‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 2)Chapitre 9 sur 259 · LES PREMIÈRES COMMUNAUTÉS CHRÉTIENINES · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES COMMUNAUTÉS CHRÉTIENINES

muniqués à d'autres. Les lecteurs de la IP épître de saint Pierre connaissaient, ainsi que nous le verrons, les épitres pauliniennes. Cet échange de lettres entre les communautés chrétiennes nous est nettement attesté par saint Polycarpe dans sa lettre aux Philippiens, XIII : « Vous m'avez écrit, ainsi qu Ignace, afin que, si quelqu'un va en Syrie, il y porte vos lettres, ce que je ferai, soit par moi-même, soit par un envoyé. Je vous ai envoyé, comme vous me le demandiez, les lettres d'Ignace qu'il m'a envoyées, ainsi que d'autres, toutes celles que j'avais chez moi. »

Cet échange de lettres s'opérait facilement, car il existait entre les communautés des communications plus fréquentes qu'on ne l'imaginerait. Nous le constatons, même dans le Nouveau Testament, par les déplacements répétés de saint Paul et d'autres chrétiens. Ainsi, nous voyons Priscille et Aquila aller de Rome à Corinthe, puis à Ephèse et ensuite à Rome. C'est qu'à cette époque les moyens de transport étaient nombreux et faciles. Pour toutes les côtes de la Méditerranée, où se trouvaient des cités populeuses : Corinthe, Athènes, Ephèse, Smyrne, Alexandrie, on avait les routes de mer et les voyages n'étaient pas de longue durée. On allait de Puteoli à Alexandrie en douze jours ; de Corinthe à Alexandrie en cinq jours ; d'Ostia à Carthage en trois jours. Les voyageurs avaient à leur disposition les nombreux navires qui transportaient à Rome les produits de l'univers entier. Pour les cités de l'intérieur, on possédait de nombreuses routes ; les voies romaines reliaient entre elles toutes les villes de l'empire. De Rome, le centre de toutes ces voies, on allait aux extrémités de l'Occident et de l'Orient.

Ainsi s'explique que bientôt les écrits apostoliques furent connus dans toutes les communautés chré-

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

tiennes de Tempire. Elles furent acceptées avec respect comme émanant d'hommes qui avaient reçu l'Esprit divin et lues dans les réunions des églises. On comprend que bientôt on attribua aux évangiles, reproduisant les paroles du Seigneur et aux écrits apostoliques, émanant d'hommes possédant l'esprit de Dieu, la même autorité qu'aux livres de l'Ancien Testament et qu'on les traita de la même façon.

En effet, dans les réunions chrétiennes, outre les livres de l'Ancien Testament, on lisait les évangiles et les lettres des apôtres. Saint Justin affirme nettement cette pratique de l'Église : Au commencement, dit-il, du service public, on lisait les mémoires des apôtres (qu'un peu plus haut, 66, 3, il appelle évangiles) et les écrits des prophètes, I Apol. 67, 2. Et cela dut se faire dès l'origine, car les premiers chrétiens ne purent avoir connaissance des évangiles et des épîtres apostoliques que par la lecture publique ; beaucoup d'entre eux étaient incapables de les lire et surtout ne les possédaient pas. Or, nous avons vu que Paul avait ordonné de communiquer ses lettres aux Colossiens et aux Laodicéens.

De cette pratique il résulta qu'on tint ces écrits comme inspirés de Dieu, qu'on les collectionna et qu'enfin on en dressa des listes qui, officiellement approuvées, furent plus tard le canon du Nouveau Testament. C'est ce que nous avons à établir en étudiant les premiers écrits chrétiens.

Avant de procéder à cette étude, observons qu'il ne faut pas confondre la notion d'inspiration et celle d'écrit canonique. Un livre est inspiré, quand il a été écrit sous l'influence de l'esprit de Dieu; il est canonique, quand l'Église a déclaré que ce livre était inspiré et qu'elle l'a placé dans la liste des écrits canoniques. Les livres ont été longtemps regardés comme inspirés

SIGNIFICATION DU TERME CANON

avant que TÉglise ne les ait déclarés tels, et ce n'est que tardivement qu'on en dressa des listes et que ces listes furent reconnues comme officielles par toute rÉglise et reçurent le nom de canon. Le concept du canon a virtuellement existé avant que le terme ait été employé pour désigner les listes de livres inspirés. Et même, les Juifs, bien qu'ils aient eu l'idée d'une collection de livres saints, ne se sont jamais servis du terme « canon » pour désigner l'ensemble de leurs livres saints. Peureux, c'était 0 lepà BiêXoç, II Macck.YllL 23, ou les Écritures, Matth. XXI, 42; Jean, V, 39; Act. XVIIl, 24. Josèphe^ les appelle piêXta ôsta ttetti- (ireu{ji.£va. Le Talmud les nomme NIpD, miqra, c'est-àdire lecture, texte de lecture, ou Kithebê ha-Qodescli, les Livres saints, ou encore dans ladaïm, III, 5 et 'EdiiyothyN ^ 3, metammeïm ethha-iadaïm, c'est-à-dire « qui souillent les mains », expression singulière pour désigner la sainteté de ces livres 2. C'est dans l'Église chrétienne que le mot « canon » a été employé la première fois pour désigner la collection des Livres sacrés. Pour obvier à tout malentendu, il est donc nécessaire de préciser la signification des mots : canon et canonique, et des termes corrélatifs : proto-canonique, deutéro-canoniquc, apocryphe.

§ 5. — Signification des termes canon, canonique, protocanonique, deutérocanonique, apocryphe.

Le terme canon vient du grec xavtov, lequel est apparenté au terme hébreu qana^ qui signifie tenir droit quelque chose, d'où le nom hébreu qané^ roseau, verge droite et chez les Grecs xawa, roseau, et xavtov qui, au

1. Contra Apionem, I, 8. Hastings, Diclionary of the Bible, l, p. 349, Edinburgh, 1898.

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