‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 2)Chapitre 87 sur 259 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ÉGLISE d'occident.

§ 1. — Versions vieilles latines.

Avant de rechercher l'usage qu'ont fait les écrivains occidentaux des livres du Nouveau Testament, il est nécessaire de rappeler ce que nous savons sur la version vieille latine, qui a dû être faite à peu près à cette époque, c'est-à-dire dans le dernier quart du ii^ siècle. Contenait-elle primitivement tous les livres que nous avons actuellement? Il est difficile de le dire, car les manuscrits que nous en possédons ont été écrits à des époques différentes, et nous ne pouvons savoir s'ils reproduisent tous les versions primitives. Ainsi, nous constatons que nous avons en entier ou en fragment tous les livres du Nouveau Testament, sauf l'épître de saint Jude. Et cependant celle-ci devait en faire partie puisque Tertullien la mentionne. D'autre part, nous avons l'épître de saint Jacques, mais dans une recension tardive, probablement du iv^ siècle. Gregory ' affirme que la vieille version latine , celle du moins qui est représentée par les manuscrits d'origine africaine, comprenait les évangiles, les Actes, treize épîtres de saint Paul, la P^épître de saint Pierre, les trois épîtres de saint Jean, celle de saint Jude et l'Apocalypse. Peutêtre avait-elle l'épître aux Hébreux, mais placée sous

i. Canon and Text of theNew Testament, p. 156.

le nom de saint Barnabe. Il n'y a pas de trace de la IP épître de saint Pierre ni de celle de saint Jacques. La épître de saint Pierre était peu lue dans les églises d'Occident.

§ 2. — Églises des Gaules.

Lettre des églises de Vienne et de Lyon, — Avant de relater dans le détail le témoignage si important de saint Irénée sur les écrits du Nouveau Testament, nous devons dire quelques mots de la lettre des églises de Vienne et de Lyon aux églises d'Asie et de Phrygie, que nous a conservée Eusèbe dans son Histoire ecclésiastiquCy V, 1, 3-63. On a conjecturé qu'elle avait été écrite par saint Irénée, qui était à cette époque prêtre de l'église de Lyon, mais aucun témoignage ancien n'autorise cette conjecture.

Cette lettre est un récit émouvant de la persécution qui, sous l'empereur Marc-Aurèle, désola les églises de Vienne et de Lyon. On y rencontre des passages qui rappellent de très près les évangiles de saint Luc, de saint Jean, les Actes des apôtres, les épîtres de saint Paul aux Romains, aux Philippiens, IPaux Corinthiens, aux Galates, aux Thessaloniciens, P^à Timothée, les deux premières épîtres de saint Jean, l'Apocalypse. Quelques textes sont littéralement cités : Act. VII, 60; Roîn, VIII, 18; Phil. Il, 6; Apoc. XIV, 4. Ces passages étant empruntés à toutes les parties du Nouveau Testament, nous pouvons conclure qu'en l'an 177, date de la lettre, celui-ci était connu et accepté dans l'église des Gaules, conclusion qui va être établie par l'étude du témoignage de saint Irénée.

Saint Irénée ^ — Par une étude attentive des écrits

1. Los citations et rcfcrences sont empruntées à Harvey, Sancti Irenaei Libri quinque adversus Haereses, Cambridge, 1857. Pour une étude détaillée de la question lire: Camerlynck, Saint Irénée et le canon dn Nouveau Tcs^amen^, Louvain, 189G.

de saint Irénée, nous pouvons répondre à toutes les questions qui sont posées sur le canon du Nouveau Testament et fixer avec précision quels étaient les livres tenus à son époque pour inspirés.

Saint Irénée était né en Asie Mineure, probablement à Smyrne ou aux environs de cette ville, vers les années 135 à 142, ou même plus tôt; vers Tan 115 d'après Zahn, 120 d'après Camerlynck, 130 d'après Bardenliewer et Harvey. Dans sa jeunesse, il connut des presbytres, qui avaient vu Jean l'apôtre et des apôtres et disciples du Seigneur. Parmi ces presbytres il faut ranger Papias et saint Polycarpe. 11 fut le disciple de celuici et, cinquante ans après, il se souvenait encore de ses enseignements, ainsi qu'en témoigne sa lettre à Florinus, où il lui dit qu'il pourrait répéter les discours que Polycarpe tenait au peuple, rapportant ce qu'il avait entendu dire à Jean touchant le Seigneur, ses miracles et sa doctrine. « Il a toujours enseigné, affîrme-t-il, ce qu'il avait appris des apôtres, et ce que l'Église a transmis, et ces choses-là seulement sont vraies K »

Saint Irénée vint à Rome, probablement avec l'évêque de Smyrne qui se rendit dans cette ville sous le pontificat d'Anicet (154-165), en 154, d'après Zahn, pour traiter de l'affaire de la Pâque et d'autres questions. Lors du martyre de saint Polycarpe, 155, saint Irénée enseignait à Rome^. Nous ne savons à quelle époque il vint en Gaule, à Lyon ; il était prêtre de cette ville, au temps de la persécution de Marc-Aurèle et succéda comme évêque de Lyon à saint Pothin, mort martyr pendant cette persécution. On croit qu'il fut sacré évêque parle pape saint Eleuthère, à qui il était allé porter une lettre des martyrs de Lyon, alors en prison, qui lui demandaient d'intervenir afin de rendre

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