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allusion aux évangiles aussi bien qu'aux écrits de l'Ancien Testament, puisque c'est Jésus seul qui a appelé Satan le chef des démons, comme il nous l'apprend lui-même, Adç^. Tryph. 103 : Tov8tàêoXov 8v M(0(i9iç (jlsv ocptv xaXsï, ev os tw' Iwê xai tw ZoLycipioi SidcêoXoç x£xX'/)Tai, xai
Donc, saint Justin a connu et utilisé nos évangiles canoniques; il leur a attribué une autorité divine comme aux écrits de l'Ancien Testament. Il est douteux qu'il ait utilisé les évangile apocryphes; en tout cas, il ne les a pas rangés parmi les évangiles qu'il appelle les Mémoires des apôtres.
Cette double conclusion est confirmée par l'observation suivante : Tatien, dont nous allons parler, a formé à l'aide des quatre évangiles canoniques une harmonie évangélique dans laquelle on ne trouve rien, ni faits, ni paroles du Seigneur, empruntés à des sources extra-canoniques. Or, Tatien était le disciple de saint Justin, et c'est par lui qu'il a connu les évangiles. On croit même qu'il a commencé son œuvre, le Diatessaron, lorsqu'il était à Rome avec son maître saint Justin. Donc, si le disciple n'a connu et utilisé que les évangiles canoniques, c'est que son maître lui-même ne tenait que ceux-ci pour authentiques.
Saint Justin ^ a rapporté un texte de l'Apocalypse en l'attribuant à saint Jean. « Parmi nous, dit-il, un homme du nom de Jean, un des apôtres du Christ, dans une révélation qui lui arriva, Iv a7roxa)vuijf£i Yevofjievri aÙTw, prophétisa que ceux qui avaient cru à notre Christ vivraient mille ans à Jérusalem et qu'ensuite il y aurait une résurrection générale de tous et un jugement. » Observons que ce passage, emprunté à l'Apocalypse, est cité de la même façon que ceux qui vien-
i. Adv, Tryph, 8t.
PÉRIODE DES PÈRES APOLOGISTES
nent des évangiles canoniques. Quelques passages de l'Apologie ou de VAdi^, Tnjphonem rappellent la première épître de saint Jean : I Apol. XXXII = I Jean, III, 9, 14; Ad^. Tryph, 123 = I Jean, III, 1.
Si Ton en croyait Credner, Baur, Renan, saint Justin ne regardait pas saint Paul comme un des apôtres de Jésus, et il ne se serait pas servi desépîtres de celui-ci. Sans tenir pour des citations les références aux épîtres de saint Paul que relève Otto, nous devons reconnaître
i que certaines pages des écrits de saint Justin présentent un enseignement paulinien. Traduisons seulement les passages suivants : Il nous a été révélé et nous savons qu'il (le Christ) est le premier-né de Dieu et qu'il est avant toutes les créatures, irpwTOToxov tou 0£ou xal 7:po TravTwv Twv xTKjjjiaTWv , Ad^>, Tryph, 100 = CoL I, 15, 17. Ailleurs, ib, 85, il appelle encore le Christ : utbc toî> 0£ou xai TcptoTOTOxo; TrdcarjÇ xTiaewç, CoL I, 15. Nous ne sommes pas purifiés par les offrandes, mais par la foi, TTicTTsi, par le moyen du sang du Christ, Sià TouaiaaTo; toîî Xpi(TTou, et de sa mort (du Christ) qui mourut pour cela. Ad^. Tryph. 13 = Rom. III, 25, et Héb, IX, 13, 14. Le Christ était la Pâque, lequel fut immolé, ib, 3=1 Cor, V, 7. Il parle de la parousiedu Christ, quiauralieu après la venue de l'homme d'apostasie, qui a proféré des choses étranges contre le Très-Haut, ib, 110 =: II Thess. II, 3. Il serait possible de citer encore d'autres passages des écrits de saint Justin qui rappellent tout au moins des idées pauliniennes. Otto en relève trente-
t neuf. Six passages rappelleraient l'épître aux Hébreux.
I Saint Justin parle des patriarches et de Melchisédech, du sacerdoce du Christ, de la même façon que cette
I épître. Il appelle Jésus-Christ le fils et l'apôtre de
I Dieu, titre qui lui est donné seulement par cette épître,
^ JH, 1.
Enfin, saint Justin paraît avoir connu aussi la pre-
mière épître de saint Pierre: Adi^. Tryph. 138 = Pierrcy III, 20; ib, 103 — Pierre, V, 8, et Tépître de saint Jacques : Adç^. Tryph, 49 — Jacq. III, 19; ib. 100 = Jacq. 1, 15 ; I Apol. 16 = Jacq. V, 12. Les coïncidences avec les Actes des apôtres : I Apol. 42; Adç^. Tryph, 87 = Act. I, II, ainsi que les huit autres, cataloguées par Otto, paraissent très vagues.
De ces relevés, nous sommes donc en droit de conclure que saint Justin a connu presque tous les écrits néotestamentaires et qu'il les a estimés à l'égal de ceux de l'Ancien Testament.
Les travaux sur les citations des évangiles dans les écrits de saint Justin sont très nombreux. Nous mentionnerons parmi les plus importants : Hilgenfeld, Kritische Untersuchungen ûber die Evangelien Justins, Halle, 1850. Semisch, Die apostolichen Denkwûrdigkeiten des Martyrers Justinus zur Geschichte und Aechtheit des Kanon Eçangelien, Hamburg, 1848. Bousset, Die E{>angeliencitate Justins des Martyrers in ihrem Wert fur die Evangelienkritik , Gôttingen, 1891. Zahn, Justinus Martyr und die apostolischen Schriften dans sa Geschichte des nt. Kanonsy I, 2, p. 463- 585. Baldus, Das Verhàltnis Justins des Martyrers zu unsern synoptischen Evangelien, Munster, 1895.
§ 4. — Saint Hégésippe.
Nous pouvons placer saint Hégésippe après saint Justin, car il était lui aussi d'origine palestinienne et vécut à peu près à la même époque. Eusèbe nous apprend qu'il avait passé du judaïsme à la foi chrétienne et que, dans ses cinq livres de Mémoires, TTrofjLvrjfjLaxa, il raconte qu'il a visité l'église de Corinthe et celle de Rome, où il a vécu sous les pontificats d'Anicet, 155-166, de So-
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ter, 166-174, et d'Eleuthère, 174-189. Saint Hégésippe a constaté que dans chaque ville on est fidèle à l'enseignement de la loi, des prophètes et du Seigneur ^ De cette affirmation, nous devons conclure que, dans toutes les églises qu'il a visitées, on mettait sur le même pied d'autorité les écrits de l'Ancien Testament et les évangiles, car ainsi que nous l'avons déjà remarqué et le relèverons encore plus fréquemment dans les écrits subséquents, le motKupioç, dans l'usage du temps, désignait les évangiles par opposition à ô airoaToXo; qui désignait les écrits apostoliques.
Mais saint Hégésippe parlait-il ici des évangiles canoniques? Eusèbe 2 rapporte qu'il a écrit beaucoup de choses de l'évangile selon les Hébreux et de l'évangile syriaque, et qu'il rapporte des particularités de la langue hébraïque : Kai Ixepa tcXûgxol Ypàcpsi... ex T6 Tou xa6' *^Eêpa{ou; eùaYYs^tou xa\ tou 2upiaxou xai iSitoç Ix T^ç ^Eêpaiâoç SiaXsxxou Ttvi TÎÔy]aiv. Cette phrase est obscure et comporte diverses observations. Remarquons d'abord qu'on ne doit pas en conclure que saint Hégésippe ne connaissait que l'évangile selon les Hébreux, car Eusèbe constate seulement qu'il rapportait certaines choses qu'il empruntait à l'évangile selon les Hébreux, ce qui n'exclut nullement l'usage des évangiles canoniques. Si Eusèbe a parlé des citations de celui-là et non de ceux-ci c'est que, suivant son habitude, il ne relève que ce qui est particulier aux écrivains dont il traite. Il est impossible que saint Hégésippe, qui a vécu longtemps à Rome, n'ait pas connu nos évangiles canoniques et ne les ait pas tenus comme inspirés, lui qui a parcouru le monde chrétien et qui dit avoir trouvé partout la même doctrine. Or, personne ne soutiendra que l'évangile selon