‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 2)Chapitre 132 sur 259 · Haer, Fab. I · texte numérisé non relu

Haer, Fab. I

remarquer que Tatien a voulu faire une œuvre populaire et simplement retracer la vie de Notre-Seigneur à l'aide des quatre évangiles, ce qui l'autorisait à ne pas suivre trop strictement les textes. S'il a omis la préface de saint Luc, c'est qu'elle n'entrait pas dans son plan; la péricope de la femme adultère n'était probablement pas dans son exemplaire du IV® évangile. Quant au changement d'ordre chronologique et au mélange de discours identiques, on ne peut reprocher trop vivement cette hardiesse au compilateur, étant donnée l'incertitude des évangiles eux-mêmes sur ces divers points. Enfin et surtout, n'oublions pas que Tatien ne paraît pas avoir eu le souci de respecter les textes sacrés, puisque nous savons par Eusèbe qu'il avait corrigé diverses expressions des épîtres pauliniennes. On peut soupçonner que le Diatessaron n'était pas conforme de tout point à la tradition orthodoxe. Après avoir indiqué les passages évangéliques omis dans le Diatessaron de Tatien, Théodoret ajoute : « Cet ouvrage était en usage non seulement chez les adhérents de la secte, mais encore parmi ceux qui suivent la doctrine apostolique, car ils ne soupçonnaient pas la malice de cette composition, mais s'en servaient en toute simplicité à cause de sa brièveté. J'en ai trouvé moi-même plus de deux cents copies que l'on tenait en honneur dans nos églises. Je les ai toutes rassemblées et détruites et remplacées par les évangiles des quatre évangélistes. » En définitive, Tatien était un hérétique qui, à un moindre degré que Marcion, mais à son exemple ne craignait pas de changer les expressions évangéliques.

Remarquons en terminant qu'il a utilisé au même degré les quatre évangiles, même la finale actuelle de saint Marc et ceux-là seulement, ce qui prouve que, de son temps, ces évangiles étaient tous acceptés comme

divins par toute l'Église, à rexclusion des évangiles apocryphes, et même qu'ils étaient, à cette époque, réunis en collection, puisque Tatien a pu intituler son Harmonie : « Évangile de Jésus-Christ au moyen des quatre. » On a soutenu que cette Harmonie était formée des trois synoptiques et de l'évangile des Hébreux, ou même que le Diatessaron était seulement cet évangile des Hébreux, évangile adopté par les Encratites, secte dont faisait partie Tatien. Saint Épiphane^ affirme que le Diatessaron est appelé par quelques-uns évangile selon les Hébreux. Ces hypothèses ne sont pas admissibles, si le Diatessaron que nous possédons est bien celui de Tatien, car il reproduit nos quatre évangiles canoniques et eux seuls. De plus, les quelques fragments qui nous restent de l'évangile des Hébreux ne se trouvent pas dans le Diatessaron ^.

La Doctrine d'Addaï. — Nous apprenons par la Doctrine d'Addaï^ écrit publié à la fin du iv® siècle, mais dont la première rédaction serait du milieu du m® siècle, que le Diatessaron était lu dans les églises syriennes. Nous pouvons croire que ce document renferme la tradition de l'église syrienne et accepter son témoignage sur le recueil des livres du Nouveau Testament, en usage au iii*^ siècle dans cette église, quoiqu'il ne soit pas certain que la liste des écrits scripturaires qu'on y trouve fasse partie de la première rédaction^. Le voici tel qu'il a été mis dans la bouche d'Addaï mourant : « La Loi, les Prophètes et l'Évangile, dans lesquels vous faiteschaque jour des lectures au peuple, et les épîtres de Paul que Simon Pierre nous a envoyées de la ville de

\, Haer, XLVI, 1.

2. On consultera avec fruit rarticle de Stenmng, dans le Dictionary of the Bible de Hastings, Extra-Volume, p. 451. Edinburgh, 1904.

3 Tueront, Les origines de Véglise d'Edesse et la légende d'Abgar, Paris, 188^, p. 118, n. 2.

Rome, et les Actes des apôtres que Jean, fils de Zébédée, nous a envoyés d'Eçhèse, tels sont les écrits que vous devez lire dans les Eglises du Christ et vous ne devez pas lire autre chose ^ » Il est probable que c'est Tatien qui a traduit les épîtres pauliniennes, puisque Eusèbe nous a appris qu'il s'était permis d'en modifier les expressions. Que, de son temps, le canon des Ecritures fût réduit à l'Evangile, aux épîtres pauliniennes et aux Actes, cela ressort de ce fait qu'Aphraates, au milieu du iv® siècle, n'a encore que ce canon restreint, ainsi que nous le verrons plus tard.

§ 6. — Les Sectes hérétiques.

Vers cette époque (170-220) naquirent plusieurs hérésies, en particulier sur la personne du Christ. Elles ne paraissent pas avoir attaqué les écrits néotestamentaires, sauf celle des Théodotiens, qui sont accusés d'avoir audacieusement cherché à corrompre les saintes Écritures. Dans toutes les discussions théologiques on en appelait aux textes du Nouveau Testament.

Les Montanistes acceptaient tous les écrits du Nouveau Testament. TertuUien l'affirme nettement : « Evolvamus communia instrumenta scripturarum pristinarum ^ ». Ils les tenaient pour inspirés, mais, d'après eux, ils avaient été complétés par les révélations subséquentes du Paraclet ^ : « Nihil novi Paracletus inducit. Quod praemonuit, définit; quod sustinuit exposcit. » Ils justifiaient leurs nouvelles révélations par la parole du Seigneur : J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter actuellement. Quand celui-là sera venu, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité,... mais il dira tout ce

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