CHAPITRE V
Les hérétiques de la première moitié du ii® siècle, les gnostiques en particulier, rendent hommage aux évangiles canoniques par les déformations qu'ils leur font subir. De plus, leurs évangiles qu'ils prétendaient substituer à ceux de l'Église n'ont pu lutter contre ceux-ci et tous ont suivi le sort des sectes qui les avaient enfantés ; ils ont disparu de la circulation. Nous en possédons cependant encore quelques-uns en entier ou en fragments. Nous n'avons à nous occuper de ces écrits qu'au point de vue de l'usage qui en a été fait.
Les Naasséniens, — En première ligne, par ordre de date, semblent venir les Naasséniens, qui prétendaient avoir reçu leur doctrine de Mariamne, qui l'aurait reçue elle-même de Jacques, le frère du Seigneur. Dans les extraits, qui nous ont été conservés dans les Philosophoumena \ on relève des emprunts surtout à saint Matthieu et à saint Jean, quelques-uns à saint Luc, aux épîtres aux Romains, aux Corinthiens, aux Ephésiens, aux Galates, peut-être à l'épître aux Hébreux
1. IIippoLYTE, Réf. Uaer. V, 7, 8, 9. Cf. Charteris, Canonicity, 87 ss.
LES ÉCRITURES DES HÉRÉTIQUES. liS
et à l'Apocalypse. La plupart de ces derniers ne sont que des réminiscences. Les Naasséniens se référaient aussi à Tévangile des Egyptiens et à celui de Thomas. Cette secte, plus connue sous le nom d'Ophites (adorateurs du serpent) \ eut une assez grande extension.
A peu près vers la même époque ou peu auparavant, vivait Cérinthe, l'adversaire de saint Jean, dont les disciples se servaient de Tévangile de saint Matthieu, mais en le mutilant et rejetaient saint PauP.
BsLsilides. — Cet hérétique gnostique, qui vivait à Alexandrie, vers l'an 117-138, aurait écrit vers l'an 133, d'après Harnack, vers 120-125, d'après Zahn. Origène^ nous apprend que Basilides osa écrire sous son nom un évangile : ^'HSv) Se eToXuiqaÊ xal BaaiXfôrjÇ ypoc'j^at xaToc Ba(7iXiây]v EuoL^yé'kioy . Origène a-t-il voulu dire que Basilides a écrit un enseignement, qui aurait été l'évangile selon Basilides, ou qu'il a écrit un évangileproprement dit, analogue à nos évangiles canoniques? La première hypothèse paraît plus probable, car il n'est parlé nulle part d'un évangile de Basilides et les nombreuses citations que fait cet hérétique se rapportent toutes à nos évangiles canoniques. Saint Hippolyte affirme, en outre, que les disciples de Basilides admettaient que tout ce qui concerne le Sauveur s'était passé comme il est écrit dans les évangiles '.
Il est probable que l'ouvrage auquel fait allusion Origène est celui dont parle Clément d'Alexandrie ^, et qui, d'après ce dernier, portait le titre de 'E^yiyviTixa, et contenait au moins vingt-trois livres. Eusèbe^, sur la
1. Ophitesest probablement latraducUon de Naasséniens, ainsi nommés de ;2;nj = nahascli, serpent.