SCRIVENER, OP, Cit
6. Textkritik des Neuen Test. Leipzig, 1902; H, p. 529 et ss.
§ 2. — Église de Palestine.
Eusèbe de Césarée et les écrits néotestamentaires, — Né vers Tan 265 et mort en 340, Eusèbe Pamphile, évêque de Césarée de Palestine, a rassemblé dans son Histoire ecclésiastique ce que l'on pensait de son temps sur les écrits authentiques du Nouveau Testament et sur les écrits contestés. Il a essayé d'établir une délimitation raisonnée entre les uns et les autres. Il s'est attaché surtout à réunir tout ce qui avait été dit sur les écrits de la seconde catégorie, afin d'établir un jugement sur leur valeur. Pour lui, l'estime qu'on en doit avoir ne dépend pas de la valeur intrinsèque de l'écrit, mais de l'usage qui en a été fait dans l'Église chrétienne. Il relève donc, dans les ouvrages des écrivains ecclésiastiques qu'il étudie, les livres qui ont été cités, l'usage qui en a été fait et l'autorité qu'on leur a attribuée.
Ce sont ces relevés qui lui fournissent les matériaux de sa classification, qu'il nous a donnée au livre III de son Histoire ecclésiastique, ch. 25. c{ Au point où nous en sommes, il semble à propos de capituler, àvaxecpaXaiw- (jadôai, dans une liste les écrits du Nouveau Testament dont il a déjà été parlé. Et certes, il faut mettre au premier rang, £v TTpwToiç, la sainte tétrade des évangiles, que suit l'écrit des Actes des apôtres. Après celui-là, il faut joindre les épîtres de saint Paul, à la suite desquelles il faut recevoir celle qui est rapportée la première de Jean, T/jv cp£po|x£vr|V 'Iwavvou irpoiépav, et semblablement l'épître sanctionnée, xupo)T£ov, de Pierre. A ceux-là on ajoutera, si on le juge bon, l'Apocalypse de Jean, au sujet de laquelle nous exposerons en son temps ce qui en a été pensé. Et tels sont les livres reçus de tous, Ivô[jloXoyou|x6voiç.
« Parmi ceux qui sont contestés, xwv S' àvTi>.eYO{jL£vo)v, mais pareillement connus de beaucoup, on place l'épître dite, XsyouLsvY], de Jacques, et celle de Jude, la seconde épître de saint Pierre et celles qui sont nommées, xat yj ovo(xaÇo[jL6vrj, la deuxième et la troisième de Jean, qu'elles viennent, soit de Févangéliste, soit d'un autre, homonyme de celui-ci.
(( Parmi les apocryphes (bâtards^ voôoi;), il faut aussi ranger le livre des Actes de Paul et celui qui est appelé, ô Xeyoîxsvoç, le Pasteur et l'Apocalypse de Pierre et, de plus, l'épître attribuée, cpspofAsvy), à Barnabé et les enseignements dits des apôtres, xai twv dizoaioloiv cd XeyouLEvai AiSa;(at, et encore, comme je l'ai dit, l'Apocalypse de Jean, si cela paraît bon, sî cpavsiT), laquelle, comme je l'ai dit, quelques-uns rejettent, v]v tiveç àôetouaiv, mais que d'autres admettent après examen, parmi les livres universellement reconnus, lyxpivouaiv xoïç ô{jLoXoYou[jt.evoK. Quelques-uns enregistrent encore parmi ceux-ci Tévangile selon les Hébreux, dont ceux des Juifs qui ont reçu le Christ se servent de préférence. Tous ces livres pourraient être rangés parmi les contestés, twv avTi>.£YofA£vo)v.
« Mais nécessairementnous avons dûdresserdemême le catalogue de ceux-ci, séparant, Siaxpivovxsç, les écrits qui, selon la tradition ecclésiastique, sont vrais et authentiques et reconnus, tcx; ts xaxoc tyiv lxxX/]criaaTixyiv TtapaSoŒiv àXvjfisIç xa\ airXadTOuç xai àvo3[jLoXoYV]fJt£vaç yP^^o^Ç? et ceux qui sont autres que ceux-ci, xal xàç aXXci)ç Trapà TauTaç, n'étant pas testamentaires, oux IvStaGT^xouç, mais sont contestés, bien qu'ils soient connus de la plupart des écrivains ecclésiastiques, afin que nous puissions bien reconnaître ces écrits et ceux qui, sous le nom d'apôtres, ont cours chez les hérétiques, xal xàç évofjiaxi Twv aTtoŒToXwv TTpo; Twv atpETixwv 7rpocp6po[/.£vaç, qu'ils s'annoncent comme évangiles de Pierre et de Thomas et de Matthias et de quelques autres à côté de ceux-ci, ou
comme Actes d'André, de saint Jean et des autres apôtres, livres qu'aucun homme, inscrit dans la succession ecclésiastique, n'adaigné jamais appeler en témoignage, 5v ouSèv ouSa(jLWç Iv (jUYYpafX[jLaTt twv xaxà xàç Sia§o)ç^otç IxxXy)aiaffTixGv Tiç àvijp eîç [jiv>i(jt.y)v aYaysTv yjÇtwdsv, Le caractère même de leur style est en opposition avec l'usage apostolique ; la pensée et le choix de leurs enseignements sont tout à fait en désaccord avec ceux de la véritable orthodoxie, de sorte qu'ils montrent clairement qu'ils sont des inventions d'hérétiques. C'est pourquoi il ne faut pas même les ranger parmi les apocryphes (bâtards, Iv voôot;), mais il faut les rejeter comme absolument absurdes et impies, aXX' àç axoTra TcdtvTYj xai Suacsêr]. »
Ce texte important doit être examiné soit en luimême, soit en le comparant à d'autres textes d'Eusèbe sur la même question. Rappelons que le but de Fécrivain est de fixer le canon du Nouveau Testament en cataloguant le témoignage des écrivains précédents sur les écrits néotestamentaires ou non. Il range donc, d'un côté ceux qui sont acceptés par tous, homologoumènes, et ceux qui sont contestés, antilégomènes, et de l'autre les écrits des hérétiques. Cette séparation des livres hérétiques des autres écrits qui ont reçu une acceptation plus ou moins étendue dans l'Église est fondée sur ce que la doctrine de ces écrits n'est pas conforme à la foi orthodoxe.
La division des écrits en homologoumènes et antilégomènes est basée sur leur réception plus ou moins étendue dans l'Église. Les homologoumènes, c'est-àdire les écrits acceptés par tous, sont les quatre évangiles, les Actes des apôtres,' les épîtres pauliniennes , la première épître de saint Jean et la première épître de saint Pierre et, avec une restriction toutefois, l'Apocalypse de saint Jean.
Sur les antilégomènes, la manière de s'exprimer d'Eusèbe est un peu flottante. Il distingue deux catégories d*antilégomènes. Dans la première, il range les livres qui ont été contestés, mais qui sont acceptés par la majorité, tels que Tépître de saint Jacques, celle de saint Jude, la seconde de saint Pierre, la deuxième et la troisième de saint Jean.
La seconde catégorie, qui comprend les Actes de Paul, le Pasteur d'Hermas, l'Apocalypse de Pierre, l'épître de saint Barnabé, les Doctrines des apôtres et, d'après quelques-uns, l'évangile selon les Hébreux et même, pour un petit nombre, l'Apocalypse de saint Jean, est formée de livres qui peuvent être rangés parmi les contestés, antilégomènes, mais qui, ne portant pas les marques authentiques d'origine apostolique et n'étant reçus que de la minorité des églises, sont appelés vo6oi, c'est-à-dire bâtards, illégitimes, apocryphes. Cette appellation ne vise pas leur contenu ou leur authenticité, mais leur moindre réception dans rÉglise. Ailleurs ^ cependant, il appellera bâtards ou apocryphes, vd6oi, des écrits hérétiques. (( Voilà ce qui est venu à notre connaissance relativement aux apôtres et à leurs temps, ainsi qu'aux saintes Écritures qu'ils nous ont laissées et aux écrits qui, bien que contestés, sont lus de même publiquement dans un grand nombre d'églises, enfin à ceux qui sont absolument apocryphes, TravTgXcoç voôwv, et étrangers, àXXoTpiwv, à l'orthodoxie apostolique. » Il y aurait donc deux catégories de voOoi, de bâtards : les écrits simplement bâtards, qui sont contestés, et les écrits tout à fait bâtards, qui sont hérétiques. Cet emploi d'un même terme pour deux sortes d'écrits différents entraîne une certaine confusion, à laquelle on remédiera