mu. ceci. IV
PÉRIODE POST-APOSTOLIQUE
I Cor. VI, 2. C'est la première fois qu'une citation du Nouveau Testament est introduite par le nom de son auteur. Saint Polycarpe, en outre, rappelle aux Plîilippiens, III, 2, les enseignements que saint Paul leur a donnés dans ses lettres. Saint Polycarpe a connu les épîtres aux Corinthiens, ainsi qu'il ressort des rapprochements suivants : Pol, V, 3
I Cor. VI, 3; PoL XI, 2 = I Cor. VI, 2; Pol. m, 2, 3zzrl Cor. XIII, 13;Po/. III, 2 =r I Cor. VIII, 10; PoL XI, 4 = I Cor. XIV, 10; PoL IV, 3 = I Cor. XIV, 25; PoL XI, 1 I Cor. XV, 58; PoL VI, 2 =
II Cor. V, 10; PoL IV, 1 = II Cor. VI, 7; PoL II, 2
Cor. IV, 14; Po/. VI, 2 = II Cor. V, 10; PoL V, 1 = II Cor. VIII, 21 ; PoL XIII, 21 ; PoL XI, 3 II Cor. III, 2; l'épitre aux Romains : PoL IV, 1 = Ro?n. XIII, 12; />o/. III, 3 = Rom. XIII, 8;répître aux Calâtes : PoL VI, 1 = GaL VI, 7; Po/. III, 3 = GaL IV 26; aux Éphésiens : PoL I, 3 = II, 8; PoL XII, 1 =zEph. IV, 26; aux Philippiens : PoL IX, 2== II, 16; PoL II, 1 = Philip. II, 10; Po/. V, 2 = Philip. I, 27; la IPépître aux Thessaloniciens : Po/. XI, 3= II TAe^s. I, 4; Po/. XI, 4 = II Thess. III, 15; les épîtres à Timothée : Pol. IV, 1= I Tim. VI, 7, 10; />o/. IV, 3 = I Tim. V, 2; Po^. V, 5 =: I Tim, III, 8; i>o/.IX,2zz=Iirim.IV,10; Po/. XI, 4=11 Tim. II, 25.
De ces multiples points d'accord on peut conclure que saint Polycarpe avait entre les mains une collection des épîtres pauliniennes et que ses lecteurs en possédaient une semblable. On avait dû réunir les épîtres de saint Paul, comme on l'avait fait pour les épîtres de saint Ignace, ainsi qu'il ressort du texte de saint Polycarpe que nous avons déjà cité. Et si saint Polycarpe ou les Philippiens n'avaient pas eu déjà toutes les épîtres pauliniennes, ils auraient cherché à se les procurer, et saint Polycarpe les aurait réclamées en même temps
que celles de saint Ignace. Nous ne devons pas cependant conclure que cette collection d'épîtres pauliniennes était le premier noyau d'un canon du Nouveau Testament, puisque les épîtres de saint Ignace et d'autres encore étaient traitées de la même façon,
§ 4. — La Doctrine des douze apôtres i.
Nous aurions dû étudier en premier lieu la Doctrine des douze apôtres, — la Didachè, comme nous rappellerons d'après son titre grec — puisque cet écrit est très probablement le plus ancien des livres postapostoliques. Si nous ne l'avons pas fait, c'est à cause de l'incertitude de sa date de composition et de son caractère composite. Il est probable que toutes les parties ne sont pas de la même époque. En tout cas, même les moins anciennes n'ont pas du être écrites après l'époque où nous sommes arrivé. En outre, les épîtres de saint Clément, de saint Ignace et de saint Polycarpe, étant de date presque fixée, devaient être examinées les premières.
L'époque de composition de la Didachè ne peut être que conjecturée ; elle a été fixée par les critiques entre les années 50 et 130 ou même 160 après Jésus- Christ. Cette date tardive a été adoptée par ceux qui, comme Harnack, croient que la Didachè dépend de l'épîtrede saint Barnabé. Mais, comme, s'il y a dépendance, c'est plutôt saint Barnabé qui s'est inspiré de la Didachè, il est probable que celle-ci a été écrite dans le dernier quart du premier siècle, vers l'an 80, d'après Hcmmer, le dernier éditeur de la Didachè. C'est
1. Les citations et références sont empruntées à l'édition Hemmer de La Doctrine des apôtres, Paris, 1907.
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à peu près la date que nous avons adoptée dans notre travail sur cet opuscule ^ .
On trouve dans la Didachè de nombreuses réminiscences du Nouveau Testament, principalement des évangiles, ainsi que des citations littérales de ceux-ci. Les unes et les autres proviennent-elles de la tradition orale ou de nos évangiles canoniques? La réponse dépend de la comparaison des textes. Nous laissons de côté les réminiscences qui ne permettent aucune conclusion précise.
Et d'abord, presque toutes les citations qu'on peut qualifier de littérales ne le sont pas à un tel point qu'on soit obligé de conclure à un emprunt à un évangile écrit. Ex. :
Mattll. V, 4 : Maxàpioi ol Tiriv Y^v.
Matth. VI, 16: "Oxav ôà vy)-
Tai (TXUÔpWTTOl.
Did. III, 7 : ^'laôt hï upau,-, £7rel ol TTpaeTç xXy)povo(XTQ(rouaiv TYjV Y^v.
Did. VIII, 1 : Al ôà wj^Teiai 'jp.c5v (jLYî saTWG-av [Asxà twv utio-
TtptXÛV.
Il semble ensuite que la Didachè emprunte ses citations plutôt à un recueil de textes évangéliques qu'à un de nos évangiles, car elle présente ses textes dans un ordre qui n'est pas celui des évangiles, et elle semble les emprunter tantôt à saint Matthieu, tantôt à saint Luc.
Voici les textes :
Bid, 1, 3 : EyXoYet- Ts Toù; xaTapwpLevouc C>fxTv Tcai Tcpocyeu^effOe yTrèp Twv èxôpôv ujjlcSv,
vy](JT£U£T£ Ôè UTlèp TWV
Matth. V, 44 : Kal
7rpO(J£Û5(£<T6£ UTlèp Tc5v
ôitoxovTcov OfJLà;.
Luc, VI, 28 : EuXo- Y£ît:£ toùç y.aTapa)[X£vou; ufxa;, 7rpo(7£ux£a6e 7i£pl Tc5v £7ry)p£a^6v-
• La Doctrine des douzelapôtres et ses enseignements, Lyon, d89i,
SioxovTwv ujxaç' nota yàp XO^P^Ç? ^^"^ ayaiiâTe Tou; àYaTToâvTa; 0{j.a;; oùxt îtai Ta eôvY) to
a-JTO TCOlOUdlV ; U[A£Ï; ûè
ayanàTe xoùç |Xi<ToîivTa; ûfxa; xal oOx s^éts £-
'Atuc'xou tûv (japy.txwv xal (jw(iaTtxc5v
'Eàv Tiç GOi 6w pà- TTKjfxa slç TYiv Ss^iàv CTiayova, arpé^'ov aOito xacT^v àXXy)v, xal sdV) TeXeto;* eàv awaps-jav] es Ti; piD.tov £v, {ÎTrays (JL£T*auToi> ôuo* Èàv apy; Tiç TO IjxaTidv orou, Ô6:
aOTto xal Tov y/Twva* iàv Xaê^T] Tt; àTib ctoîj to (TOV, (/.y) aTTaiTei* oOôè yàp ôuvacat.
Ilavil Tw atToOvTt ors 6i'ôou xal jx:q aTiaiTSt.
V, 46 : *Eàv yàp àya- 7c^(j'/ÎTe Toù; àya7ic5vTa; Ofxa;, Tcva pitaôbv e^ef e; oùxl îtal 01 TsXwvat to auTo Tioioyaiv;
I Pr. II, 11 : 'Aya-
TTYjTOi, TrapoxaXài àuÉ- X£<j6ai Tc6v (japxixwv
£7tl6ypLl(OV.
'AXX' ô<m; et pa7i(^£t £U TTjv ôe^iàv (jtayova cTp!- 4^ov auTcj) xaiTTiV àXXv^v.
V, 48 : "E(T£(70ÊO^v 0(JL£î; TeX^tot. V, 41 ; Kal OCTTtç et àyyap£uor£i {xiXiov ëv, uTiays [jl£t' a-j- Toù 6iJo. V, 40 : Kal Ttj) ÔéXovTi cjot xpiôyjvaixal TOV x^'^wvà <T00 Xaê£îv, àçe; aOTw xal to 1[l6l-
TtOV.
Mf^iî^. V, 42 : Tt?
aiTOuvTt (T£ 56;.
VI, 33 : Kal yàp Èàv àyaÔOTioiyjTe toO; àya- 0O7:oioOvTa; vixà;, uoia upitv xapiÇ âo-Ti'v ;
VI, 35 : IlXyjv àya- 7raT£ Toù; £x6pO'j; {jfjiÔov.
LvCy vi, 29 : Tw tutttovt: ce et; t/Jv | (Ttaydva 7iàp£x£ xal tt^v | àXXr^v.
/:wc, VI, 29 : Kal j aTTo ToO al'povTo; <70u I TO t|jLàTiov xal TO yi- Twva xwXuoTT];.
Luc, VI, 30*> : xai àno ToO atpovTo; Tà aà (XT) aTraiTei .
Zwc, VI, 30* : lïavTl aiToOvTi a£ otôou.
Si ron examine de près les textes mis en parallèle, on constatera que laDidachè reproduit assez librement une matière commune à saint Matthieu et à saint Luc, y ajoute des sentences spéciales à chacun des deux, mais ne suit exactement l'ordre ni de Fun ni de l'autre. Il est donc bien difficile de dire quel est celui des deux évangiles qui a servi de guide. Il est certain que la Didachè connaît saint Matthieu ; mais ne connaît-elle paâ aussi saint Luc, puisqu'elle en reproduit trois sentences qui sont spéciales à celui-ci? C'est possible; pourtant, on hésite à être très affîrmatif sur ce point, lorsqu'on se rappelle que la Didachè ne cite l'évangile de saint Luc
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qu'en ces deux passages et mélangé avec des textes de saint Matthieu. On pourrait supposer que Fauteur de la Doctrine des apôtres a connu ces sentences par la tradition orale.
Une comparaison de ces passages avec leurs correspondants dans le Diatessaron de Tatien va compliquer le problème, mais peut-être aussi nous fournir une solution. Voici le texte de Tatien, § 17 : « Et bénissez celui qui vous maudit, et priez pour ceux qui vous persécutent. Si vous aimez celui qui vous aime, quelle est votre récompense? Car si tu aimes celui qui t'aime, ainsi font aussi les païens... A celui qui frappe ta joue, offrelui aussi l'autre joue. Et avec celui qui t'oblige à marcher pendant un mille avec lui va avec lui pendant deux milles, et à celui qui te prend ta tunique, donnelui aussi ton manteau. Si quelqu'un te prend ce qui est à toi, ne le lui réclame pas. »
Le texte de Tatien reproduit, on le voit, presque littéralement celui de la Didachè, et, ce qui est le plus remarquable, l'ordre des sentences est le même, quoique différent de celui des deux évangélistes, saint Matthieu et saint Luc. Quelle conclusion tirer de cette identité de fond et déforme? Ou l'un a copié l'autre, ou ils ont puisé tous les deux à une source commune. C'est cette dernière hypothèse qui nous paraît la plus probable, parce qu'elle répond mieux aux diverses faces de la question, et cadre assez bien avec les faits. Quelques mots suffiront pour la justifier ou l'expliquer.
Aux premiers jours du christianisme, les apôtres, témoins oculaires et auriculaires, racontèrent aux nouveaux fidèles la vie de Notre-Seigneur, et leur répétèrent ses paroles. Les auditeurs gardèrent précieusement dans leur mémoire ces enseignements, mais aussi probablement les consignèrent par écrit. Bientôt on eut un Evangile autorisé. Mais celui-ci n'était pas
complet ; il ne contenait ni toutes les paroles de Jésus, ni tous les détails de sa vie. Chacun en particulier le compléta en y insérant ce qu'il avait retenu de mémoire ou ce qu'il trouvait déjà écrit en d'autres recueils. Ainsi se formèrent, dès le commencement du christianisme, des essais d'harmonistique évangélique. La Didachè a probablement, dans les passages discutés, utilisé une suite de sentences reliées ensemble par la tradition orale, ou peut-être déjà arrêtée par l'écriture. De son côté, Tatien, lorsqu'il composa son Diatessaron, dut se servir aussi des passages déjà agglomérés par la tradition; il n'avait aucune raison pour ne pas conserver le travail déjà exécuté. Ainsi pourrait s'expliquer naturellement la rencontre de la Didachè et du Diatessaron ^ et aussi ce phénomène que nous avons relevé déjà dans saint Clément Romain, et que nous relèverons encore ailleurs, de passages reproduisant mélangés, tantôt l'un, tantôt l'autre évangile. Quelques critiques admettent actuellement qu'il y a eu, antérieurement au Diatessaron, des Harmonies évangéliques.
Le texte de l'oraison dominicale est, sauf deux variantes légères, celui de saint Matthieu, VI, 9-13: Dîd. VIII, 2, Iv Tw oupavw =: Matth, Iv toTç oupavotç; Did. xfjv ocpst^T^v = Matth. TOC 6cpetXY)(jt.aTa. Mais la Didachè ajoute la doxologie : oti œou eaxtv y) Wvaatç xof i yj So^a eU touç aiwvaç, ce qui indiquerait une origine liturgique pour ce texte, à moins qu'il n'ait été conformé au texte de type syrien, avec lequel il est d'accord pour les leçons àcp(s[jL£v et £XÔ£T(o. Il pourrait se faire aussi que cette doxologie fût plus ancienne que ne le croient les tenants des manuscrits du type neutre, B et
1. Zahn rejette cette hypothèse; il croit que Tatien a connu la Doctrine des Apôtres et l'a utilisée. De ce mélange de textes de saint Matthieu et de saint Luc, il conclut que la Didachè s'est servie de ces évangiles. Il admet aussi qu'elle a connu les Actes des apôtres. — Geschichte des neutestamentlichen Kanons^ t. I, p. 926-934.
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Nous avons encore d'autres citations extraites des Évangiles; elles sont émises, il est vrai, sans que l'auteur les dise empruntées à un évangile quelconque, mais elles sont facilement reconnaissables, et leur provenance ne saurait être douteuse.
On a relevé soixante-six ressemblances de texte entre saint Matthieu et la Didachè. Plusieurs sont très éloignées ; il suffira de citer les plus frappantes pour montrer à quel point ce document s'est inspiré de l'évangile selon saint Matthieu.