M. L, XII, col
parle des Manichéens, des Gnostiques et d'autres très nombreux qui ont des écrits apocryphes des prophètes et des apôtres, et méprisent les Écritures canoniques.
Et il ajoute qu'il a été établi par les apôtres et par leurs successeurs, qu'on ne doit rien lire dans l'Église catholique, si ce n'est la loi et les prophètes et les évangiles et les Actes et les treize épîtres de Paul et les sept autres : les deux de Pierre, les trois de Jean, celle de Jude et celle de Jacques; lesquelles sept sont jointes aux Actes des apôtres. 11 est difficile de voir à quelle Église saint Philastre a emprunté ce canon. Il n'est pas oriental, puisqu'il supprime l'épître aux Hébreux; il n'est pas occidental, puisqu'il mentionne des épîtres catholiques qui n'étaient pas dans le canon latin et supprime l'Apocalypse. Faut-il croire qu'il a voulu expliquer cette liste d'écrits canoniques en ajoutant : « Mais les écritures cachées, c'est-à-dire apocryphes, quoiqu'elles doivent être lues parles parfaits dans un but moral, etsi legi debent morum causa a perfectis^ ne doivent pas être lues par tous ; ne comprenant pas, les hérétiques ont ajouté beaucoup de choses et retranché ce qu'ils ont voulu, quia non intelligentes multa addiderunt et tulerunt quae çoluerunt haeretici, » Est-ce que parmi ces hérétiques sont ceux qui, d'après lui, ont rejeté l'évangile selon saint Jean et l'Apocalypse^? Ces hérétiques ont osé dire que ces livres étaient l'œuvre non du bienheureux Jean, évangéliste et apôtre, mais de Cérinthe. En tout cas, saint Philastre tient l'Apocalypse pour Écriture canonique 2.
Il nous parle longuement de l'épître aux Hébreux dans l'Hérésie 89, intitulée : De l'Hérésie de quelques-^
U Haer. (iOa l 2. Haer. 42.
ÉGLISE D'OCCIDEÎST (350-450).
uns sur l'épttre aux Hébreux. « Il y a aussi d'autres (hérétiques) qui affirment que Tépître de Paul aux Hébreux n'est pas de celui-ci, mais disent qu'elle est de l'apôtre Barnabé ou de Clément, évêque de la ville de Rome ; mais d'autres disent qu'elle est de Luc l'évangéliste. Certains veulent aussi lire une épître du bienheureux apôtre écrite aux Laodicéens. Et parce que des gens mal pensants y ont ajouté certaines choses, celle-ci n'est pas lue dans Téglise. Et si elle est lue par certains, elle n'est pas lue cependant dans l'église au peuple. On ne lit que les treize épîtres de Paul et quelquefois celle aux Hébreux. Et parce qu'il a écrit celle-ci selon les règles de la rhétorique, dans un style qui doit être approuvé, rhetorice scripsit sermone plausibiliy de là on pense qu'elle n'est pas du même apôtre. Et parce qu'il y est dit que le Christ a été fait, on ne la lit pas et également à cause des Novatiens, pour ce qui a été dit de la pénitence. »
On constatera que saint Philastre a admis dans sa compilation des éléments hétérogènes, qui ne venaient pas de la même région et n'étaient pas de la même époque. Il rassemble toutes les opinions émises sur tel ou tel livre, sans se rendre bien compte de leur valeur historique ou doctrinale. Mais de l'ensemble de son travail, il ressort qu'il admettait comme canoniques tous les livres de notre Nouveau Testament actuel.
Rufîn. — Le prêtre d'Aquilée, Toranius Rufinus (f 410), avait vécu longtemps en Orient et s'était occupé beaucoup de questions scripturaires. Dans son jÇ^/?ositio in symbolum apostolorum^ §36-38, il nous donne une liste des livres canoniques de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui reproduit à peu près celle de saint Athanase, et mieux celle de saint Cyrille de Jérusalem, Il affirme d'abord que c'est l'Esp rit-Saint
qui a inspiré dans TAncien Testament la Loi et les i Prophètes, et, dans le Nouveau, les Evangiles et les î Apôtres. « C'est pourquoi, dit-il, nous croyons les livres r de TAncien et du Nouveau Testament qui, suivant la \ tradition des anciens, ont été inspirés par le même Es- \ prit saint. Il paraît convenable de les ordonner ici par i un nombre digne de foi, comme nous les avons reçus | d'après les écrits des Pères, ex patrum monumentis. »
Rufin énumère alors les livres de FAncien Testa- i ment, puis ceux du Nouveau : quatre évangiles de I Matthieu, Marc, Luc et Jean; les Actes des apôtres qu'a écrits Luc; quatorze épîtres de l'apôtre Paul; deux épîtres de l'apôtre Pierre; une de Jacques, frère ^ du Seigneur et apôtre; une de Jude; trois de Jean; l'Apocalypse de Jean. Tels senties livres que les pères ont enfermés dans le canon.
« Il faut savoir cependant qu'il y a aussi d'autres li- ! vres qui n'ont pas été appelés canoniques par les an- ; ciens, mais ecclésiastiques, tels que la Sagesse de \ Salomon, celle du fils de Sirach... dans le Nouveau i Testament, le petit livre qui est dit du Pasteur ou i d'Hermas, celui qui est appelé les Deux Voies, ou le i Jugement d'après Pierre. Tous ces livres demandent à ^ la vérité à être lus dans les églises, mais ne peuvent être cités comme autorité pour démontrer la foi, quae omnîa legi quidem in ecclesiis {>oluerunty non tamen proferri ad auctoritatem ex his fidei confirmant dam. Ils nommèrent apocryphes les autres écritures, qu'ils ne veulent pas qu'on lise dans les églises. » Il nous semble que la phrase serait plus acceptable si on lisait quidam au lieu de quidem.
Cette liste de livres canoniques a été écrite vers l'an 400. Elle ne reproduit l'usage d'aucune église particulière, mais a été formée par la réunion des témoignages des Pères. L'examen que nous allons faire des
témoignages de saint Jérôme et de saint Augustin va nous démontrer que Taccord sur quelques livres néotestamentaires n'était pas encore établi dans toute l'Église.
Saint Jérôme. — Le représentant le plus autorisé des deux traditions, orientale et occidentale, fut saint Jérôme. Né vers 346 à Stridon, en Dalmatie, il vécut longtemps à Rome, voyagea en Gaule et en Asie, à Antioche, à Constantinople, puis s'établit définitivement à Bethléem en 385, où il mourut en 420. Son témoignage représente donc, on peut le dire, la tradition de toute l'Église chrétienne.
Dans sa lettre à Paulinus, qu'on trouve imprimée en tête des éditions de la Vulgate, saint Jérôme donne une liste des écrits canoniques de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il caractérise chacun d'eux en quelques mots. De cet exposé, il ressort qu'il accepte comme Écriture révélée les quatre évangiles, Matthieu, Marc, Luc et Jean, le Quadrige du Seigneur. L'apôtre Paul a écrit à sept églises, car la huitième aux Hébreux est placée par la plupart en dehors du nombre, octai^a enim ad Hebraeos a plerisque extra numerum ponitur. Il parle ensuite des épîtres àTimothée, à Tite, àPhilémon; des Actes des apôtres écrits par Luc; des sept épîtres, écrites par Jacques, Pierre, Jean et Jude, apôtres ; de l'Apocalypse de Jean qui renferme autant de mystères que de mots. La réserve que fait saint Jérôme sur Tépître aux Hébreux a pour but de tenir compte de l'opinion de l'église latine à son sujet. Il en résulte que la canonicité de cette épître est assez douteuse, même pour lui. Nous allons voir ce qu'il en pense.
Dans le cours de ses ouvrages, il rapporte son opinion et celle des autres sur quelques livres néotestamentaires. Et d'abord sur l'épître aux Hébreux. Dans
le De Virîs illustribus, § 5, il s'exprime ainsi : « On " ne croit pas que Tépître qui est dite aux Hébreux soit a de lui (Paul), à cause de la différence du style et de la . langue ; mais elle serait de Barnabé d'après TertuUien, % ou de Luc révangéliste selon d'autres, ou de Clément, \ évêque de Rome dans la suite. » Saint Jérôme supposer ensuite que Paul a écrit son épître en hébreu et qu'elle | a été traduite en grec.
Dans son épître à Dardanus, CXXIX, il expose en détail ce que l'on pense de l'épitre aux Hébreux. « Il faut dire aux nôtres que cette épître, qui est inscrite sous le titre Ad Hebraeos^ est reçue comme étant deTapôtre Paul non seulement par les églises d'Orient, mais par tous les anciens écrivains ecclésiastiques de langue grecque, quoique le plus grand nombre pense qu'elle est de Barnabé ou de Clément, mais il importe peu de qui elle est puisqu'elle est d'un homme ecclésiastique et qu'elle est lue chaque jour dans les églises. Que si la coutume des Latins ne la reçoit pas parmi les Écritures canoniques et si les églises des Grecs ne reçoivent pas, avec la même liberté, l'Apocalypse de Jean, et cependant nous recevons l'une et l'autre, ne suivant en aucune manière la coutume de ce temps, mais l'autorité des anciens écrivains : Quod si eam Latinorum consuetudo non recipit inter Scripturas canonicas; nec Graecorum quidem Ecclesiae Apocalypsin Joannis eadem libertate suscipiunt, et tamen nos utrumque suscipimus; nequaquam hujus temporis consuetudinem sed veterum scriptorum auctoritatem sequentes. »
Dans son commentaire sur l'évangile de saint Matthieu, IV, 26, saint Jérôme dit encore : « Nam et Paulus in epistola sua quae inscribitur ad Hebraeos, licet de ea multi Latinorum dubitent. » Il affirme de nouveau dans son De Viris illustribus^ 59, que cette épître n'est pas reçue comme de Paul par les Romains.
Pour lui, personnellement, tantôt il attribue simplement l'épître à saint Paul \ tantôt il met une réserve : « Hoc testimonio Apostolus Paulus sive quis alius scripsit Epistolam usus est ad Hebraeos ^. »
On voit que sur Tépître aux Hébreux saint Jérôme est assez embarrassé. 11 adopte la tradition de l'église orientale sur l'origine pauiinienne de cette épître, tout en la rapportant d'une façon assez singulière. — Tous les écrivains grecs la reçoivent comme étant de Paul, bien que le plus grand nombre pensent qu'elle es tde Barnabé ou de Clément. — Il rappelle aussi la tradition de l'église d'Occident qui n'accepte pas comme pauiinienne cette épître. Mais, d'après lui, cette question d'origine importe peu, puisque l'épître est d'un auteur ecclésiastique et qu'elle est lue quotidiennement dans les églises. Saint Jérôme établit ici le premier la distinction importante entre l'authenticité d'un livre et sa canonicité. Celle-ci atteste son origine inspirée et sa valeur d'Ecriture régulatrice de la loi, tandis que celle-là s'occupe seulement de son origine humaine. Cette distinction faisait droit à la fois aux croyances des Orientaux et aux scrupules des Latins. Elle pourra être plus tard employée à propos d'autres livres ou parties de livres.
En passant, il fait allusion à la non-réception de l'Apocalypse par l'église grecque, mais il ajoute qu'il s'attache à l'autorité des anciens et non à la coutume actuelle et, de fait, dans ses œuvres, il n'hésite jamais à accepter comme canonique l'Apocalypse de saint Jean ^.
Examinons maintenant son témoignage sur les deutérocanoniques, et d'abord sur la seconde épître de saint Pierre. Dans son Prologue aux épîtres canoniques