Ib, iV
apparaît dans saint Irénée comme constitué dans ses parties essentielles, et qu'il l'a reçu de ses maîtres dans la foi, lesquels avaient été les disciples des apôtres. Homme de tradition, il répète ce qui lui avait été enseigné. Ce n'est donc pas en imitation de Marcion et des autres hérétiques du ii^ siècle que l'Église chrétienne a choisi des livres comme inspirés et en a formé un recueil.
Outre nos livres canoniques, saint Irénée cite encore , comme Écriture le Pasteur d'Hermas. Pour établir que m le Père est le créateur de toutes choses et qu'il a formé ' l'homme de ses propres mains, il ^ cite deux textes de la Genèse, puis un texte du Pasteur d'Hermas, qail introduit par la formule consacrée : ^ yp°^?^1 • KaXwç ouv sTttev '^pOL(fy\ ^ X^youiTa* Dpcorov 7ràvT0)v irtaTeuaov éiTi elç IcttIv 6 ©dç, Mand. I, puis il cite un texte de Malachie et des passages du Nouveau Testament. Toute son argumentation est fondée sur des textes scripturaires. Nous devons en conclure que dans l'église de Lyon, le Pasteur était regardé comme Ecriture. Nous savons que dans certaines églises, il était lu dans les assemblées des fidèles.
En était-il de même pour l'épître de saint Clément Romain aux Corinthiens? D'après saint Irénée, III, 3, 2, au temps de Clément, l'église de Rome envoya à l'église de Corinthe, troublée par des dissensions, une lettre très importante, txavwTàTY]v yp^^T^^; puis, un peu plus loin, il est parlé de cette même lettre, ex ipsa scriptura. Faut-il croire que saint Irénée la tenait pour Écriture sacrée ou plutôt que le traducteur latin a tout simplement traduit le terme 7?°^?^ qui ici signiiiait lettre, par Scriptura? La seconde explication paraît la plus probable. Cependant, il n'y aurait rien d'extraor-
i. Adv. Haer. IV, 34, 2.
dinaire à ce que saint Irénée ait tenu Fépître de saint Clément Romain pour Écriture, puisque, ainsi que nous le verrons, Clément d'Alexandrie l'a citée comme telle et qu'au témoignage d'Eusèbe^ elle était lue publiquement dans les réunions de la communauté chrétienne. Les canons apostoliques regardent aussi cette épître comme partie intégrante du Nouveau Testament.
§ 3. — Église de Rome.
Le Fragment de Muratori. — Nous avons à étudier un document de la plus haute importance pour l'histoire du canon du Nouveau Testament, le canon de Muratori, comme on l'appelle d'ordinaire . Nous préférons l'appeler le Muratorianum ou le fragment de Muratori, comme le nomment quelques critiques, parce que, en fait, il n'est pas réellement un canon dans le sens propre donné à ce terme. Il serait plutôt, comme nous le montrerons, une espèce de brève histoire des écrits néotestamentaires, peut-être une épître, ainsi que le conjecture Batiffol. Nous le plaçons ici, comme témoignage delà foi de l'église romaine sur les livres du Nouveau Testament, quoiqu'il ne soit pas certain, mais seulement très probable, ainsi que nous allons le voir, qu'il ait été rédigé à Rome.
Ce document a été découvert dans la bibliothèque ambrosienne de Milan par Muratori, qui l'a publié en 1740 dans ses Antiquitates Italicae medii aen^ t. III, col. 851. Le manuscrit cité I, 101 sup, est formé de 76 feuilles de vélin, 27*^"^ sur 17''°^; il contient divers traités théologiques et cinq Credo anciens, entre autres le symbole de Nicée et celui de saint Athanase. Il pro-
i. UnU eccL UI, 16.
vient du célèbre monastère de Bobbio, en Lombardie, fondé par saint Colomban; il serait donc d'origine irlandaise. Il a dû être copié au vi° siècle et, comme on y trouve plusieurs écrits de saint Eucher de Lyon, on a pensé que la collection avait été faite à Lyon ; on croit que les vulgarismes de ce codex seraient d'origine gauloise plutôt qu'italienne. Le fragment sur les livres du Nouveau Testament commence et finit abruptement, ce qui prouve que le copiste n'avait entre les mains qu'un exemplaire mutilé.
La première question à résoudre est celle de la date de ce fragment, laquelle dépend de celle de l'auteur, qui doit donc être examinée tout d'abord.
Cette liste des livres néotestamentaires n'a été mentionnée par aucun écrivain ancien, de sorte que nous en sommes réduits à des conjectures pour déterminer le nom de l'auteur. Le fragment lui-même nous fournit cependant quelques indications. Parlant du Pasteur d'Hermas, il dit : « Le Pasteur a été écrit tout récemment et de notre temps, nupevrime temporihus nostrisy dans la ville de Rome par Hermas, son frère Plus, évêque, étant assis sur la chaire de l'église de la ville de Rome. » Il semblerait donc que ce fragment a été écrit à Rome, quelque temps après que fut écrit le Pasteur, sous le pontificat de Pius, 140-155, d'après Harnack; 146-161, d'après d^autres. Mais quel espace de temps comportent les termes nuperrime et temporibus nostrisP Probablement de vingt à trente ans. Le fragment aurait donc été écrit vers l'an 180. Mais, vers cette date, nous ne connaissons aucun écrivain de l'église romaine à qui on pût en attribuer la composition.
Muratori avait conjecturé que l'auteur était Gaïus, prêtre romain, contemporain des papes Victor et Zéphirin ; le fragment aurait été compilé par consé-
quent vers 185-218, ce qui reculerait trop la date du fragment. De plus, ce Gaïus aurait nié l'origine johannique du IV^ évangile et de l'Apocalypse, si Ton en croit saint Hippolyte, qui l'aurait défendue contre lui. 11 n'aurait donc pu écrire le fragment de Muratori qui enseigne nettement l'origine johannique de ces deux écrits.
Lightfoot et, tout récemment. Th. H. Robinson^ ont mis en avant le nom de saint Hippolyte, prêtre romain, mort en 235. Dans la liste de ses œuvres on a des 'ûioat eîç Tridaç Ta; YP«?^'<î> pourraient être des vers sur l'Ancien et le Nouveau Testament; \q Muratorianuin serait une partie de ces 'lîiSat. Plusieurs critiques de valeur, Lightfoot, Westcott, Zahn, ont, en effet, conjecturé que l'original du fragment était grec. Westcott ^ fait remarquer que l'emploi des particules est plutôt grec que latin : quibus tamen,.. et ita; sed et,., sed ety etc. ; que certaines phrases ont une tournure nettement grecque. Ex. : Nihil differt credentium fidei : oCSâv §ia<p£pst 7ri(jT£i; finctae ad haeresim : Trpoçx/jV aipsaiv; quae recipi non potest : S TrapaXauêavscrôai où Suvoctov. Mais est-il impossible qu'un écrivain vivant à Rome et connaissant le grec ait introduit dans son latin populaire des formes grecques? Il y aurait même lieu de rechercher si, d'une façon générale, le latin populaire n'a pas admis des grécismes. Déplus, on ne voit pas comment un traducteur aurait pu donner d'un texte grec une version d'un latin aussi barbare que l'est celui de notre fragment. Aussi, Hesse ^ soutient que l'original était latin. Remarquons cependant que, si ce fragment a été écrit vers l'an 170-180, il est probable qu'il l'a été en grec, car, à cette époque, même à Rome, les écrits chrétiens étaient encore en grec. Gregory ne se pro-