APOSTOLIQUE
XXIV, 10,13 : Et alors beaucoup seront scandalisés... mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin sera sauvé.
XXIV, 30, 31 : Et alors paraîtra dans le ciel le signe du
Fils de l'homme et elles
verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel... et il enverra ses anges avec la grande trompette et ils rassembleront ses élus.
XVI, 5 : Beaucoup seront scandalisés et périront; mais ceux qui auront persévéré dans leur foi seront sauvés par celui qui est malédiction.
XVI, 6 : Et alors paraîtront les signes de la vérité : d'abord le signe du déploiement dans le ciel, puis celui de la voix de la trompette et, en troisième lieu, la résurrection des morts. Non pas de tous, mais conformément à ce qui a été dit : le Seigneur viendra et tous les saints avec lui. Alorp le monde verra le Seigneur venant sur les nuées du ciel.
La Didacliè, on le voit, puise à pleines mains dans l'évangile de saint Matthieu, et encore nous n'avons relevé que les emprunts textuels et nous en avons déjà cité d'autres. On doit reconnaître cependant que quelques-uns des passages cités se retrouvent dans le texte parallèle des deux autres évangiles synoptiques, en particulier dans saint Luc^ mais les rapports de pensées sont plus immédiats et les ressemblances de mots plus nombreuses entre le texte de la Didachè et celui de saint Matthieu, qu'avec le texte de saint Marc ou de saint Luc. De plus, à l'exception de trois phrases très courtes (XVI, 1; I, 3, 4), toutes les citations évangéliques de notre opuscule se retrouvent dans saint Matthieu, et, preuve évidente que c'est lui qui a été utilisé, le très grand nombre ne se retrouve que chez lui.
Encore une fois, l'auteur de la Didachè a certainement connu l'évangile de saint Matthieu. Mais cet évangile, à qui il a fait ces emprunts, est-il notre Matthieu grec, ou bien les Logia dont nous parle Papias, ou le Matthieu araméen, ou un évangile similaire de
notre Matthieu actuel? Un mot seulement sur ces diverses hypothèses
On a dû remarquer que toutes les citations évangéliques, ainsi que les passages de la Didachè, rappelant le texte de saint Matthieu, reproduisent des paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ont-ils donc été empruntés aux Logia qui, dit-on, ont formé la base de notre premier évangile? Nous ne le pensons pas. Rien d'extraordinaire d'abord que nous ne trouvions dans notre opuscule que des sentences extraites des discours de Notre-Seigneur : la Didachè n'est pas un travail historique, mais un recueil de préceptes. D'ailleurs, les Logia étaient en araméen, et les citations évangéliques de la Doctrine des apôtres serrent de trop près le texte grec de saint Matthieu, pour que nous puissions supposer qu'elles sont une traduction des Logia, indépendante de cet évangile. Le même raisonnement nous obligera à conclure que la Didachè n'a aucun rapport avec le texte araméen de saint Matthieu, qu'on affirme être le texte original. Nous concluons que l'auteur de la Didachè avait sous les yeux un exemplaire de l'évangile grec de saint Matthieu, tel que nous le possédons actuellement.
Il ne semble pas qu'il ait connu l'évangile de saint Marc; il ne le cite jamais et dans les passages parallèles qui se retrouvent dans saint Marc on voit clairement qu'il s'est servi de saint Matthieu.
Les ressemblances avec l'évangile de saint Matthieu sont donc trop nombreuses et trop littérales pour que l'auteur de la Didachè n'ait pas connu cet écrit. Il a aussi très probablement connu celui de saint Luc, et
1. Ces diverses suppositions ne préjugent en rien notre opinion sur la composition du premier évangile; elles sont mentionnées, parce qu'on les a mises en avant.
PÉRIODE POST-APOSTOLIQUE
surtout les Actes des apôtres. Il est difficile de méconnaître le rapport d'idées et de termes qui existe entre la Didachè, IV, 8 : « Tu mettras tout en commun avec ton frère, et ne diras pas que quelque chose t'appartient en propre », et AcL IV, 32 : « Pas un d'eux ne disait de ce qu'il possédait qu'il lui appartenait en propre, mais tout était commun entre eux. » De plus, la Didachè donne à Jésus-Christ le même titre de iraTç 0£ou, que lui avaient donné saint Pierre dans son discours aux Juifs, et les fidèles dans leur prière d'actions de grâces après la délivrance des apôtres, Act. III, 13, 26; IV, 27, 30, et, coïncidence remarquable, dans cette même prière d'actions de grâces, David est aussi appelé Tcaîç Bsou, IV, 25, comme dans le même passage de la Didachè, IX, 2, David est qualifié de Tratç de Dieu.
La conclusion qui s'impose, à la suite de ces rapprochements, est que la Doctrine des apôtres a connu les Actes, ou bien qu'elle a connu les documents dont se servit saint Luc pour écrire l'histoire de ces premiers temps du christianisme.
Les ressemblances entre la Didachè, IX, X, et le IV® évangile, XIV-XVII, sont aussi très nettes. Nous les avons relevées en détail et, nous l'avons déjà fait observer ^ elles ne prouvent pas que l'auteur de la Didachè ait connu l'évangile de saint Jean, mais établissent plutôt qu'il a puisé aux mêmes sources que celui-ci, c'est-à-dire à la tradition apostolique. Les points de contact sont en effet très marqués entre les prières eucharistiques de la Didachè, IX, X, et la prière de Notre-Seigneur, la veille de sa mort, pendant et après le repas qu'il prit avec ses disciples, Jean^ XIV-XVII. Dans les deux prières. Dieu est appelé Père
4. Histoire des livres du Nouveau Testament, t. IV, p. 52 et ss.
saint, riaTep àyis, Jean^ XVII, 11 — Did, X, 2, terme qui n'est employé nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament. Les actions de grâces que nous trouvons dans la Didachè, X, 2, pour le saint nom que Dieu a fait habiter dans nos cœurs, pour la connaissance, la foi et l'immortalité qu il a révélées par Jésus-Christ, répondent aux déclarations solennelles de Notre-Seigneur : « C'est la vie éternelle qu'ils vous connaissent, l vous, le seul vrai Dieu », XVII. 3. « J'ai manifesté ! votre nom à ceux-ci », XVII, 26. Les prières pour l'unité et pour la sanctification de l'Eglise, pour sa \ délivrance de tous les maux et son perfectionnement |l dans l'amour de Dieu, Did, X, 5, ne nous rappellentelles pas des prières identiques de Notre- Seigneur Jésus-Christ: «Qu'ils soient un », /e<2/z,XVII, 11. « Que vous les préserviez du mal », ib, 15. « Sanctifiez-les », ib, 17. a Afin qu'eux aussi soient sanctifiés », /è. 19. « Qu'ils soient consommés en un », ib, 23? A comparer j encore: Did. X, 2 = Jean, I, 14; XVII, 6, 11; Did, I IX, 2=^ Jean, XV, 1; Did. X, 5 = Ifean, II, 8; Did, IX, 2, 3 ; X, 2 — Jea?i, XV, 15 ; Did, XI, 2 =Jean, IV, i 1. De ces nombreuses similitudes de texte conclura- | t-on que la Didachè s'est servie du IV^ évangile? On pourrait tout aussi bien supposer que c'est saint Jean qui a connu la Didachè. Mais si Ton remarque que ce sont les prières eucharistiques de la Didachè, qui seules présentent des ressemblances assez frappantes avec le IV^ évangile, si l'on se rappelle que ces prières, destinées à un usage liturgique, sont aussi anciennes dans l'Église que le rite qu'elles accompagnent, et qu'elles ont par conséquent une origine apostolique, on verra de suite que la Didachè ayant reproduit les prières d'actions de grâces que les apôtres avaient composées d'après la prière sacerdotale de Notre-Seigneur, et que saint Jean ayant répété les paroles originales de
PÉRIODE POST-APOSTOLIQUE
Jésus-Christ, les deux ouvrages ont dû inévitablement se rencontrer et offrir de nombreux points de ressemblance.
La Didachè nomme l'Évangile, to eùayYs^iov, à quatre reprises différentes, VIII, 3; XI, 3; XV, 3, 4, et deux fois au moins il s'agit certainement d'un évangile écrit. Ainsi elle dit, VIII, 2 : « Ne prie pas non plus comme les hypocrites, mais ainsi que Fa ordonné le Seigneur dans son Évangile », et elle cite Foraison dominicale, telle que nous la lisons dans saint Matthieu, sauf les variantes citées plus haut. Et XV, 4 : « Pour vos prières, vos aumônes et toutes vos actions, faites-les comme vous avez, wç l^s^e, dans FÉvangile de Notre-Seigneur. » Il ne peut être question ici de FÉvangile en tant que bonne nouvelle ; le terme signifie donc déjà : livre contenant la bonne nouvelle. Remarquons, de plus, que la Didachè prescrit les règles à suivre pour la prière et toutes les actions du chrétien, les basant sur FÉvangile, ce qui prouve qu'on tenait celui-ci pour un livre possédant une autorité qui lui venait du Seigneur.
On peut signaler quelques références aux épîtres de saint Paul; Funk en compte soixante et quinze, mais la plupart ne sont que de lointaines allusions, et il n'y a, en tous cas, aucune citation proprement dite. Nous reconnaissons que dans Fénumération que la Didachè fait des péchés, dans la description de FAntichrist, dans les qualités qu'elle exige des episcopoi et des diacres, la Didachè nous rappelle d'assez près divers passages de saint Paul ; elle se sert d'un terme que l'on ne retrouve que chez lui, xoXXcotAsvot ayaGo), Did. V, 2 =: Rom, XII, 9; enfin, divers préceptes se rapprochent suffisamment pour que, sans forcer les textes, on puisse croire à un emprunt : Did, III, 5 = Rom. XV, 27 ; Did, III, 1 I Thess. V, 22; Did, IV, 11 = Eph.
VI, 5; Bid, XIV, 1 = Hebr. X, 22, 25, et XIII, 7. En î conclurons-nous que 1 auteur de la Didachè a connu les épîtres de saint Paul? C'est possible, mais nous n'oserions l'affirmer. La plupart de ces ressemblances sont trop vagues et, d'ailleurs, portent sur des sujets du domaine ordinaire de la prédication apostolique ; on peut croire que les deux auteurs, tendant à un même but, l'édification chrétienne, ont été naturellement amenés à s'exprimer de même. Qu'après avoir ! lu les six premiers chapitres de la Didachè, on relise | le douzième chapitre de l'épître aux Romains, f 8 à 25, | et l'on verra quel peut être le rapport entre les deux i écrits : ce sont les mêmes préceptes exprimés quelquefois en termes identiques ; et malgré ces similitudes, | il nous semblerait hasardeux de croire à une dépendance de l'un des deux textes à l'autre.
Enfin, la Didachè, I, 4, cite presque textuellement la première épître de saint Pierre, II, 11 : « Je vous conjure devons abstenir des désirs charnels, qui combattent contre l'âme. » On ne saurait d'ailleurs méconnaître une certaine conformité, au moins d'inspiration, entre elle et cette épître, celle de saint Jacques et celle de saint Jude.
Il ressort de cette étude sur la Didachè qu au temps où furent écrites même ses parties les plus anciennes, l'évangile de saint Matthieu et très probablement celui de saint Luc existaient déjà à l'état écrit et qu'on leur attribuait l'autorité de paroles du Seigneur.
§ 5. — L'épître de saint Barnabe '.
L'épître de saint Barnabé se rattache très étroite-
1. Les citations et références sont empruntées à Fédilion IIemmer, I»aris, 1<J07.
PÉRIODE POST-APOSTOLIQUE
ment à la Didacliè, puisque Ton rencontre dans les deux écrits de nombreux passages communs. Il est discuté entre les critiques auquel des deux il faut attribuer la priorité. Il est probable que la Didachè et répître de saint Barnabé sont indépendantes Tune de l'autre et qu'elles ont puisé à une même source les sentences qui leur sont communes. On n'est pas d'accord non plus sur la date de composition de Fépître de saint Barnabé. Elle aurait été écrite sous le règne de Vespasien (69-79), quelques années après la destruction du temple de Jérusalem, d'après Weizsàcker, Lightfoot, Ramsay , d'Herbigny ^ , ou pendant le règne de Domitien (81-96), d'après Wieseler; sous Nerva (96-98), d'après Hilgenfeld, Funk ; entre 107 et 120, d'après Hefele ; vers 117, d'après Veil et Oger ; vers 130 ou 131, d'après Harnack, Schlatter, Stanton. Ces dates tardives excluent nettement saint Barnabé comme auteur de cette épître. C'est d'ailleurs une opinion très répandue chez les critiques, même chez ceux qui placent plus tôt la date de composition de cette épître, que celle-ci n'est pas l'œuvre de saint Barnabé.
Le témoignage de Fépître de saint Barnabé sur les évangiles est très important, puisque c'est dans cet écrit que nous rencontrons pour la première fois la formule officielle de citation des Écritures, a)ç ysYpaTcrai, pour introduire un passage de l'évangile, rapportant une parole du Seigneur. C'est même principalement à cause de cette formule qu'Harnack reporte la date de composition de l'épître au ii® siècle. Il ne peut admettre que Tautorité scripturaire ait été reconnue, dès le i^^ siècle, aux textes des évangiles. Voici le texte :
4. Dans un récent travail, inséré dans les Recherches de science relu gieuscy Paris, 1910, p. 566, d'Herbigny a prouvé que les données de l'épître, ch. IV, indiquaient expressément le règne de Vespasien, vers Tan 72. a croit donc que saint Barnabé peut être Fauteur de l'épître.
Barn. IV, 14 : ITpOCTSxcopLev (xyjTCOTe, (b; ysypaTiTat, TioXXot xXr]-
TWaa/î. XXII, 14 : DoUoi yàp
Saint Barnabé a donc emprunté cette sentence à un évangile écrit, et non à la tradition orale ou au IV® livre d'Esdras, VIII, 3, comme on l'a soutenu, car le texte en est trop différent. La valeur de ce témoignage pour établir l'autorité divine de ce passage est diminuée par ce fait que saint Barnabé, XVI, 5, a cité aussi un passage d'Hénoch en l'introduisant par la formule : ^sysivap 7) Yp«?^j- Croyait-il qu'Hénoch était Écriture divine? C'est possible. Ch. XII, 1, il attribue à un autre prophète: 'Opt^si £v aX>^w TupocpT^TY], uuc parole probablement empruntée au IV Esdras, V, 5.
La connaissance qu'a eue saint Barnabé du premier évangile ressort encore d'autres passages. Chapitre VI, 13, il rapporte une parole du Seigneur : Asysi 8s Kupioç- 'l§ou, iroiw xà 8(7)^aTa wç toc Tuptora, qui rappelle vaguement Matthieu, XIX, 30; XX, 16. Au chapitre VII, 3, il fait allusion au vinaigre et au fiel, dont le Fils de Dieu fut abreuvé sur la croix; VII, 9, à Jésus vêtu d'un vêtement écarlate, outragé, couvert de coups et de crachats, et enfin crucifié : faits relatés dans Matthieu, XXVII, 34, 48, 30. Chapitre V, 9, il rapporte une parole du Seigneur : Ou>c yjXÔsv xaXscai oixatouç aXXà àaapTwXouç = Matth, IX, 13; Marc^ II, 16. Quelques autres passages de saint Barnabé rappellent nos évangiles, surtout celui de saint Matthieu.
Mais s'il a connu les évangiles, comment a-t-il pu écrire: Aib xal ayouiev TYjV '^[jLspav xyjv oySotjv siç sucppOŒuvyjv, £V xai h 'l/jffouç àvéarTy) Ix vsxptov xai cpavsptoôeiç àvsêv) et; oupavouç. C'est pourquoi nous célébrons avec joie le huitième jour, où Jésus est ressuscité et où, après s'être manifesté, il est monté aux cieux, XV, 9? II faudrait croire que saint Barnabé avait mal com-
PÉRIODE POSÏ-APOSTOLIQUE.
pris le chapitre XXIV^ de saint Luc et qu'il n'avait pas entre les mains le livre des Actes. On peut cependant supposer que iv ^détermine seulement aveciTr, Ix vexpoiv, et que la seconde partie de la phrase est indépendante et, par conséquent, que le jour des apparitions du Seigneur et de son Ascension n'est pas déterminé par les mots : le huitième jour. Il est difficile d'admettre que saint Barnabe n'a pas su que Jésus n'était pas monté au ciel le jour de Pâques.
On pourrait relever quelques ressemblances avec le IV® évangile. Ainsi VI, 3, saint Barnabé emploie une expression johannique : ïCai ô TtiarEutov zlç auibv Çr^aeToti «U Tov atwva==: /eâ^/l, VI, 51 : 'l^ocv xtç cpdtYV) sjc tojtou tolî apro'j Cr^ffei £tç Tov aiwvot. 11 répète encore cette formule : WasTai eiç TOV aiwva, VIII, 5; IX, 2 ; XI, 10. Il parle du serpent d'airain, cf. Jean, III, 4, mais il le connaît par le livre des Nombres. En résumé, bien qu'on doive reconnaître entre l'épître de saint Barnabé et le IV^ évangile une certaine affinité de conception, on ne peut conclure à la dépendance du premier au second.
11 n'en est plus de même en ce qui concerne les épîtres pauliniennes. Saint Barnabé les a connues et s'en est servi. Les points d'accord sont nombreux; quelques-uns sont frappants : Barn. XIII, 7 = Rom.
IV, 3, 10. D'autres le sont moins, tout en étant cependant assez littéraux : Barn. XIII, 2, 3 ~ Rom. IX, 7-13; Bajn. IV, 11 =: I Cor. III, 1, 16, 18 et II Cor.
V, 10; Barn.Yl, Uetss. =^Eph. Il, 10, 21', Barn. III, 17; IV, 22 et II Cor. V, 17; I Cor. III, 16; Barn. IV, 12= Col. III, 9; Barn. XII, 7 = Col. 1, 16, et d'autres rapprochements avec I Timothée, II Timothée, Tite. On trouve assez souvent des passages de saint Barnabé qui rappellent plusieurs textes de Paul.
Saint Barnabé a connu l'épître aux Hébreux : il en est tout imprégné. Que l'on compare par exemple :
NOCVKAL TESTAMENT. — I. 5
Barn. V, 5, 6 — Héb. I, 2; II, 9; Barn. VI, 17-19 = Héb, II, 5-9; Barn. IV, 9, 10, 13 = Héb. IV, 1; X, 24. On trouve dans les deux écrits des expressions semblables ou analogues : ^«vtiœijloç aïuaToç, xXr,povo[jt,oç.
Saint Barnabé a connu aussi la première épître de saint Pierre et peut-être l'Apocalypse. Outre des expressions analogues, on trouve des passages assez semblables :
Barn.\\\\ 2 : *0 Kupto; aupo^w-
Pr. I, 17 : Kal 61 niatipa èTuixa- Xetdôe TOV aTcpoCTtoTioXiofATiTto; xpivovxa xaxà to é/.àaToy spyov.
Ce terme à7rpofTO)T:o>.yîfjt.7TT{«)c est très rare ; il n'est nulle part ailleurs, sauf une fois dans I CL 1, 3. Cf. encore : Barn. V, 5, 6; VI, 7 = I Pr. I, 10, 35; Barn. VI, 2- 4 m I Pr. II, 6-8 ; Barn. VII, 9 = ^/?. I, 7, 18.
Barn, XXI, 3 : 'Eyyù; ô Kupio; \ Apoc. XXII, 11, 12 : ^0 xaixai ô [Jii.a6b; aÛToO. I pbç yàp èyyu!; ècttiv. 'Iûoù Ipj^ofjiai
xayu, xat 6 (xiaôoç [lo\) (jlet ' £(jloO.
Mais saint Barnabé a peut-être emprunté cette idée à Isaïe, XL, 10.
De Tensemble de ces faits il paraît ressortir qu'il | existait au temps de saint Barnabé des recueils contenant les évangiles et les écrits apostoliques, et que les premiers au moins étaient tenus pour des Ecritures, comme celles de l'Ancien Testament.
§ 6. — Le Pasteur d'Hermas^.
Il est assez difficile de fixer exactement la date de composition du Pasteur; elle varie suivant l'auteur auquel on l'attribue. La majorité des critiques croit (^ue le Pasteura été écrit par Hermas, frère du pape Pie 1",
4. Les citations du Pasteur d'Hermas sont empruntées à Funk, Opéra palrum apostolicorum^ 1, p. 334 ss. Tubingen, 1887.
PÉRIODE POST-APOSTOLIQUE
141-155. C'est à cette époque que le Pasteur fut terminé et publié. Mais, si l'on en croit plusieurs critiques, ses diverses parties avaient été écrites à des époques antérieures. D'après Harnack, le Pasteur serait issu des formes successives suivantes : 1, a, Le fonds de la IP Vision; b, les Visions I-III; c, les Visions 1-IV. 2, Le Pasteur proprement dit, contenant la Vision V, les Mandata et les Similitudes I-VIII. 3, Les Visions ajoutées à la collection précédente, augmentée de la Similitude IX. 4, La même collection avec addition de la Similitude X. Les premiers morceaux auraient été écrits vers l'an 120-125, et l'édition définitive serait de l'an 140.
Cette date tardive n'est pas acceptée par tous les critiques. Ewald,Zahn, Casparicroient quele Pasteur a été écrit vers Tan lOG; Stanton, vers 110-125 ; Hilgenfeld, vers 117-138; Lipsius, au milieu du ii^ siècle; Lightfoot, vers 145; Bardenhewer, Batiffol, vers 140-
On ne trouve dans le Pasteur aucune citation directe de l'Ancien ou du Nouveau Testament; cependant, on y rencontre une telle quantité d'idées ou d'expressions qui se retrouvent dans les écrits néotestamentaires qu'on ne peut douter que l'auteur les a connus. 11 adapte les pensées et la langue des évangélistes à son propre but. Un résumé de la Similitude V, 2, va nous montrer comment il combine les évangiles synoptiques. Un certain homme planta une vigne, Matlh, XXI, 33; Marc^ XII, 1; L//c, XX, 9, dans une partie de son champ, Matth. XIII, 24. 11 choisit un serviteur fidèle et qu'il honorait, et lui confia sa vigne, lui ordonnant de l'enclore, Matth, XXI, 33; Marc, XII, 1; puis il partit pour un pays étranger, Matth. XXI, 33; Marcy XXI, 1; Luc, XX, 9. Le serviteur exécuta les ordres de son maître; puis, voyant la vigne pleine
d'herbes, il se dit : Je bêcherai cette vigne, elle sera plus belle et donnera des fruits plus abondants, Lucy
XIII, 8, 9. Peu de temps après, le maître revint et voyant la vigne bien cultivée, il appela son fils bienaimé, Marcy XII, 7; Luc^ XX, 13, qui était héritier, Matih, XXI, 58; Marc, XII, 7; Luc, XX, 14, et ses amis, et ils se réjouirent avec le serviteur, Luc, XV, 6, du témoignage que lui témoignait le Seigneur, IttI tt) (xapTuptcç ^ ê[AapTijpvî(j£v aOrw ô SsaTroir,;, Jeariy V, 32. Le maître annonça qu'il avait l'intention de constituer le serviteur, le cohéritier de son fils. Puis, le père de famille, Matth, XX, 1, donna un souper, Luc y
XIV, 16. A la fin de la parabole, comme il est fait après les paraboles évangéliques, Hermas en demande l'explication, parce qu'il n'a pas compris. Je t'expliquerai, dit le Seigneur, iTrtXuaw, Marc, IV, 34, toutes choses, et il ordonne de garder les commandements, Matth. XIX, 17. Ce champ est le monde, Matth,W\\, 37.
Hermas s'est inspiré de Matthieu, XIII, 20, 21; Marc, IV, 18, 19; Luc, VIII, 14, pour exposer la parabole du Semeur : OOrot eifjiv s^ovxeç \xh tti^tiv, I/ovteç Vi xai TuXouTov Tou aiwvoç toutou* oiav yévyjTai ôXî'j^iç, §tà tov ttXou- Tov aÙTwv xat §ià Tupayi^t-aTSiaç àTrapvouvTVi tov Kùpiov auTtov. Vis, III, 6, 5. Ot fjièv TpiêoXot etaiv ol TuXouffioi, ol\ ùÏ àxavôat ot ev Tatç TrpaY[AaT£iai<; Totî; TrotxtXat; Eixire^upixsvot... nviYOfxcvo» UTTO TO)v 7rpa^£0)v ocuTWV, Sim, IX, 20, 1, 2.
La malédiction contre les incrédules : Oùai toïç... TTapaxo'Jdacriv : alp£T(OTCpov -qv auTOÎçxb [x:?) Y£vvr,ôy)vai, Vis, IV, 2, 6, rappelle Matthieu, XXVI, 24; Marc, XIV, 21; celle contre les riches : Oi ttXouœioi... SuaxoXwç sîaeXeucovTai eiç T-fjv SadiXsiav tou 0£ou, SimiL IX, 20, 2, est certainement une citation de Matthieu, XIX, 23 ou de Marc. X, 22. Dans le Mandement IV, 1, 6 : 'Eàv SI diroXOdac TYjv Yuvaîxa étepav YafArjavi, xal auTOç [j(.oi)(^5Tai, on a le même commandement du Seigneur que dans Matthieu, XIX,
PÉRIODE POST-APOSTOLIQUE
9; Marc, X, 11. Cf. aussi Mand. IV, i ^ Matth, V, 28. On peut encore relever dans le Pasteur des similitudes de pensées et d'expressions avec saint Matthieu : Mand. XII, 1, 2 =: Matth, XXII, 11; Mand, XI, 16 Matth. VII, 15, 16; Sim. III, 3 = Maith. XIII, 30; Sim. V, 6, 4 = Matth. XXVIII, 18; Vis. III, 9, 8 = Matth. V, 35; avec saint Marc : Mand. IV, 2, 1 : Où oruvi'w où§£v xa\ xapSia (jlou 7r£7Tcopo)Tat =z Marc^ VI, 52 : Ou yip ouvy)xav... àXX' tqv auTwv xapSta 7r£7ro>p(«)(jL£vr). Cf. aussi Marc, VIII, 17. avec saint Luc : Mand, IX, 8 — Lw6', XVIII, 1.
On retrouve dans le Pasteur des expressions johanniques : aXrjÔivoç, ôo;aÇofAai, ÇwTi, TruXy), la porte qui permet l'entrée dans la tour qui représente l'Eglise, l'affirmation que la porte est le fils de Dieu et qu'on ne peut entrer dans le royaume que par lui, toutes sentences qui rappellent les paroles de Jésus : 'Eyo) eiui r, 6upa,/e<2/l, X, 7 ; OùSeiçep/^STai Trpoç tov Tuarspa, et [j.r\ Si'luoii, Jeany XIV, 6, et d'autres passages assez ressemblants : Sùn. V,6,3 = /e«/^, X, 18; Sim. IX, 15, 3 = Jean^ III, 3, 5. On peut donc croire qu'Hermas a connu le IV^ évangile.
De ces multiples ressemblances d'idées et d'expressions, on doit conclure qu'Hermas a connu nos quatre évangiles; est-on cependant fondé à affirmer, comme Taylor\ que, pour Hermas, l'Eglise était fondée sur les quatre évangiles? Il en trouve la preuve dans la Vision III, 13, 1, 3, où Hermas voit une dame jeune et belle, assise sur un escabeau fortement posé, car il a quatre pieds, de même que le monde a quatre éléments, ce qui nous rappelle que, d'après saint Irénée'^, comme il y a quatre régions du monde il y a quatre
1. The Witness of Hermas to the fotir Gospels^ London, 189?, p. 16. % Adv. Haer.lU, H.
évangiles. Taylor trouve une autre preuve dans le passage où Hermas, Sim. IX, 15, 4, dit que les pierres qui ont servi de fondement à sa tour symbolique sont au nombre de 10, 25, 35, 40. Or, les décades de ces chiffres sont en grec les initiales de Jean, Kephas, Luc, Matthieu. En effet : i — 10; x = 20 ; X = 30 ; (x = 40. Donc les fondements de l'Église sont nos quatre évangiles. On remarquera, en effet, qu'on ne trouve dans le Pasteur aucun passage qu'on puisse rapporter à un évangile apocryphe.
Hermas s'est beaucoup servi de l'épître de saint Jacques; il lui emprunte des expressions et surtout des idées en si grand nombre qu'on peut se demander s'il ne savait pas cette épître par cœur. Signalons seulement les passages les plus ressemblants :
sim. I, 8 : Xi^pa; jcai ôpçavou; èTctaxéTiTeaBe. Cf.Mawt/.VllI, 10; VisionlW, 9, 2.
Mand. XII, 6, 3 : 4'ogri6y]T£ Tov nàvia ôuvà[j-cVOv dwaat xai
Jacq. f, 27 : 'ETrtaxeTCTeaÔai ôpçavoùç xai yji^cf.^ ev ÔXtij/et
Jacq. IV, 12 : '0 ôuvdcfJisvo; o wcat xai ànoXerrai.
Cf. encore Mand, IX, 1, 2, 4, 5= Jacq, I, 6-8; Sim, IX, 23, 2-4 = Jacq, IV, 11 ; Vis, II, 2, 7 = Jacq. I, 12; Mand. Il, 2, 3 = Jacq. IV, 11, etc. On trouvera relevés dans The New Testament in the apostolic Fathers plus de quarante passages du Pasteur qui rappellent plus ou moins l'épître de saint Jacques.
Hermas a connu aussi l'épître aux Hébreux, ainsi qu'il ressort de la comparaison entre Vis, II, 3, 2; III, 7, 2 z= Héb, HI, 12; Sim. I, 1, 11 = Héb, XI, 13, et peut-être Mand, IV, 3, 1, 2; Sim. IX, 26, 6 = Héb, VI, 4-6.
On trouve de même quelques rapports entre le Pasteur et les épîtres aux Ephésiens, aux Romains, P®aux Thessaloniciens, l'épître de saint Pierre et les Actes.
PÉRIODE POST-APOSTOLIQUE
L'expression inusitée xapSioyvwaTYîç appliquée à Dieu, est dans Mand. IV, 3, 4, comme dans Act, I, 24; XV,
g 7. — L'épître dite de Clément.
Il est difficile de fixer exactement la date, la nature et Fauteur de l'épître, qui a longtemps porté le titre de IP épître de Clément. Actuellement, on est à peu près d'accord à supposer que c'est une homélie dont l'auteur est inconnu^. Bryennios cependant pense toujours que c'est saint Clément Romain. Harnack croyait pouvoir identifier cette épître avec une lettre écrite aux Corinthiens par le pape Soter (166-170); actuellement, il y voit une homélie, envoyée par le pape Soter qui l'aurait accompagnée d'une lettre, mais la majorité des critiques s'accorde à placer cet écrit dans le second quart du ii® siècle. Lightfoot ^ fixe comme très probable l'an 120-140. Les uns croient cette homélie d'origine romaine; d'autres pensent qu'elle a été prononcée à Corinthe.
On trouve dans cette homélie de très nombreuses citations ou réminiscences du Nouveau Testament ; huit seraient littérales d'après Funk. L'auteur aurait connu presque tous les livres néotestamentaires et son témoignage sur l'autorité qu'on leur attribuait serait très important, s'il n'était diminué par quelques faits que nous allons discuter.
Le Peudo-Clément, III, 2, cite une parole de Jésus : Aéysi Ssxai «otoç (XpKjTOç)* Tov ô(jLoXoY>l<yavi:à jxe I</c»jtciov Ttov avOpfÔTTwv, ôuLoXoyiqŒOj auTov evoiTriov toZ Traxpo; [jt.ou, Matth. X, 32. La parole suivante qui est attribuée à Dieu,
1. Voiries citations et les références dans The New Testament in the aposlolic Fathers, Oxford, lî)05, p. lOS et il4-H7.
2. Voir Hemmeu, Les Pères apostoliques, II, p. lxiii, Paris, 4909.