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LES ÉGLISES DISSIDENTES JUSQU'A NOS JOURS

foi catalogue tous les livres de FAncien et du Nouveau Testament que nous recevons.

§ 2. — Les églises syriennes.

L'église nestorienne avait adopté le canon de l'église d'Antioche lequel contenait tous les livres du Nouveau Testament, sauf les épîtres de saint Jacques et de saint Jude, la deuxième et la troisième de saint Jean et l'Apocalypse .

Le catalogue des livres saints d'Ebedjésu bar Bérika, métropolitain de Nisibe, est conforme à cette liste, et à la fin il ajoute le Diatessaron de Tatien :

Gaput IL Nunc absoluto Veteri

Aggrediamur jam Novum Testamentum

Gujus caput est Matthaeus, qui hebraice

In Palestina scripsit.

Post hune Marcus, qui Romane

Loquutus est in celeberrima Rom a :

Et Lucas, qui Alexandriae

Graece dixit scripsitque

Et Johannes, qui Ephesi

Graeco sermone exaravit Evangelium

Actus quoque Apostolorum

Quos Lucas Theophilo inscripsit

TresetiamEpistolae quae inscribuntur

Apostolis in omni codice et lingua,

Jacobo scilicet et Petro et Joanni

Et Gatholicae nuncupantur

ApostoU autem Pauli magni

Epistolae quatuordecim

Gap. IIL Evangelium quod compilavit

Vir Alexandrinus

Ammonius qui et Tatianus,

Illudque Diatessaron appeUavit.

D'après Martin S Ebedjésu aurait eu entre les mains

1. Le Diatessaron de Tatien {Revue des Questions historiques), Paris, avril 1883.

DU CONCILE DE TRENTE A NOS JOURS

le texte syriaque duDiatessaron, tandis que les monophysites ne l'auraient connu que par la tradition.

Denys bar Salibi, évêque de Marasch {f 1171), et Bar Hebraeus, évêque de Tagrit, n'auraient pas vu le texte du Diatessaron.

l^e canon de Bar Hebraeus était complet et contenait en outre les huit livres mystiques de Clément.

§ 3. — L^église arménienne.

Le Nouveau Testament arménien contient tous les livres du Nouveau Testament et en plus les épîtres apocryphes des Corinthiens à saint Paul et de saint Paul aux Corinthiens.

g 4. — L^église éthiopienne.

L'Église éthiopienne ajoute les Constitutions apostoliques à son canon du Nouveau Testament.

CONCLUSION

Arrivé au terme de nos recherches, nous devons résumer les faits et essayer d'en dégager les conclusions qui paraissent ressortir de l'ensemble des observations que nous avons faites. Nous tâcherons de ne pas exagérer la portée des faits et de rester, dans nos affirmations, dans la limite de ce qui est établi par les documents.

Après que Notre-Seigneur fut monté au ciel, saint Pierre et les apôtres, remplis de l'Esprit-Saint qu'ils avaient reçu le jour delà Pentecôte, prêchèrent Jésus- Christ, mort pour nos péchés et ressuscité, et répétèrent ses enseignements. Ces récits de la vie du Seigneur et les paroles de Jésus restèrent à l'état oral, pendant un espace de temps que nous ne pouvons déterminer. Les uns et les autres étaient répétés dans les assemblées chrétiennes. Nous devons penser que ces paroles du Seigneur, enchâssées dans les récits de sa vie, furent écrites d'assez bonne heure et que, soit à l'état oral, soit à l'état écrit, elles furent regardées comme étant la parole même du Seigneur et jouissant comme lui d'une autorité divine.

Cette vie du Seigneur et ces enseignements, qui constituaient l'Evangile, la bonne nouvelle, étaient probablement tout d'abord à l'état dispersé, mais furent

CONCLUSION

bientôt rassemblés et formèrent des livres qui reçurent le nom d'évangiles. Ils furent nombreux à l'origine, mais trois d'entre eux, les évangiles de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Luc, émergèrent bientôt de la masse des autres. Ils furent lus dans toutes les églises chrétiennes, tandis que les autres : évangiles des Hébreux, des Égyptiens, restèrent d'un usage local, ou même quelques autres ne servirent qu'aux sectes hérétiques desquelles ils provenaient.

Bientôt parut un quatrième évangile, celui de saint Jean, dont l'Église reconnut l'origine apostolique et qu'elle tint pour un fidèle représentant de l'enseignement du Seigneur.

Ces quatre évangiles, le tétramorphe, étaient lus dans les assemblées chrétiennes en même temps que les écrits de l'Ancien Testament et jouirent dès Torigine de la même autorité que ceux-ci ; ils furent tenus pour divins, inspirés, parce que, reproduisant les enseignements authentiques de Jésus et racontant sa vie, ils représentaient le Seigneur lui-même. C'est la pensée de saint Ignace d'Antioche, lorsqu'il nous dit qu'il se réfugie dans l'Évangile comme dans la chair de Jésus, Philad.N, 1.'

Les évangiles de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc et de saint Jean furent regardés, dès leur origine, comme inspirés, parce qu'ils étaient d'origine apostolique immédiate ou médiate, que leur enseignement était celui de la tradition apostolique et qu'ils étaient lus dans toute l'Église chrétienne. Les autres évangiles furent rejetés parce qu'ils étaient locaux, n'étaient pas d'origine apostolique authentique, et que quelques-uns même étaient hérétiques. Ce fut surtout le cas de plusieurs de ceux qui naquirent au ii® siècle.

Les écrits apostoliques furent regardés comme inspirés pour des raisons analogues. Dès le commence-

CONCLUSION

ment de l'Église, les apôtres écrivirent aux communautés qu'ils avaient fondées, soit pour les fortifier dans la foi, pour les soutenir dans les épreuves, soit afin de leur expliquer certains points de doctrine qui avaient besoin d'être développés ou défendus. Ces épîtres jouirent de la même autorité que leurs auteurs. Or, les apôtres étaient regardés comme des représentants du Christ, des porte-paroles du Seigneur. Leurs enseignements étaient donc inspirés comme ceux de leur Maître.

Les communautés chrétiennes se communiquaient réciproquement les lettres qu'elles avaient reçues, soit qu'elles en eussent reçu l'ordre des écrivains euxmêmes, soit qu'elles se les eussent demandées les unes aux autres, et ainsi, de proche en proche et rapidement, ces écrits apostoliques se répandirent dans toute l'Église et furent lus dans les assemblées chrétiennes. Il y eut aussi, aux temps apostoliques, quelques épîtres ou des écrits qui, à côté des épîtres authentiques des apôtres, jouirent d'une certaine autorité dans les églises, mais dans le cours du temps ils furent rejetés comme non inspirés, bien qu'on regardât quelques-uns d'entre eux comme bons pour l'édification ou l'enseignenient chrétien.

L'Église chrétienne fut bientôt unanime pour accepter comme inspirées les épîtres de saint Paul, la première épître de saint Pierre, la première épître de saint Jean, l'épître de saint Jude. Les Actes des apôtres, œuvre de saint Luc, participèrent de l'autorité attribuée au IIP évangile. L'Apocalypse, regardée comme l'œuvre de saint Jean, fut tout d'abord tenue pour inspirée. Quelques autres écrits ne furent pas à l'origine acceptés comme inspirés dans toute l'étendue de l'Église chrétienne, parce que les uns, l'épître de saint Jacques et la seconde épître de saint

CONCLUSION

Pierre, n'avaient pas dépassé tout d'abord le cercle de leur lieu d'origine, et pour un autre, l'épître aux Hébreux, parce qu'on ne le tenait pas partout pour un écrit apostolique. Bientôt cependant, ces écrits se répandirent dans l'Église et tous furent regardés comme inspirés.

De l'ensemble de ces faits nous devons conclure qu'un écrit fut tenu pour inspiré, tout d'abord et principalement, parce qu'il était d'origine apostolique. Lorsqu'il fut question de savoir si tel ou tel livre était inspiré, on se demanda si l'enseignement qui y était contenu était conforme à l'enseignement traditionnel et s'il était accepté et lu dans toute l'Eglise. Nous croyons donc que le critérium de l'inspiration d'un livre fut triple : l'origine apostolique, sa conformité avec la doctrine traditionnelle et sa réception dans toute l'Eglise.

Nous avons vu que les livres tenus pour inspirés furent bientôt rassemblés en deux collections, appelées \Lù<xy^iXio^ et 'AttoœtoXo;. Dans la première se trouvèrent nos quatre évangiles canoniques; dans la seconde, les épitres pauliniennes, les Actes des apôtres, les épîtres de saint Pierre, de saint Jude. la première de saint Jean. Dans quelques églises on y ajoutait l'épître aux Hébreux, celle de saint Jacques, les deux petites épîtres de saint Jean, et dans d'autres on ne les acceptait pas. L'Apocalypse, reçue tout d'abord dans toute 1 Eglise, fut ensuite rejetée en Orient pour des motifs doctrinaux.

Ces deux collections ne furent pas formées par suite d'une décision officielle de l'Eglise, mais furent plutôt le résultat d'une sorte d'entente tacite entre les églises de la chrétienté ; ce n'est même qu'assez tardivement que l'accord se fit sur tous les livres qu'on devait tenir pour inspirés, et encore il n'a jamais été

CONCLUSION

complet. L'Église latine est en possession d'une liste définitive des livres du Nouveau Testament dès la fin du iv** siècle, et cette liste a été consacrée par la définition du concile de Trente. En d'autres termes, le canon du Nouveau Testament a été fixé par le concile de Carthage (419) et surtout par la lettre du pape Innocent I" à Exupère, évêque de Toulouse; ce qui ne veut pas dire que ce soit par ces décisions que les livres néotestamentaires aient été reconnus inspirés, — il y avait longtemps que l'Église latine les tenait pour tels, — mais par celles-ci leur canonicité a été officiellement constatée et imposée aux chrétiens.

L'Église d'Orient, au contraire, a bien eu des listes d'écrits néotestamentaires, provenant d'écrivains ecclésiastiques ou de conciles, mais chez elle l'accord ne s'est pas établi définitivement et encore aujourd'hui le canon du Nouveau Testament n'est pas le même dans toutes ses églises.

Pour nous catholiques, le canon du Nouveau Testament a été clos définitivement par le concile de Trente. Notre étude sur ce point est donc terminée. Il resterait à examiner ce que les écrivains contemporains, catholiques ou non catholiques, ont pensé des écrits néotestamentaires au point de vue de leur authenticité ou du texte que nous en avons. Le premier point de vue a été traité dans notre Histoire des libres du Nouveau Testament; le second le sera dans le deuxième volume du présent ouvrage. Nous n'avons pas à parler de l'interprétation des textes du Nouveau Testament par nos contemporains, ceci est du domaine de l'histoire de l'exégèse, dont nous ne nous occupons pas.

TABLE DES MATIÈRES

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