EusÈBE, Hist. eccl. IV
PÉRIODE APOSTOLIQUE
paroles du Christ que ces premiers écrivains n'ont pas connu les évangiles. Remarquons qu'ils ont appris, tout d'abord, ces paroles par la tradition orale, puisque les tout premiers, saint Clément, saint Ignace, saint Polycarpe ont été catéchisés probablement à une époque où les évangiles n'étaient pas encore écrits, de sorte que, bien qu'ils eussent eu ensuite ceux-ci entre les mains, ils continuaient à citer les paroles de Jésus sous cette forme : « Le Seigneur a dit ». D'ailleurs, n'est-ce pas encore sous cette forme que, de tout temps et encore de nos jours, on cite dans la prédication les paroles de Jésus.
Remarquons aussi que chez les premiers écrivains chrétiens il est toujours parlé de l'évangile au singulier, suaYyéXiov, ce qui ne prouve pas qu'ils n'ont connu qu'un seul évangile. Cette expression a son origine dans le Nouveau Testament, où elle est employée tout d'abord pour signifier la bonne nouvelle du salut par Jésus-Christ; plus tard, on l'employa encore dans le même sens et, quand elle désigna des écrits contenant cette bonne nouvelle, elle garda encore ce sens d'une certaine façon, puisque chacun d'eux porta ce titre : EuaYY^Xtov xaToc MaiOatov, xaxà Mapxov.
Dans l'étude que nous allons instituer sur l'usage qui a été fait des écrits du Nouveau Testament et de l'autorité qui leur a été attribuée, nous devrons examiner séparément les évangiles et les épîtres, car il semble que, de bonne heure, ces écrits ont été rassemblés en deux collections : ËuayYsXtov et aTroaxoXtxoç
((XTTOdToXo;).
Avant d'aborder l'étude des documents apostoliques, rappelons les dates de naissance des livres du Nouveau Testament. Pour les épîtres de saint Paul, nous avons des dates assez fixes ; elles ont été écrites de l'an 48 à l'an 64 ou 67, en prenant les dates les plus extrêmes*
L'épître aux Hébreux serait de l'an 58-66. Les évangiles synoptiques et les Actes des apôtres auraient probablement été écrits entre 60 et 70, ainsi que les épîtres de saint Pierre, de saint Jacques et de saint Jude. Les écrits johanniques dateraient de la fin du i®^ siècle.
Nous devons rechercher tout d'abord les traces que les écrits du Nouveau Testament ont laissées les uns dans les autres. Les auteurs des livres du Nouveau Testament ont dû en effet connaître les écrits les uns. des autres. Les évangiles synoptiques seraient, d'après quelques critiques, des écrits indépendants; mais,^ d'après plusieurs autres, saint Matthieu et saint Luc auraient connu saint Marc. Saint Luc fait allusion à des écrits antérieurs au sien, mais si nous en croyons plusieurs critiques, il est peu probable que ceux dont il parle soient les évangiles de saint Matthieu ou de saint Marc. Il semble bien cependant qu'il a, tout au moins, utilisé l'évangile de saint Marc. Les Actes des apôtres supposent le IIP évangile. Les épîtres de saint Paul, sauf les épîtres Pastorales, ne se réfèrent à aucun document apostolique écrit. Écrivant à Timothée, I, V, 17, 18, saint Paul lui rappelle que les anciens qui gouvernent bien doivent recevoir un double honneur, « car, ajoute-t-il, TEcriture dit : « Tu n'enmuselleras pas le bœuf qui foule le grain, et l'ouvrier mérite son salaire. » Cette dernière proposition est une parole de Jésus, rapportée par saint Luc, X, 7. Est-elle citée par saint Paul comme une citation de l'Ecriture, de même que la première proposition, empruntée au Deutéronome? C'est très probable. Ou bien le texte du Deutéronome est-il seul rangé sous l'appellation : « l'Écriture dit » ?
Saint Jean devait connaître les évangiles synoptiques. Nous Pavons démontré dans VHistoire des Iwres du Nouveau Testament^ t. IV, p. 211 et 250.
PÉRIODE APOSTOLIQUE
On pourrait supposer, il est vrai, que saint Jean, témoin oculaire, s'est rencontré avec les autres évangiles dans les faits et les discours qu'il rapporte, sans leur avoir emprunté les uns et les autres. Les rapports entre l'épître de saint Jacques, la première épître de saint Pierre et les épîtres pauliniennes sont difficiles à préciser, mais ils paraissent certains, de même que ceux entre la deuxième épître de saint Pierre et celle de saint Jude. Les épîtres johanniques sont une réplique du IV® évangile.
Reste le passage de la deuxième épître de saint Pierre, III, 15, 16, dont il faut fixer la signification. « C'est pourquoi, bien-aimés, estimez que la longanimité de Notre-Seigneur est votre salut, ainsi que notre bien-aimé frère Paul vous l'a aussi écrit selon la sagesse, qui lui a été donnée, comme aussi il le fait dans toutes les épîtres, Iv tzôlgouç sTrKjioXatç, parlant en elles de choses difficiles à comprendre que les ignorants et ceux qui sont mal affermis tordent comme aussi les autres Écritures, xà; XoiTuàç ypofcpaç, pour leur propre perdition. » De ce texte il résulte que l'auteur fait allusion à des épîtres pauliniennes que lui et ses lecteurs connaissent. Était-ce toutes celles que nous avons et rien que celles-ci, et étaient-elles déjà constituées en recueil? Les deux premiers points restent douteux et le troisième est improbable. Les Écritures dont il est parlé, ce sont, d'après l'usage dans le Nouveau Testament, principalement dans les évangiles et les épîtres pauliniennes, les écrits de l'Ancien Testament. Les termes Ypaco^î et ypa^ai sont des termes consacrés qui désignent toujours un écrit inspiré de Dieu. Or, d'après ce texte, les épîtres pauliniennes sont placées au même rang que ceux-ci, puisque les livres de l'Ancien Testament sont qualifiés « d'autres Écritures ». Les épîtres pauliniennes sont donc aussi des Écritures, et elles
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jouissent dans TEglise chrétienne de la même autorité que l'Ancien Testament; en d'autres termes, elles sont inspirées de Dieu.
Ce témoignage serait très précieux pour démontrer que, dès l'origine, les épîtres pauliniennes ont été tenues pour des Ecritures sacrées, si tous les critiques acceptaient que cette épître a été composée vers l'an 64-67. Mais la plupart la croient beaucoup plus récente et la reculent jusque vers Fan 150-180. A cette date, ce passage serait conforme aux idées régnantes à cette époque sur les épîtres de saint Paul. Mais cette date est beaucoup trop tardive ; Mayor ^ cependant ne croit pas que ce passage ait pu être écrit avant la fin du i^^ siècle.