseilla le silence sur toutes les choses qui pouvaient les diviser, au lieu de laisser à chacune la liberté de faire son œuvre, comme elle l'entend, à la philosophie son œuvre de science et de vérité, à la religion son œuvre de foi et de charité. Sans faire ménage ensemble, elles peuvent vivre en bonne intelligence, si Tune sait se garder du fanatisme-, et l'autre de l'orgueil.

L'accord parfait de la doctrine et du dogme ne sera jamais qu'un rôve d'outre-Rhin, parce que la religion ne peut faire du mystère un pur symbole. Quelque opinion qu'on ait sur la vérité objective du mystère, on ne peut en nier la vertu psychologique. Toute croyance sincère, fût-elle unç illusion, a une puissance d'action qui lui est propre. Elle a fait et fera toujours, tant qu'elle restera dans le cœur de l'homme, des miracles de charité, d'héroïsme, de sacrifice, non pas seulement chez les individus, comme la science et la philosophie peuvent en faire, mais encore chez les peuples. Voilà ce qui doit faire réfléchir le philosophe dont le prosélytisme serait tenté de gagner les foules à ses doctrines. Quand la foi en sort, sait-on bien quelle vertu y entre? Cousin ne fût pas seul à le penser. Je relis en ce moment l'admirable chapitre de Michelet sur Jeanne d'Arc, et j'en retiens ces paroles à propos de la f été de Pâques : « Que se passa-t-il dans ce pauvre cœur, lorsque la fôte éclatant à grand bruit par la ville, les cinq cents cloches de Rouen jetant leurs joyeuses volées dans les airs, le monde chrétien ressuscitant avec le Sauveur, elle resta dans sa mort ! Faisons les fiers, tant que nous voudrons, philosophes et raisonneurs que nous sommes aujourd'hui. Mais qui de nous, parmi les agitations du mouveméht moderne, ou dans les captivités volontaires de l'étude, entend sans émotion le bruit de ces

belles fôtes chrétiennes, la voix touchante des cloches et comme leur doux reproche maternel ? L'esprit reste ferme, mais Tâme est bien triste. Le croyant de l'avenir, qui n'en tient pas moins de cœur au passé, pose alors la plume et ferme le livre ; il ne peut s'empêcher de dire : « Ah ! que ne suis-je avec eux, un des leurs, et le plus simple, le moindre de ces enfants ! »

En portant le flambeau de la raison sur le mystère, le théologien philosophe peut y découvrir une vérité sous un symbole. Mais il faut qu'il sache qu'il détruit une force dans l'âme religieuse qui s'ouvre à son explication. Ici, c'est notre grand Pascal qui est le meilleur théologien. Il goûtait peu la philosophie, et ne souffrait guère la raison autre part que dans la science. Dieu, selon lui, ne se raisonne, ne se démontre ni ne s'explique. Il n'est [sensible qu'au coeur K Il savait par expérience que, quand paraît la lumière de la raison, la foi disparaît avec la merveilleuse vertu qui est en elle. C'est l'histoire de Psyché voulant voir l'Amour qui s'envole, dès qu'elle en approche sa lampe. La philosophie ne fera jamais une religion avec de purs symboles. Certaine religion humanitaire aura beau couvrir les murs de ses temples des images de ses grands hommes, son culte n'aura jamais que de froids adorateurs, alors môme qu'une haute pensée métaphysique ferait de ces hommes d'élite les vrais enfants de Dieu. Le stoïcisme et le néoplatonisme ont peuplé l'Olympe de toutes les forces de la nature et de toutes les puissances de l'esprit. Ils en ont fait les belles et grandes divinités du paganisme. Ces divinités ont perdu tout crédit sur les croyants, du moment que la philosophie en a fait des abstractions réalisées. La foi païenne, toute d'imagination, n*a pu s'accommoder de cette froide symbolique. La foi chrétienne, toute de sentiment, s'en accommoderait moins encore, quelle que soit la portée métaphysique de ses mystères.

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